Tous les jeunes clients privés ne se ressemblent pas, et pourtant, ils partagent des points communs propres à leur génération. Plus grande mobilité, exigence de réactivité et quête de sens dans leurs investissements sont quelques-uns des exemples abordés avec Meyer Azogui, co-président.

Décideurs. Constatez-vous des différences d’intérêts entre les générations en matière de classes d’actifs ?

Meyer Azogui. Avec plus de 36 ans d’existence, Cyrus a vu sa clientèle se rajeunir. L’entrepreneuriat s’est développé en France et en Europe, amenant de jeunes entrepreneurs à constituer leur patrimoine plus rapidement que leurs aînés. Les anciennes générations privilégiaient des investissements sécurisés, souvent en assurance-vie, pour anticiper ensuite leur transmission. Aujourd’hui, la nextgen (nouvelle génération) souhaite donner du sens à ses investissements, avec un intérêt croissant pour des actifs plus rémunérateurs, notamment non cotés.

Devons-nous comprendre qu’ils sont plus enclins à prendre des risques ?

Ils sont plus attentifs à la performance et à la transparence des frais, notamment sur les produits basiques. Ils ont la volonté de comprendre dans quoi ils investissent pour maîtriser les enjeux et prendre des décisions de manière autonome. Cette génération préfère souvent des gestions "passives" via des ETF et des trackers, délaissant les OPCVM. Leur appétence pour les actifs non cotés traduit cette volonté de dynamiser leur patrimoine.

Qu’en est-il de l’immobilier ?

Ils investissent avant tout dans l’immobilier de jouissance, avec une part plus importante consacrée à leur résidence principale ou secondaire. Leur patrimoine global étant en construction, ils cherchent à se faire plaisir. Ils investissent aussi dans des projets entrepreneuriaux, souvent dans des entreprises d’amis ou des secteurs qu’ils connaissent.

Leur approche de la gestion patrimoniale est-elle plus internationalisée ?

Oui, leurs portefeuilles sont plus diversifiés géographiquement. Ils privilégient les contrats d’assurance-vie luxembourgeois, non pour des raisons fiscales, mais pour accéder à certaines classes d’actifs comme le non-coté et bénéficier de montages plus souples, et capables de les suivre partout en cas d’expatriation.

Si leurs parents misaient sur la préservation du capital, quelles sont les problématiques de la nextgen ?

La valorisation prime. Ils recherchent une performance importante avec une tolérance aux risques fortes, ils sont habitués à des performances extrêmement élevées avec leur outil professionnel. Les jeunes entrepreneurs veulent souvent continuer à investir et entreprendre et conservent des liquidités pour relancer des projets, plutôt que de sécuriser à tout prix leur patrimoine.

"La relation de confiance ne dépend plus seulement de l’expérience du conseiller mais également de son savoir-être"

Cette dynamique reflète un certain esprit de compétition. Ils sont par ailleurs moins préoccupés par la transmission de leur patrimoine, mais ont souvent la volonté d’aider leurs proches.

Avez-vous dû adapter vos services à cette nouvelle clientèle ?

Nos équipes de gestion privée se sont rajeunies ! La relation de confiance ne dépend plus seulement de l’expérience du conseiller, mais du savoir-être. Les jeunes recherchent des événements enrichissants intellectuellement, comme des conférences avec des dirigeants plutôt que des invitations à l’opéra. Ce changement reflète leur quête de sens et de connaissances.

Ont-ils une meilleure compréhension des enjeux financiers ?

Ils sont plus informés et sont demandeurs de plus de pédagogie pour comprendre les investissements réalisés avec une tendance à vouloir parfois agir tout seul. Cependant, les biais comportementaux touchent toutes les générations et notre rôle est de leur apporter le recul nécessaire et une vision globale pour les guider dans la durée sur leurs choix patrimoniaux. 

Propos recueillis par Marine Fleury