Sur mesure, risqué ou sécuritaire, capitalisant ou générant des revenus complémentaires réguliers : le produit structuré est une belle classe d’actifs pour les investisseurs… à condition d’en maîtriser les rouages. C’est ce que nous explique Nicolas Dadoun, directeur général associé d’Hyperion Capital.

 

Décideurs. Le contexte économique actuel est-il favorable aux produits structurés ?

Nicolas Dadoun. Il n’y a pas vraiment de mauvais moments pour les produits structurés. C’est une classe d’actifs très large qui permet de jouer sur la hausse ou la baisse d’un titre, ou encore sur les taux. Deux variables surtout rendent ces produits attractifs : la volatilité et le niveau des dividendes. Aujourd’hui, avec une forte volatilité des marchés et des rendements intéressants, le contexte est effectivement favorable.  

Quelle est la durée d’investissement préconisée sur ces produits ?

Il n’y a pas de durée type, car dès le départ tout est défini contractuellement et sur mesure, mais généralement, nous pouvons investir sur un à dix ans, selon le profil du client et l’enveloppe choisi – assurance vie, compte-titres… –, avec une moyenne d’environ 16 mois.

Les produits structurés semblent avoir de nombreux avantages. Pourtant, certains conseillers restent réticents…

Historiquement, certains produits mal conçus ont laissé une mauvaise image. Beaucoup de conseillers n’ont pas été formés ou n’ont pas pris le temps de comprendre la complexité de ces produits. Chez nous, il a fallu trois ans pour structurer notre premier produit, le temps d’en comprendre tous les leviers et les risques. C’est un placement puissant, mais qui demande du savoir-faire.

Nous observons malgré tout un regain d’intérêt depuis deux ans. Pourquoi ?

La remontée des taux a permis de créer des produits à capital garanti avec des rendements très attractifs. Cela a facilité la pédagogie : les clients ont vu qu’ils offraient un rendement élevé, peu de risque sur le capital, et ont estimé qu’ils constituaient une intéressante option alternative aux fonds euros. Les assureurs et les CGP ont suivi le mouvement, car c’est aussi rémunérateur pour eux, et répond aux besoins des clients. Dans ce cas, tout le monde est gagnant, donc cela plaît.  

Quels sont les points d’attention à garder en tête avant d’investir ?

Le conseiller doit être capé et très attentif aux zones d’ombre qui persistent sur ces produits. Par exemple, il existe des indices synthétiques, souvent avec des noms ambigus tel que “CAC 40 décarbonés” qui ne sont ni représentatifs ni très lisibles pour les clients, et dont la composition n’est absolument pas une réplique de l’indice CAC 40. Le risque, c’est l’opacité. Des mécanismes comme les “decrements” en pourcentage ou à point, ont également été largement utilisés, pour augmenter artificiellement la marge des produits. Ces mécanismes peuvent être aussi bénéfiques que néfastes s’ils sont mal utilisés. Résultat : certains produits ayant un sous-jacent positif sont, encore aujourd’hui, totalement dévalorisés.

Quid du risque lié à l’émetteur ?

Le produit repose sur une obligation zéro coupon émise par une banque. Plus l’émetteur est risqué, plus la marge est élevée, mais plus le risque pour le client est important. Certaines filiales de banques américaines moins connues sont utilisées comme émettrices, avec des notations bien inférieures à celles de leur maison mère.

Propos recueillis par Marine Fleury