À mesure que la NextGen prend une place grandissante, Letus Private Office s’adapte aux aspirations d’une clientèle jeune et ambitieuse. Dans cet entretien, Stephen Lasry, Managing Partner, et Adrien Tapie, Partner et responsable des investissements, décryptent les tendances et besoins des nouvelles générations en matière d’investissement et de gouvernance patrimoniale.
Stephen Lasry (Letus Private Office) : "Les NextGen cherchent des placements qui ont du sens"
Décideurs. Quels profils composent principalement votre clientèle NextGen et qu’est-ce qui la différencie des générations précédentes ?
Stephen Lasry. Nos clients NextGen se décomposent en deux grandes catégories. D’une part, il y a les entrepreneurs de première génération, souvent autour de 30 ou 40 ans, qui ont réussi à vendre leur entreprise relativement tôt, parfois après seulement dix ans d’activité. D’autre part, nous accompagnons les enfants d’entrepreneurs ou de familles industrielles, qui peuvent pour certains être mineurs ou tout juste majeurs. Ces différences d’âge et de maturité entraînent des besoins variés, mais ils partagent un point commun : un fort besoin de compréhension et d’accompagnement dans leurs décisions d’investissement.
"Les NextGen préfèrent des investissements dans l’économie réelle"
Adrien Tapie. Une évolution majeure que nous constatons concerne leur approche des placements. Contrairement à leurs parents ou grands-parents, qui favorisaient des stratégies traditionnelles basées sur des portefeuilles liquides classiques (actions, obligations), les NextGen préfèrent des investissements dans l’économie réelle : start-up, PME et private equity. Cette génération cherche à être directement impliquée dans des projets ayant du sens, souvent en lien avec des valeurs personnelles ou sociétales.
Quels types d’investissements sont aujourd’hui privilégiés par cette clientèle ?
A. T. Le grand changement réside dans leur appétit pour des investissements à faible liquidité. Ayant souvent vendu leur entreprise à un jeune âge, ils disposent d’un horizon de placement plus long, ce qui leur permet de s’intéresser à des actifs tels que le private equity, l’immobilier ou encore des projets à impact environnemental. Ils valorisent également la rencontre avec les dirigeants des entreprises qu’ils financent, afin de partager leur expérience entrepreneuriale et d’être partie prenante de leur succès.
"Le grand changement réside dans leur appétit pour des investissements à faible liquidité"
Cela dit, une poche de liquidité reste essentielle pour financer leur train de vie. Nous mettons en place des solutions structurées ou des portefeuilles obligataires adaptés, surtout avec la remontée des taux d’intérêt, qui offre aujourd’hui des opportunités intéressantes.
S. L. Il y a effectivement une dichotomie dans leurs portefeuilles. Une partie est consacrée à des investissements prudents pour assurer un revenu stable, notamment à travers une gestion prudente de leur holding familiale. L’autre partie est orientée vers des projets à plus haut risque, mais potentiellement très rémunérateurs, notamment dans les secteurs technologiques ou à impact.
Vous mentionnez une forte sensibilité aux thématiques sociétales et environnementales. Comment cela se traduit-il dans leurs choix d’investissement ?
S. L. Les NextGen cherchent des placements qui ont du sens. Ils sont attentifs à l’impact environnemental et sociétal de leurs investissements, mais pas au détriment de la performance financière. Contrairement aux générations précédentes, ils ont tendance à se méfier des produits ESG « standards », qu’ils jugent parfois superficiels ou mal alignés avec leurs valeurs.
A. T. Effectivement, ils préfèrent souvent investir directement dans des projets privés où ils peuvent évaluer concrètement l’impact. Par exemple, ils s’intéressent à des fonds qui soutiennent la transition énergétique ou la réduction des émissions de carbone. Cela leur permet de conjuguer rendement et impact positif. Cependant, nous les aidons à garder un œil critique et à diversifier leurs placements pour limiter les risques.
Les cryptomonnaies et la blockchain suscitent-elles un intérêt particulier chez vos clients NextGen ?
A. T. Oui, clairement. Les NextGen sont très curieux vis-à-vis des cryptomonnaies. Pour autant, nous adoptons une approche prudente, en les accompagnant dans la mise en place de portefeuilles satellites pour explorer ce secteur tout en limitant leur exposition. La sécurité reste une préoccupation majeure, notamment avec les événements récents concernant certaines plateformes.
S. L. Au-delà des cryptomonnaies, il y a un intérêt croissant pour la blockchain en tant que technologie. De nombreux clients veulent investir dans l’écosystème, que ce soit via des fonds spécialisés ou en soutenant directement des entrepreneurs innovants dans ce domaine. Nous leur apportons un cadre structurant pour naviguer dans cet univers encore jeune.
Comment adaptez-vous vos services pour répondre aux besoins uniques de cette clientèle ?
S. L. Notre accompagnement repose sur deux piliers : la formation et la gouvernance familiale. La formation est essentielle, car beaucoup de clients NextGen n’ont pas eu d’éducation financière formelle. Nous leur proposons des modules pédagogiques sur les bases de la gestion financière, les classes d’actifs et les stratégies d’investissement, afin qu’ils puissent comprendre ce qui est mis en œuvre.
A. T. Sur le volet gouvernance, nous intervenons pour aider les familles à structurer leur patrimoine. Cela peut inclure la création de holdings familiales, l’établissement de règles de transmission ou encore la mise en place de comités consultatifs. Ces initiatives permettent de préparer la génération suivante à prendre progressivement des responsabilités tout en évitant les conflits.
S. L. Nous adaptons également nos points de contact en fonction de leurs besoins. Les jeunes générations demandent souvent plus de transparence et un suivi plus régulier. Nous leur fournissons des outils numériques et des rapports détaillés pour qu’ils puissent garder une vue d’ensemble sur leur patrimoine.
En conclusion, quels conseils donneriez-vous aux NextGen pour construire un patrimoine solide et durable ?
A. T. Diversifiez et soyez patients. Il est tentant de vouloir tout miser sur des secteurs ou des actifs à fort potentiel, mais une diversification bien pensée reste le meilleur moyen de réduire les risques. Il faut également garder une vision long terme : investir n’est pas un sprint, mais un marathon.
S. L. Je dirais aussi de ne pas hésiter à demander conseil. Entourez-vous de professionnels qui comprennent vos aspirations et qui peuvent vous guider avec une approche structurée. Enfin, gardez toujours en tête que votre patrimoine est un outil : il doit refléter vos valeurs et servir vos objectifs, que ce soit la performance, l’impact ou la transmission.
Propos recueillis par Marc Munier