Les rapprochements entre cabinets de gestion de patrimoine fusent, à l’heure où la question de l’indépendance n’a jamais été aussi importante pour ces acteurs. Comment la définir et la conserver ? Yves Mazin, président de la CNCGP, fait le point.

 

Décideurs. Comment percevez-vous le métier de CGP ?

Yves Mazin. Ma conviction profonde repose sur le changement de paradigme du métier. Au-delà de la multiplication des acteurs et de leur professionnalisation, si un cabinet veut répondre correctement aux besoins de ses clients aujourd’hui, il doit mettre en place des moyens pour, d’une part, répondre à un cadre réglementaire exigeant et, d’autre part, être capable d’embarquer des compétences pluridisciplinaires. Cette adaptation ne peut résulter que d’une augmentation des moyens humains et économiques qui passe par une croissance organique et/ou externe. Pour ce faire, les cabinets sont passés d’une phase artisanale à une phase entrepreneuriale, et je constate que de plus en plus de petits cabinets doublent leurs effectifs pour répondre à ce mouvement, là où d’autres intègrent de plus grands groupes.  

Parallèlement, nombreux sont les CGP à prendre conscience qu’ils ne peuvent pas embrasser toutes les thématiques du métier seuls. L’association entre plusieurs cabinets commence à voir le jour. À mon avis, plusieurs modèles vont coexister.

Parlons-nous de consolidation ou de concentration de marché ?

Nous ne faisons pas face à un phénomène de concentration, qui impliquerait une réduction du nombre d’acteurs, alors que des cabinets se créent tous les jours. Aujourd’hui, la consolidation met en lumière des acteurs importants, arrivés à un certain niveau de maturité dans leur activité. Elle ne concerne pas toute la profession.

Ce phénomène de consolidation est assez naturel sur un marché historiquement très dispersé, avec beaucoup de petites structures. Se surajoutent des éléments conjoncturels comme la pyramide d’âge, où une première génération d’acteurs approchant de la retraite, veut monétiser leur activité. A cela s’ajoute un environnement de taux exceptionnellement bas qui a offert des vrais leviers pour les fonds d’investissement.

Encore une fois, ce modèle répond à une évolution naturelle d’une profession. Il n’est pas une fin en soi. Il est intéressant d’observer l’évolution des cabinets qui sont devenus de vraies entreprises, ou encore les nouveaux acteurs qui s’intéressent à notre secteur. D’autres chemins restent à explorer. Enfin, rappelons aussi qu’un certain nombre de conseillers reste viscéralement attachés à leur indépendance.

Dans ce contexte, comment définir la notion d’indépendance ?

Derrière celle-ci se cachent deux réalités : l’indépendance capitalistique du cabinet, où la structure n’est associée à aucun organisme financier ou producteur de produit ; et la notion d’indépendance liée au statut CIF qui renvoie à notre modèle économique.

Rappelons ici, qu’un conseiller dit « non-indépendant » a fait de choix de son modèle économique, à savoir la perception d’honoraires et/ou de commissions liées aux produits qu’il propose. Il n’est pas lié à un producteur et reste libre de son offre de solutions. Le parcours client « multi-régulé », à travers notamment la gouvernance produit, l’analyse de l’adéquation, et la transparence des frais perçus, évitent ce conflit d’intérêt potentiel et protège l’épargnant. C’est bien cette liberté que nous défendons.

Quel avenir anticipez-vous ?

Il suffit de regarder certains signaux forts : les masters et formations se sont multipliés : la relève est assurée. Il y a 20 ans, il y avait quelques plateformes de distribution et quelques sociétés de gestion à venir à notre rencontre. Aujourd’hui, nous sommes sollicités quotidiennement. L’environnement technologique et support métier c’est lui aussi densifié. Cette profusion d’offre, nous impose une vigilance accrue dans la sélection de nos partenaires, mais c’est une bonne chose. Cet intérêt porté à notre le métier démontre que le CGP est identifié et inscrit dans le paysage du conseil et de l’épargne. C’est révélateur d’un métier qui a atteint une forme de maturité avec un avenir plein de promesses. Il nous appartient maintenant de savoir le faire évoluer pour toujours rester aligné aux attentes de nos clients.

Propos recueillis par Marine Fleury