Marquée par des revirements économiques et des annonces inattendues, l’année 2025 n’a pas été de tout repos pour les marchés financiers. Marc Favard, directeur général, et Mathieu Breton, directeur général adjoint de Promepar Asset Management, font le point. 

Décideurs. Quel bilan faites-vous des marchés en 2025 ?

Marc Favard. L’année a démarré avec un réel engouement pour les actions américaines. Tout le monde voulait se renforcer : le résultat, trois mois de correction alimentés par la baisse importante du dollar, un moment de doute sur l’essor de l’intelligence artificielle et les inquiétudes économiques en rapport avec la mise en œuvre des droits de douane. Ensuite, le marché américain a repris sa marche en avant avec une économie américaine plus résiliente qu’attendu, avec la Fed qui a démarré un cycle (ou pas) de baisse des taux et de très bons résultats des entreprises américaines. La concentration des performances sur le thème de l’intelligence artificielle est forcément un sujet d’interrogation en cette fin d’année. L’inflation, de son côté, ne recule plus autour de 3 %, mais n’a pas accéléré non plus.

Qu’en est-il des autres marchés ?

M. F. En Europe, la hausse des indices a été concentrée sur le début d’année, la croissance économique et les profits des entreprises n’ont pas ensuite réussi à accélérer. Les marchés ibériques et italien se sont distingués grâce aux très belles performances du secteur bancaire et des services à l’énergie. Les secteurs industriels liés à la défense et à l’électrification ont été aussi plébiscités. La Chine a fait du va-et-vient et finit bien l’année portée par ses valeurs technologiques et par l’appétit des investisseurs domestiques. Finalement, une très bonne année pour les actifs risqués. Les obligations d’entreprises et émergentes s’en sortent très bien aussi. Et le rendement sans risque autour de 2 % n’est plus aussi attractif.

La thématique de la souveraineté européenne a fait la Une cette année, comment l’avez-vous traitée ?

M. F. C’est une thématique structurante, mais plus complexe à jouer qu’on pourrait le croire. La souveraineté renvoie naturellement à la défense et aux secteurs où la production n’est plus assurée en Europe. Nous avons été très présents sur le premier segment et avons également identifié des acteurs industriels stratégiques, notamment dans la production pharmaceutique délocalisée. Enfin, nous sommes récemment revenus sur l’acier, un secteur où les mesures européennes pour limiter les importations chinoises créent un contexte favorable à des acteurs domestiques.

Nous observons également un regain d’intérêt pour les marchés émergents. Pourquoi maintenant ?

M. F. D’abord, les banques centrales émergentes ont baissé leurs taux avant celles des pays développés, soutenant leurs économies. Ensuite, le recul du dollar allège leur endettement et favorise les flux entrants. Enfin, des pôles de croissance autonomes émergent en Asie et au Moyen-Orient, ce qui crée de véritables relais de performance. Par ailleurs, les investisseurs cherchent à diversifier leurs expositions après plusieurs années de domination américaine. La Chine doit être considérée comme une zone spécifique que nous trouvons attractive pour 2026 et qui apporte de la diversification.

De quelle façon avez-vous su tirer votre épingle du jeu dans ce contexte ?

M. F. La baisse des taux monétaires en Europe, de 4 % à 2 %, impliquait de redéployer activement le capital. Nous l’avons donc fait en dirigeant les flux vers des segments obligataires attractifs, tels que le crédit corporate, la dette émergente ou encore les stratégies à performance absolue. Ces choix ont été particulièrement porteurs. Côté actions, la diversification géographique a également porté ses fruits. Avec un dollar plus faible, il a été possible de générer de la performance aux États-Unis, mais aussi en Europe et sur les marchés chinois, malgré des à-coups et des phases de volatilité plus marquées. Les choix sectoriels étaient aussi importants.

Comment répondez-vous aux besoins de vos clients ?

