Stéphane Rudzinski (Rhétorès Finance) : "Le bitcoin est le seul actif véritablement anti-inflationniste"
Décideurs. Votre intérêt pour les cryptoactifs est-il récent ?
Stéphane Rudzinski. Ma conviction est forte, en particulier pour le bitcoin. Yves Choueifaty, le fondateur de TOBAM, un mathématicien et financier brillant et l’un des plus grands experts crypto en France, m’a ouvert les yeux. Il a une approche rigoureuse et mathématique, loin des influenceurs du secteur. Dès 2018, j’ai adopté sa thèse d’investissement. La réglementation relative au conseil sur les cryptos et les solutions d’investissement étaient en revanche balbutiantes à cette époque. Ce n’est heureusement plus le cas aujourd’hui. Le cadre réglementaire nous permet de conseiller nos clients sur cette classe d’actif et les solutions sont désormais solides.
D’où vient votre confiance dans le bitcoin ?
Je fais un constat simple : toutes les grandes monnaies fiduciaires perdent de leur pouvoir d’achat année après année. L’euro, le dollar, même le franc suisse. L’endettement massif des États et l’impression monétaire des banques centrales contribuent à faire exploser la masse monétaire. Le bitcoin, lui, est limité à 21 millions d’unités. Il est décentralisé, robuste et offre une rareté programmée. Aujourd’hui, nous constatons un net basculement. Les ETF Bitcoin ont été validés aux États-Unis, et BlackRock a collecté plus de 37 milliards de dollars sur son ETF. Son directeur, Larry Fink, qui disait il y a dix ans que le bitcoin était une "monnaie pour mafieux", considère désormais que c’est le seul actif véritablement antiinflationniste. C’est un vrai changement de paradigme.
Quelles sont les trois options que vous conseillez pour investir dans les cryptomonnaies ?
Il y a tout d’abord les plateformes d’échange comme Coinbase, Binance ou Kraken. J’ai commencé par ce chemin, mais je le trouve compliqué, risqué, et surtout peu sécurisé en matière d’héritage ou de fiscalité. Ensuite, les fonds et actions corrélés au bitcoin. Ces solutions sont éligibles à l’assurance-vie, notamment luxembourgeoise, ce qui permet de rester dans un cadre fiscal et successoral optimisé. Pour finir, les mandats cryptos proposés avec des PSAN sérieux. Nous avons, par exemple, coconstruit des mandats avec Tilvest, allant de profils modérés à dynamiques.
Quel est le profil type des investisseurs avec lesquels vous travaillez ?
Âgés de 20 à 80 ans, chefs d’entreprise comme salariés… Tous les clients à qui j’explique la thèse d’investissement adhèrent. Ils ne sont pas forcément connaisseurs, mais ils comprennent la logique. Et à chaque fois, ils investissent.
Faites-vous beaucoup de pédagogie ?
Nombreux pensent qu’il faut maîtriser la blockchain pour investir. Mais pas besoin de comprendre les lois de la thermodynamique pour conduire une voiture. Il suffit de monter, de démarrer et d’avancer.
Quels produits recommandez-vous dans une stratégie de diversification ?
Je recommande que la part de cryptoactifs dans un portefeuille ne dépasse pas 3 %. C’est une poche de diversification, qui reste marginale, mais à fort potentiel. Le seuil recommandé par BlackRock varie entre 2 et 5 %, ce qui correspond à ce que souhaitent a priori investir certains grands fonds souverains.
Quels types de cryptomonnaies privilégiez- vous ?
Le bitcoin d’abord. Ensuite, Ethereum, puis éventuellement Solana. Ces trois cryptoactifs représentent à mes yeux les piliers du marché. Les autres sont souvent des projets de type private equity appliqué à la blockchain, avec un taux de risque bien plus élevé.