L’assurance permet de protéger l’intégrité des œuvres d’art et de contribuer à la préservation du patrimoine. Quel que soit le profil du collectionneur, du passionné qui ne possède qu’une seule œuvre, au musée qui multiplie les plus belles pièces historiques, l’assurance s’adapte. Entretien avec Cyril Karaoglan, directeur au sein de Nasco France – courtier d’assurance et de réassurance – et président du Comité International des amis du MAM (Musée d’Art Moderne de Paris).
Cyril Karaoglan (Nasco France) : " Pour évaluer la valeur de l’art, nous faisons toujours appel à des experts "
Décideurs. Comment évaluez-vous la valeur de l’art ?
Cyril Karaoglan. Pour évaluer la valeur d’une œuvre d’art, nous faisons toujours appel à des experts, qui sont spécialisés sur certaines périodes ou sur certains artistes. Pour les sélectionner, nous nous référons à des maisons de vente qui ont à leur disposition de très nombreux spécialistes.
Concrètement, nous pouvons distinguer trois valeurs : la valeur d’achat, émise par un artiste ou une galerie, la valeur de réalisation (ou de vente) qui peut fortement varier dans le temps et enfin la valeur d’assurance qui varie également dans le temps – plus nous nous éloignons de la valeur d’achat, plus l’assurance évoluera vers une valeur dite de remplacement, déterminée à partir de la valeur de marché, de la rareté, de la possibilité de reproduction, etc.
La façon d’évaluer des œuvres d’art a beaucoup évolué ces dernières années. Dans les années 90 et début 2000, il s’agissait encore de se référer auprès des fondations ou faire des recherches dans les bibliothèques. Aujourd’hui les experts sont largement aidés par internet, qui a facilité et accéléré toutes les recherches. À partir de la simple photographie d’un tableau, nous pouvons avoir accès à tout son historique – informations relatives à l’artiste, à son histoire et à son œuvre.
Quel est le rôle de l’assurance dans la préservation du patrimoine ?
Notre rôle de conseiller en assurance est de permettre à l’assuré de remplacer l’œuvre, dans le cas où elle est endommagée. Bien sûr, nous ne pouvons remplacer une œuvre unique, mais l’idée est de dédommager le propriétaire d’un montant qui lui offre aussi la possibilité d’acquérir une autre œuvre de valeur et surtout de qualité équivalente. Cette opportunité contribue également au dynamisme du marché de l’art à tous les niveaux.
L’assurance couvre-t-elle les musées nationaux ?
Les musées nationaux ne peuvent pas assurer leur collection permanente. Ils ont recours à ce que l’on pourrait qualifier d’« auto-assurance » ; c’est-à-dire que ce service est pris en charge par le gouvernement. Cette situation s’explique par le fait que les collections – notamment en France – sont bien trop importantes. Il est impossible de se porter garant des collections de milliers de pièces ou d’œuvres quasiment inestimables.
Il est possible, en revanche, de prendre en charge les collections des expositions temporaires – dans le cas de prêts, par exemple. En effet, dans ce cas précis, le niveau de risque augmente – transport, manipulation, déplacements, forte exposition – et les pièces doivent donc être assurées. Ce coût est inclus dans le budget global de l’exposition.
Sur quel segment le risque est-il le plus fort ?
Sur le transport d’abord, puis les dommages, les incendies et le vol. Qu’il s’agisse d’œuvres provenant de collections privées ou de musées, assurer les pièces est impératif, d’autant plus que la grandeur d’une exposition temporaire réside dans sa capacité à rassembler en un même lieu de nombreuses pièces tout à fait incroyables, souvent venues des quatre coins du monde.
Auriez-vous une anecdote à ce sujet ?
Je me souviens en effet qu’un assureur m’avait raconté le transfert de la Vénus de Milo, semble-t-il entre la France et les États-Unis. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce qui était le plus cher dans l’assurance d’une telle pièce, ce n’était pas la prime, mais la caisse dans laquelle l’œuvre devait être transportée. Il fallait en effet que cette dernière soit complètement étanche avec un système de régulation automatique de température, que la protection soit optimale, qu’elle contienne une boîte noire au cas où la caisse tomberait dans l’océan.
Propos recueillis par Clara Lelièvre