François Mézière (VIP Conseils) : " Lorsque nos clients décident d'investir dans le non-coté, ils ont le sentiment d'investir vraiment dans des entreprises qui industrialisent la France ou l'Europe"
Décideurs. Les enjeux autour des questions de souveraineté font leur retour en grâce depuis le Covid et la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, quelles classes d’actifs plébiscitez-vous auprès de vos clients qui souhaitent participer à « l’effort national » ?
François Mézière. Sur les thématiques en vogue, comme celle de la Défense, nous avons très peu d’interrogations de la part de nos clients, alors même que le sujet est largement débattu dans la presse et que la BPI vient de sortir son fonds défense. Il est probable que les valorisations se soient beaucoup envolées comparativement à la réalité et il est donc difficile d’avoir une vision claire sur le moyen et long terme. En revanche, nous avons eu beaucoup d’intérêt pour l’investissement dans l’économie réelle et les questions de souveraineté aussi bien en France, qu’en Europe.
Les fonds de Private Equity permettent de répondre à cette demande, en investissant directement dans les entreprises. Nous faisons appel à des experts qui sont très engagés dans leur sélection des sociétés. Nous proposons des investissements dans des fonds de type FCPR ou FPCI. Nous avons par exemple sélectionné des fonds gérés par Astorg ou LBO France qui sont très investi en Europe. Leurs niveaux d’implication dans la vie des sociétés sont toujours élevés – soit majoritaires, soit minoritaires – mais faisant quand même partie du directoire. Cette implication rassure beaucoup nos clients.
Le private equity est-il le seul véhicule d’investissement que vous conseilliez à vos clients ?
Pas uniquement. Quand nous avons commencé à proposer du non-coté, nous l’avons fait avec Cedrus&Partners qui avait créé un fonds nous paraissant extrêmement attractif en raison notamment de sa très forte diversification qui comprenant du Private Equity, de la dette privée, de l’infrastructure et de l’immobilier value-add. Cette construction nous paraissait tout à fait pertinente parce qu’elle correspondait à la construction d’un portefeuille non coté qui pouvait répondre à l’ensemble des préoccupations des clients.
Aujourd’hui, nous avons une certaine proximité avec Swen Capital, qui est spécialisé en dette infrastructure.
Toutes ces thématiques permettent de créer de véritables allocations d’actifs dans des actifs privés et permettent de répondre à différents besoins.
En revanche, cela s’adresse à un segment de notre clientèle qui a les moyens d’encaisser l’illiquidité et les tickets d’entrée qui sont dans le meilleur des cas, autour de cent mille euros.
Le non-coté est-il le meilleur moyen de contribuer à la souveraineté selon vous ?
Je pense que nous avons besoin d’investir à la fois dans le coté et le non-coté. La plus grosse entreprise de France, ce sont les PME. Mais nous devons également soutenir les grandes entreprises françaises. Cependant, un point important est à relever : la perception n’est pas la même. Lorsque nos clients décident d’investir dans le non-coté, ils ont le sentiment d’investir vraiment dans des entreprises qui industrialisent la France ou l’Europe et qui participent à la croissance du pays ou du continent. Cela se vérifie également sur les reportings qui nous permettent de mieux saisir les histoires que ces entreprises traversent à travers les données que nous recevons.
Nous ne pouvons pas retrouver cette même proximité quand ils investissement dans des fonds de large cap européens.
Dans le cadre d’investissement en PE, comment négociez-vous les frais pour ne pas affecter la performance ?
Les frais de gestion ne sont pas réellement négociables. En revanche, en ce qui concerne les frais d’entrée, nous avons fait le choix de privilégier des frais réduits afin de préserver l’intérêt des clients, la plupart étant compris entre 1 et 2%. Un fonds de Private Equity a un horizon d’investissement d’une dizaine d’années, l’incidence est assez faible sur le TRI qui devrait être délivré.
Quand on pense à l’avenir, plusieurs thématiques se dégagent (problématiques environnementales, IA, santé, etc.), voyez-vous un regain ou un déclin d’intérêt pour certaines d’entre elles ?
Les thématiques ESG sont rarement la priorité de nos clients néanmoins nous restons convaincus qu’une entreprise qui applique une bonne politique ESG aura une croissance plus importante du fait de l’engagement de ses employés.
Entre la tech et la santé, nous avons deux opposés. Sur la tech, les performances sont au rendez-vous, les résultats sont excellents, alors que cette année, la santé ne performe pas. Ce que nous essayons toujours de conseiller à nos clients, ce sont des investissements équilibrés, décorrélés et diversifiés.
« Ce que nous essayons toujours de faire, c’est de conseiller à nos clients des investissements équilibrés, décorrélés et diversifiés »
Nous ne sommes pas des gérants de gonds. Notre but est de conseiller une bonne stratégie patrimoniale, mais nous ne prônons pas la surpondération d’un secteur en particulier. Il faut avoir un portefeuille suffisamment robuste qui ne soit pas trop exposé sur un secteur.
Afin de rester prudent et équilibré, conseilleriez-vous d’investir dans des ETF ?
Ces dernières années, nous avons eu beaucoup de demandes pour les ETF. Certains clients sont convaincus que ces produits qui présentent peu de frais sont un bon pari sur le long terme. Néanmoins, nous leur rappelons que la plupart du temps, ils sont exposés aux mêmes grandes valeurs américaines qui sont surreprésentées dans de nombreux ETF basés sur des indices importants comme le Nasdaq, le S&P500 ou le MSCI World.
Pour les ETF qui répliquent les indices européens, il y a, à mon avis, deux sujets, dont il faut prendre la mesure, d’une part la surreprésentation de certains secteurs qu’une gestion active dans un souci règlementaire et de diversification ne pourra pas reproduire ; et d’autre part, beaucoup de sociétés de gestion qui commercialisent des ETF sont américaines ce qui conduit les acheteurs, à donner le droit de vote des entreprises représentées dans l’indice à des sociétés étrangères. Nous sommes dans une période ou le fait de maîtriser nos industries et nos entreprises me parait important.
Ces dernières années, la gestion passive a délivré de meilleures performances que la gestion active en général, mais il n’en demeure pas mois que certains gérants ont surperformé ces indices. L’important, selon moi, c’est surtout la question des proportions : avoir un peu de tout, mais de manière équilibrée et cohérente avec l’objectif de l’investisseur en pilotant le risque.
Propos recueillis par Clara Lelièvre