Mathieu Breton. Notre rôle est de gérer au mieux les capitaux qui nous sont confiés et d’expliquer le plus clairement possible ce que nous faisons. Les clients attendent avant tout de nous de la performance, de la transparence et, pour de plus en plus d’entre eux, du sens à leurs investissements. Nous avons en effet des offres dédiées à chaque segment de clients, personnes physiques et personnes morales, ceux qui ont quelques k€ à placer comme ceux qui ont plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous échangeons régulièrement avec eux afin d’expliquer précisément nos décisions d’allocations et les arbitrages géographiques ou sectoriels réalisés. Pour nous, une gestion performante est aussi une gestion bien comprise !

Comment vous démarquez-vous de la concurrence ?

M. B. D’abord par la qualité et l’accessibilité de notre gamme, qui couvre tous les profils, des investisseurs individuels aux clients fortunés. Nous sommes capables de proposer des fonds performants et régulièrement primés, accessibles dès quelques euros, mais aussi des solutions en titres vifs à partir de 100 000 euros. Ensuite, par un modèle agile, mêlant gestion active de conviction et usage des ETF, permettant de capter efficacement les tendances structurelles. Nous avons l’avantage d’être une maison de gestion « à taille humaine » et agile, adossée à un grand groupe bancaire. Cela nous donne à la fois solidité, réactivité et proximité relationnelle avec nos clients, et ce, tout particulièrement pendant les phases tendues de marché.

Vous avez évoqué le sens donné à l’épargne. Pouvez-vous en dire plus ?

M. B. Notre fonds BRED Sélection ISR en est un bon exemple. Il est labellisé ISR, orienté grandes capitalisations européennes, et redistribue 25 % de ses frais de gestion à des associations et fondations qui soutiennent l’éducation et l’égalité des chances. Ces structures étant situées dans des zones géographiques où la BRED est présente, cela contribue aussi à renforcer l’ancrage territorial. À ce jour, le fonds a reversé plus d’un million d’euros. Et sa performance dans le temps prouve que rendement et engagement ne sont pas antinomiques.

Quelles sont vos prévisions sur les marchés pour 2026 ?

M. F. Le début de l’année 2026 s’annonce comme une phase charnière. En 2025, les grands sujets étaient l’inflation, les droits de douane et la géopolitique. Nous entrons désormais dans une période différente où le regard va davantage se porter sur la dynamique macro-économique américaine et la capacité des différentes zones à accélérer leur croissance avec des valorisations exigeantes et optimistes sur certaines thématiques d’investissement. De ce fait, deux scénarios sont aujourd’hui envisageables : un ralentissement plus prononcé de la croissance américaine alimenté par une dégradation progressive du marché de l’emploi et de la consommation, ou un scénario plus inattendu de surchauffe de l’économie américaine accompagné d’une bulle boursière. Ce dernier découlerait d’un ensemble de facteurs, comme une politique monétaire devenue accommodante, des plans budgétaires américains encore très actifs, une dérégulation bancaire favorisant le crédit et une progression frénétique des titres liée à l’essor de l’intelligence artificielle. Le scénario central reste celui d’une croissance résiliente, autour de 2,5 à 2 % aux États-Unis l’an prochain, ce qui soutiendrait la croissance mondiale. Nous attendons également un retour plus marqué de l’Allemagne, ce qui devrait profiter à l’Europe. En Chine, l’apaisement du contexte géopolitique et la stabilisation de la demande domestique pourraient contribuer à une reprise graduelle. Selon moi, le point de vigilance reste la concentration des marchés actions, notamment autour de la technologie et de l’IA. Les valorisations sont élevées, les flux restent massifs, mais ce type d’environnement peut créer des fragilités. Il faudra donc rester attentif au risk-management et veiller à maintenir de véritables poches de diversification, y compris via des thématiques moins corrélées.

Un mot pour conclure ?

M. F. Notre priorité reste d’assurer une gestion robuste et lisible dans un contexte économique incertain, afin de développer la collecte et répondre aux projets d’épargne de nos clients.

M. B. Et ce développement repose sur l’écoute et la coconstruction avec nos partenaires bancaires et nos clients. Les offres que nous lançons naissent de leurs besoins. C’est ce qui nous permet de rester en phase avec le marché. 

Propos recueillis par Marine Fleury