Alors que le marché fait face à un intérêt grandissant pour les véhicules evergreen, Florent Paquez, associé chez Hyperion Capital, rappelle l’importance de la liquidité dans la gestion patrimoniale. Il souligne la prudence nécessaire face aux actifs illiquides, insiste sur le rôle clé des gérants dans les fonds evergreen et estime que le non-coté doit rester une part mesurée du portefeuille, réservée aux investisseurs avertis.
Florent Paquez (Hyperion Capital) : "Investir dans des actifs illiquides, c’est faire un double pari : celui du moment de sortie et de la compétence du gérant "
Décideurs. Comment un fonds evergreen peut-il tenir sa promesse de liquidité alors que les sous-jacents restent structurellement illiquides ?
Florent Paquez. La liquidité est, à mes yeux, un élément absolument central. Elle reste primordiale dans un monde qui évolue très vite et où les changements de paradigme peuvent être brutaux.
Investir dans des actifs illiquides – qu’il s’agisse d’immobilier, de private equity ou d’infrastructures – c’est faire en réalité un double pari : celui du moment de sortie et celui de la compétence du gérant. Si la sortie intervient au mauvais moment du cycle, l’investisseur subit mécaniquement les conditions de marché.
Les fonds evergreen peuvent apporter une forme de souplesse, notamment grâce à des possibilités de sortie plus régulières que dans les fonds à capital fixe. Pour autant, il ne faut jamais perdre de vue que les actifs sous-jacents restent, par nature, peu liquides. La gestion de cette contradiction repose donc largement sur la qualité du gérant et sur sa capacité à piloter le fonds dans des conditions de marché parfois difficiles.
Dans un contexte où la liquidité devient souvent un argument commercial, jusqu’où les fonds evergreen doivent-ils aller pour offrir des fenêtres de sortie sans fragiliser le véhicule ?
La qualité du gérant est déterminante. Lorsque tout va bien, il est relativement simple de piloter un fonds. En revanche, lorsque les conditions deviennent plus incertaines, les équipes qui savent réellement gérer par gros temps deviennent immédiatement identifiables.
Un bon gérant doit notamment savoir maîtriser la collecte. Lorsqu’un fonds attire trop de capitaux, la tentation peut être grande de tout accepter. Absorber des volumes trop importants oblige parfois à investir dans des actifs qui correspondent moins aux convictions initiales. Cette pression peut conduire à prendre davantage de risques.
À l’inverse, certains gérants savent fermer leur fonds lorsque la capacité d’investissement est atteinte. Cette discipline est essentielle dans le private equity. Elle permet de préserver la qualité des investissements et, à terme, l’équilibre du véhicule.
Quelle est la part de portefeuille qui peut raisonnablement être investie dans des actifs illiquides ?
La réponse dépend essentiellement du patrimoine. Pour un client disposant de plusieurs dizaines de millions d’euros, consacrer 20 % ou 30 % au non-coté n’est pas forcément problématique, à condition de diversifier les sous-jacents.
En revanche, pour un épargnant qui dispose de 200 000 ou 300 000 euros d’épargne, ces proportions seraient beaucoup trop élevées.
« L’analyse du profil de risque et de l’aversion à la volatilité reste au cœur du travail du conseiller »
La psychologie de l’investisseur est également déterminante. Une baisse de marché de 10 % n’a pas la même signification pour quelqu’un qui dispose d’une épargne limitée que pour un investisseur très fortuné. C’est pourquoi l’analyse du profil de risque et de l’aversion à la volatilité reste au cœur du travail du conseiller.
Quels sont les dispositifs de gestion des risques qui doivent accompagner ces stratégies ?
Les sociétés de gestion sérieuses réalisent évidemment des stress tests et envisagent des scénarios de crise. Il est difficile d’imaginer qu’un fonds gérant plusieurs milliards ne se prépare pas à des situations de marché dégradées.
Au-delà des outils techniques, la communication est essentielle. Les investisseurs doivent être régulièrement informés des décisions prises et de la manière dont les gérants anticipent les difficultés éventuelles. Lorsqu’une société de gestion communique de façon transparente et régulière, les investisseurs acceptent beaucoup plus facilement certaines mesures, y compris un allongement des délais de sortie.
Pour les conseillers en gestion de patrimoine, cela implique un travail de vérification constant : échanger avec les sociétés de gestion, comprendre leurs processus et s’assurer que les engagements pris sont effectivement respectés. Ces stratégies restent des produits complexes qui doivent avant tout être proposés à des investisseurs avertis.
Propos recueillis par Clara Lelièvre