Alors que les cryptomonnaies s’imposent de plus en plus dans les portefeuilles des épargnants français, de nombreux investisseurs cherchent à mieux comprendre ce marché encore volatil et en pleine mutation. Édouard Belliard, directeur distribution et partenariats chez Meria, revient sur l’approche de la société et sur les tendances du secteur.
Edouard Belliard (Meria) : "La volatilité des cryptos est une réalité, accentuée par la réactivité du marché à certaines annonces"
Décideurs. Pouvez-vous présenter Meria ?
Edouard Belliard. Meria est une société d’investissement en cryptomonnaies créée il y a huit ans par Owen Simonin, connu pour son travail de vulgarisation des cryptoactifs en France. Depuis 2021, nous sommes enregistrés comme prestataire de services sur actifs numériques – PSAN – auprès de l’AMF, ce qui nous permet de proposer des solutions d’investissement, de conservation et de gestion pour compte de tiers. Nous gérons aujourd’hui 300 millions d’euros sous conservation et délégation et nous nous spécialisons à la fois dans l’investissement et la mise à disposition de solutions pour nos clients, ainsi que dans la collaboration avec les projets blockchain. Contrairement à d’autres acteurs, nous ne proposons pas seulement une exposition à la volatilité des cryptos, mais également des solutions de conservation et de génération de rendements grâce à des mécanismes comme le staking.
Qui peut accéder à vos services et à partir de quel ticket d’entrée ?
Nos solutions de gestion libre sont accessibles à partir de quelques dizaines ou centaines d’euros. Pour la gestion sous mandat, qui implique un accompagnement spécialisé et une gestion discrétionnaire, le ticket d’entrée est de 30 000 euros en direct et de 15 000 euros pour les clients issus de partenaires CGP.
Quel est le profil type de votre clientèle ?
Les profils sont plutôt variés, entre jeunes investisseurs, personnes morales et investisseurs qualifiés cherchant à diversifier leur portefeuille, mais la tranche d’âge la plus active se situe entre 25 et 35 ans. Depuis trois ou quatre ans, nous constatons une augmentation de l’intérêt des investisseurs détenant déjà des actifs traditionnels en portefeuille et cherchant à explorer la crypto. Certains viennent chez nous pour sécuriser leurs cryptoactifs, d’autres pour que nous les accompagnions dans la gestion de leurs portefeuilles.
D’où vient cet engouement dont vous parlez ?
Cela s’explique par la maturité croissante du marché, l’intérêt des CGP et institutionnels, une plus grande couverture médiatique sur ces produits, et un cadre réglementaire plus structurant. L’acceptation des ETF sur le bitcoin et l’ethereum aux États-Unis joue également un rôle important dans la démocratisation des cryptos.
Comment sélectionnez-vous vos produits ?
Contrairement aux plateformes d’échange comme Binance ou Coinbase, notre objectif n’est pas de lister un maximum de cryptos, mais de proposer des actifs sélectionnés selon plusieurs critères stricts : demande client, volume de transactions, conviction sur certains projets. Nous effectuons une analyse fondamentale approfondie avant d’intégrer un actif à notre plateforme.
Pour autant, les cryptos restent très volatiles. Comment gérez-vous ce risque ?
La volatilité est une réalité, accentuée par la réactivité du marché à certaines annonces. Nous sensibilisons nos clients à ce risque et leur proposons une diversification réfléchie. Nos solutions permettent de mieux maîtriser cette volatilité en s’appuyant sur des actifs solides qui ont déjà fait leurs preuves, tels que le bitcoin et Ethereum, couplé à d’autres actifs plus risqués sur lesquels nous avons des convictions.
Formez-vous vos clients et partenaires à ces risques ?
Nous avons mis en place la Meria Academy, où nous postons des contenus éducatifs, une newsletter et des formations pour les CIF et CGP. Nous intervenons aussi auprès de plusieurs médias et avons notamment cocréé l’émission Les Pros des Cryptos sur BFM Business.
Quel est actuellement le cadre réglementaire régissant les investissements en cryptoactifs ?
En Europe, la réglementation vise à protéger les investisseurs avant d’encourager le développement du secteur. Par exemple, l’enregistrement PSAN nous permet d’opérer en toute légalité, et, depuis janvier 2025, le Mica – market in cryptoassets – harmonise les règles à l’échelle européenne, offrant ainsi un cadre plus sécurisé pour les investisseurs.
Quelle place doivent occuper les cryptoactifs au sein d’une allocation patrimoniale diversifiée ?
Les cryptomonnaies jouent un rôle de diversification, à condition qu’elles soient intégrées de façon réfléchie. Nous recommandons de leur accorder une part raisonnable du portefeuille, en fonction du profil de risque, des objectifs et de la surface patrimoniale de l’investisseur. Pour certains, ce sera 5 %, jusqu’à 10 % ou plus pour d’autres. L’important est de ne pas surexposer son patrimoine à cette classe d’actifs encore volatile, tout en profitant de son potentiel de croissance à long terme.
Et pour ce qui est de l’horizon d’investissement ?
Pour des cryptomonnaies éprouvées, comme le bitcoin et Ethereum, un horizon de trois à sept ans est recommandé, mais il peut être plus long pour des projets plus jeunes.
Que pensez-vous des solutions de paiement en cryptomonnaies qui commencent à émerger ?
Selon moi, c’est la suite logique du développement des cryptoactifs. Ces solutions permettent des transactions sécurisées et instantanées, sans intermédiaires coûteux. D’ailleurs, certaines enseignes, comme le Printemps à Paris[1], acceptent déjà le paiement en Bitcoin.
Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à un débutant souhaitant investir dans les cryptomonnaies, lequel serait-il ?
Il ne faut pas investir sur un coup de tête ou en suivant des conseils hasardeux. Il est essentiel de vérifier ses sources, suivre les recommandations de professionnels et utiliser des plateformes réglementées. Une bonne stratégie est d’investir sur des actifs reconnus et de diversifier son portefeuille. Les cryptomonnaies ouvrent des perspectives, mais elles demandent aussi de la prudence et de la discipline.
Propos recueillis par Marine Fleury
[1] Source : actu-juridiques.fr