Investir dans le non-coté peut devenir un véritable casse-tête pour tout investisseur à la recherche de souveraineté, de performance et de durabilité. Innovafonds, société de gestion basée à Paris et Lyon, répond à ces besoins. Entretien avec Cyril Chaumien, directeur général.

Décideurs. Pouvez-vous présenter votre structure ?

Cyril Chaumien. Nous sommes un fonds spécialisé dans les opérations small cap. L’équipe compte une vingtaine de collaborateurs répartis Paris et Lyon. Nous gérons un fonds régional destiné aux entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Bourgogne-Franche-Comté, qui accompagne des PME locales dans leur développement. Nous avons également un fonds national de capital-développement et de LBO, doté de 200 millions d’euros, qui cible des tickets compris entre 5 et 30 millions d’euros. Et enfin, nous avons lancé une activité de « flex equity », sur des tickets compris entre 5 et 15 millions d’euros, comparable à ce que proposent des acteurs comme EMZ, Andera- Acto, ... Au total, nous gérons au travers de nos fonds environ 500 millions d’euros.

À quelle clientèle vos fonds s’adressent-ils ?

Nos investisseurs sont exclusivement des institutionnels et family offices, ainsi que quelques personnes physiques très qualifiées en direct. Nous avons étudié la possibilité de travailler avec des plateformes de collectes de fonds, mais bien que leurs modèles soient intéressants, ils reposent souvent sur un feeder dont la collecte reste sous la responsabilité du gestionnaire. Aujourd’hui, nous avons déjà la capacité de gérer un flux d’investisseurs directs, donc nous privilégions un réseau de distribution classique grâce aux GPs.

Quelle est la stratégie d’investissement de votre fonds régional ?

Nous investissons au sein de PME locales en majoritaire ou minoritaire, avec des tickets compris entre deux et six millions d’euros. Ce sont des sociétés générant un chiffre d’affaires entre 10 et 30 millions d’euros, principalement dans l’industrie ou les services à l’industrie. Ces entreprises se distinguent par leur ancrage territorial fort, tout en ayant le potentiel de rayonner à l’échelle nationale et internationale. C’est précisément dans cette phase que l’apport de fonds propres est déterminant pour leur permettre de franchir le cap.

Comment vos clients perçoivent-ils cet ancrage territorial ?

À Lyon, par exemple, de nombreux institutionnels sont attachés au financement du tissu économique local. Ainsi, cet ancrage répond à un double besoin : soutenir la souveraineté économique du pays et profiter d’un marché riche en opportunités. L’offre en fonds propres est dynamique dans la région, mais il restait une place pour un acteur additionnel comme nous, capable de répondre à une demande précise. D’ailleurs, certains de nos investisseurs régionaux  se concentrent uniquement sur leur territoire.

La finance responsable est-elle intégrée à votre stratégie ?

Tous nos fonds intègrent une démarche durable rigoureuse. Chaque participation fait l’objet d’un audit carbone et d’un plan de décarbonation suivi dans le temps. De notre côté, nous allons plus loin en indexant une partie des conditions de financement sur l’atteinte d’objectifs ESG. Ce n’est pas encore un standard généralisé, mais cela tend à le devenir.

Et sur le critère social ?

Nous essayons d’instaurer des mécanismes d’intéressement et d’actionnariat salarié au sein des entreprises investies, bien que cela dépende de leur profil. Par exemple, chez DMAX, une société de déménagement d’entreprises, près de 50 salariés ont investi au capital symboliquement autour de 1 000 euros chacun. Ce n’est pas une somme considérable, mais cela crée un vrai sentiment d’appartenance et renforce la culture d’entreprise. À l’inverse, dans des sociétés composées principalement de cadres, l’appétence pour l’actionnariat salarié est souvent plus faible, hormis pour le top management. Nous adaptons donc notre démarche en fonction du tissu social de chaque entreprise.

La souveraineté économique est aujourd’hui au cœur du débat public. Comment cela se traduit-il dans votre activité ?

Nous observons une accélération du mouvement de consolidation en France depuis la crise sanitaire, car les entreprises de taille moyenne ont davantage d’occasions de racheter leurs concurrents ou des acteurs complémentaires. Typiquement, lorsque nous sollicitions 100 entreprises pour un projet de build-up avant le Covid, nous obtenions environ 2 ou 3 % de réponses positives. Aujourd’hui, nous en recevons environ 10 %. Il y a une vraie volonté de se renforcer, ce qui est une bonne chose car pour bâtir des champions nationaux et européens, il faut un socle solide de PME bien capitalisées et capables de grossir, faute de quoi elles risquent de disparaître.

Envisagez-vous de lancer de nouveaux fonds régionaux ?

Nous réfléchissons à nous implanter dans le Grand Ouest, car la région a un fort potentiel. Nous croyons beaucoup à l’évolution du modèle industriel car : ne s’agit plus seulement de construire des sites de production géants, mais de multiplier les implantations pour gagner en résilience et répartir les risques.

Comment pensez-vous que le private equity évoluera dans les cinq prochaines années ?

Le besoin en fonds propres demeure structurellement fort, notamment dans un contexte de transmission d’entreprises. Les valorisations devraient continuer à croître, à mesure que les PME grossissent en taille et se structurent, donc la dynamique reste positive. Cependant, la principale difficulté tient à la taille critique des entreprises. Trop petites, elles sont fragiles, trop grandes, elles deviennent parfois trop spécialisées pour attirer de nouveaux consolidateurs. L’enjeu est de les accompagner jusqu’à la bonne dimension qui leur permettra de devenir des champions de niche, sans tomber dans l’excès de concentration.

Propos recueillis par Marine Fleury