Dans un monde où la philanthropie prend de plus en plus de place dans les stratégies d’entreprise, Éric Bachmann, fondateur de Stratum Finance, partage sa vision. Entre responsabilité sociétale et implications personnelles, il explique comment les dirigeants peuvent conjuguer succès économique et engagement pour des causes qui leur tiennent à cœur.

Décideurs. La responsabilité sociétale des dirigeants est-elle une question de génération ou de maturité de l’entreprise ?

Éric Bachmann. Ce n’est pas forcément une question d’âge. Selon moi, c’est davantage lié à la viabilité et à la rentabilité de l’entreprise. Une fois que « le gîte et le couvert » sont assurés, comme j’aime le dire, le dirigeant peut envisager de s’engager au-delà de sa simple fonction d’entrepreneur. En réalité, c’est une évolution naturelle. Quand une entreprise trouve son marché et commence à croître, le dirigeant ressent souvent le besoin de redonner à la société.

Quels types de causes attirent les dirigeants ? Voyez-vous des évolutions dans les choix de philanthropie selon les générations ?

Je ne suis pas convaincu que cela dépende des générations. Cependant, il y a des tendances qui émergent. Par exemple, les causes sociales comme la diversité et l’inclusion attirent de plus en plus. Chez Stratum Finance, nous soutenons un restaurant à Albi qui emploie des jeunes trisomiques. Cela montre que des projets ancrés dans des valeurs fortes peuvent faire sens. En parallèle, les causes classiques, comme la recherche médicale, restent prépondérantes. Nous soutenons, par exemple, la recherche sur le cancer et les maladies graves de l’enfant.

"Les causes sociales comme la diversité et l’inclusion attirent de plus en plus"

Néanmoins, je remarque que certaines causes moins "évidentes", comme les clubs sportifs, peinent à trouver des financements aujourd’hui. Les dirigeants semblent préférer des initiatives ayant un impact social direct.

La philanthropie des dirigeants est-elle toujours liée à leur entreprise, ou peut-elle être totalement personnelle ?

Les deux dimensions coexistent souvent. Cela commence généralement par une initiative personnelle, mais quand cela reflète les valeurs du dirigeant, il souhaite aller plus loin et implique son entreprise. Cela permet d’avoir un impact plus fort. Personnellement, j’ai toujours lié mes actions philanthropiques à Stratum Finance, car cela amplifie les moyens disponibles tout en renforçant l’ADN de l’entreprise.

Quels canaux philanthropiques recommandez-vous aux dirigeants ?

Il existe de nombreuses voies, comme des plateformes spécialisées telles que Hello Asso. Mais les dirigeants doivent aussi être attentifs aux besoins qu’ils rencontrent directement dans leur activité. Par exemple, j’ai été marqué par des clients qui s’inquiétaient pour leurs enfants handicapés ou malades. Cela m’a motivé à soutenir des associations correspondant à ces problématiques. Parfois, les besoins que vous voyez dans votre environnement immédiat sont les meilleurs indicateurs d’où concentrer vos efforts.

Vous avez parlé d’actions concrètes. Pouvez-vous nous donner des exemples de projets que vous portez avec Stratum ?

Nous sommes très impliqués dans l’association 111 des Arts, qui soutient la recherche médicale pour les enfants. Cette association a permis de redistribuer 150 000 euros à des équipes de recherche au CHU de Toulouse. Grâce à ces dons, ils ont acheté un ordinateur spécialisé dans le séquençage des génomes. C’est un impact tangible.

Nous impliquons également nos collaborateurs. Par exemple, pour Noël, chaque employé de Stratum Finance a pu choisir une toile dans une exposition. Une partie des fonds a été reversée à des artistes et à des causes caritatives. Cela renforce à la fois l’esprit d’équipe et l’impact sociétal de nos actions.

La philanthropie joue-t-elle un rôle lors des transmissions d’entreprise ?

Effectivement, la transmission est souvent un moment propice pour enclencher ou renforcer des initiatives philanthropiques. Lorsqu’un dirigeant cède son entreprise, il peut utiliser une partie du cash-out pour soutenir des causes qui lui tiennent à cœur. J’ai vu plusieurs clients le faire. Cependant, tout dépend aussi de la nouvelle génération qui reprend. Ils peuvent avoir leurs propres priorités, ce qui peut modifier les orientations philanthropiques.

Vous avez également lié philanthropie et art. Pourquoi ce rapprochement ?

L’art est une forme de philanthropie en soi. C’est l’un des rares domaines où vous investissez sur quelque chose qui n’a pas de fonctionnalité pratique. Par exemple, à travers 111 des Arts, nous soutenons des artistes tout en finançant la recherche médicale. C’est un mariage parfait entre plaisir personnel et impact sociétal.

"L’investissement artistique, comme la philanthropie, exige une vision à long terme"

Je préfère d’ailleurs investir sur des artistes vivants. Cela leur permet de continuer à créer, tout en étant une façon de les soutenir dans une carrière souvent difficile. L’investissement artistique, comme la philanthropie, exige une vision à long terme.

Qu’est-ce qui motive un dirigeant à s’engager dans la philanthropie ?

C’est une réalisation personnelle et sociétale. Quand j’ai créé ma première entreprise à 47 ans qui est devenue Stratum, je savais que j’avais une chance exceptionnelle. J’ai donc ressenti le besoin de redonner une partie de ce succès à la société. Mais il faut souligner que la philanthropie n’est pas prioritaire tant que l’entreprise est en mode survie. C’est une étape qui vient naturellement une fois que l’on atteint une certaine stabilité.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux dirigeants qui hésitent à s’engager ?

Je leur dirais simplement : "Faites-le." Trop souvent, on entend des "il faudrait que" sans action concrète. Mais chaque geste compte. Que ce soit en donnant du temps, de l’argent ou en mobilisant leurs équipes, les dirigeants ont un rôle clé à jouer dans la société. C’est une manière de donner un sens supplémentaire à leur réussite.