Malgré un contexte géopolitique et réglementaire lourd, Suravenir fait le choix d’une stratégie différenciante en misant sur la dette privée. Source de rentabilité, compatible avec la finance responsable et les thématiques actuelles, cette classe d’actifs séduit aussi bien les institutionnels que les épargnants. Décryptage avec François-Régis Bernicot, président du directoire de Suravenir. 

Décideurs. Quelle est la place du non coté dans l’allocation globale de Suravenir ?

François-Régis Bernicot. Nous investissons depuis très longtemps dans le non coté. Cependant, avec les contraintes issues de Solvabilité II, cette classe d’actifs est devenue coûteuse en fonds propres, ce qui a réduit l’appétit de nombreuses compagnies d’assurance. Chez Suravenir, nous restons investis à hauteur de 1 à 2 % de notre portefeuille en private equity et 10 % en dette privée. Cela reste marginal comparé à nos investissements obligataires qui constituent le cœur de nos placements, mais nous continuons de nous appuyer sur des sociétés de gestion spécialisées, notamment Swen Capital Partners – avec qui nous partageons une histoire commune –, et, plus récemment, Arkéa Capital.

Pourquoi être plus investi en dette privée ?

C’est en effet une spécificité de Suravenir par rapport à d’autres assureurs. Nous collaborons depuis plusieurs années avec Arkéa Asset Management sur cette classe d’actifs, notamment au travers de fonds de dette privée et de dette d’infrastructure, en plus d’autres acteurs de la place, comme Tikehau Capital ou Eiffel Investment Group. Ce qui compte pour nous, c’est la diversification. Contrairement aux obligations souveraines sur lesquelles nous pouvons investir des tickets de plusieurs dizaines de millions d’euros, la dette privée exige une granularité fine pour limiter le risque de défaut. Nous multiplions donc les contreparties, les stratégies et les véhicules.

Quels critères privilégiez-vous ?

La performance compte évidemment, mais la gestion du risque est primordiale. La dette privée est illiquide : une fois engagé, il n’est pas possible de sortir rapidement comme sur le marché coté. Il faut donc veiller à la robustesse des projets financés et au sérieux des sociétés de gestion partenaires. Nous misons sur un équilibre entre des poches très sécurisées, proches de l’« investment grade », et d’autres plus exposées, notamment sur les PME. Nous sommes satisfaits de notre stratégie, qui démontre sa résilience même dans un environnement de taux en évolution.

Comment intégrez-vous vos convictions en finance responsable ?

Nous intégrons les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans toutes nos politiques sectorielles et de sélection des fonds. Les énergies fossiles en sont donc exclues et nous ne référençons plus de fonds classés article 6 selon la réglementation SFDR. À l’inverse, nous favorisons les fonds SFDR 8 et 9, afin de donner plus de sens à l’épargne. Nous avons ainsi lancé un fonds d’infrastructures développement durable aligné à 70 % avec la taxonomie européenne, en collaboration avec Swen Capital Partners. 

Cette approche responsable s’adresse-t-elle aussi à vos clients particuliers ?

Suravenir n’est pas qu’un investisseur institutionnel. Nous accompagnons aussi directement les épargnants à travers les contrats d’assurance-vie. Depuis plusieurs années, nous développons la gamme « Tremplin », qui propose des fonds non cotés accessibles aux clients privés. L’enjeu est double : permettre aux clients particuliers d’accéder à des classes d’actifs réservées jusqu’ici aux institutionnels et financer l’économie réelle de demain.

Observez-vous un désintérêt de ces clients pour la finance durable ?

Au contraire, notre expérience prouve que la finance responsable est un levier commercial puissant. Nous gagnons des parts de marché grâce à cette stratégie. Certes, le sujet reste parfois complexe et technique pour les particuliers, à cause de réglementations multiples – taxonomie, SFDR, CSRD… – qui nuisent à la lisibilité, mais c’est à nous d’accompagner, d’expliquer et de rendre l’offre claire. Aujourd’hui, les épargnants recherchent de la rentabilité bien sûr, mais aussi du sens, et c’est exactement ce que nous proposons.

La thématique de la souveraineté prend de l’importance depuis peu. Comment l’abordez-vous ?

La souveraineté est une notion qui nous parle particulièrement. Installés à Brest, nos bureaux font face à la base navale qui abrite les instruments de la dissuasion nucléaire française, figure même de la souveraineté nationale. Au-delà du symbole, nous sommes profondément attachés au développement de nos territoires. C’est pourquoi nous soutenons le fonds Arkéa France Souveraineté, qui finance les PME contribuant à l’indépendance économique et stratégique de la France. Ce sujet ne se limite pas à la défense, car la souveraineté recouvre des secteurs plus larges tel que l’énergie, l’alimentation et l’industrie, que nous retrouvons dans ce fonds.  

La dette privée est-elle un outil pertinent pour financer cette souveraineté ?

Oui, car les entreprises ont besoin de fonds propres et de financements stables. La dette privée permet d’accompagner ce développement. Dans certains cas, lorsqu’il s’agit de PME de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), l’État apporte un soutien supplémentaire venant sécuriser le remboursement. En revanche, nous restons prudents sur les véhicules de private equity, notamment investis dans la défense, car les valorisations peuvent être surévaluées et la liquidité limitée.

En conclusion, comment résumeriez-vous la stratégie d’investissement de Suravenir sur la dette privée ?

C’est classe d’actifs est au cœur de notre stratégie, qui conjugue rendement, diversification et utilité économique. Nous sommes convaincus que l’avenir de l’épargne se construit en lui donnant du sens. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous portons ces thématiques.

Propos recueillis par Marine Fleury