Longtemps réservés aux investisseurs institutionnels, les fonds d’infrastructures evergreen se sont progressivement ouverts aux particuliers. Grâce à l’évolution du cadre réglementaire, cette classe d’actifs est devenue accessible dès quelques milliers d’euros. Guillaume Eyssette, dirigeant et fondateur de Gefinéo, revient sur les moteurs de cette retailisation et sur les conditions nécessaires pour l’accompagner auprès du grand public.


Décideurs. Qu’est-ce qui explique l’intérêt toujours plus croissant pour les fonds d’infrastructures evergreen ?
Guillaume Eyssette
. Ces véhicules répondent d’abord à un besoin d’investissement de moyen-long terme. Les infrastructures sont des actifs non cotés qui se prêtent naturellement à des horizons d’investissement longs. Les fonds evergreen peuvent offrir une certaine souplesse, mais l’objectif reste d’accompagner des projets inscrits dans la durée.
Pour les investisseurs, l’intérêt tient aussi au profil rendement-risque. Les infrastructures peuvent offrir un potentiel de rentabilité supérieur aux solutions très sécurisées comme les fonds en euros, tout en présentant une volatilité plus faible que sur d’autres marchés où les coupons sont élevés, comme les actions cotées.

À cela s’ajoute une dimension extrafinancière. Les infrastructures financent fréquemment des projets liés à l’énergie, aux transports ou à la transition énergétique. Pour certains investisseurs, participer au financement d’énergies renouvelables ou d’infrastructures de transport plus vertueuses donne du sens à l’investissement et peut être perçu comme plus vertueux que du transport aérien ou du transport automobile. L’attrait repose donc souvent sur une double motivation : diversification financière et impact perçu.

Pourquoi la réglementation a-t-elle évolué pour favoriser l’accès à ces véhicules historiquement réservés aux institutionnels ?
L’objectif est de rendre accessibles des investissements qui présentent des qualités de diversification et des performances historiques intéressantes, alors qu’ils étaient auparavant réservés aux investisseurs les plus fortunés.

Une première ouverture est intervenue avec les fonds professionnels accessibles à partir de 100 000 euros. Le seuil reste élevé, mais il est déjà plus accessible que les tickets à plusieurs millions qu’exigent les parts institutionnelles. En parallèle, certains fonds infrastructure en assurance-vie sont apparus sous forme d’unités de compte. C’est notamment le cas de Generali infrastructures, grâce auquel les investisseurs peuvent accéder à cette classe d’actifs avec quelques milliers d’euros dans leur contrat.

« L’objectif est de rendre accessibles des investissements qui présentent des qualités de diversification et des performances historiques intéressantes » 

Mais l’évolution la plus récente vient des ELTIF, qui permettent désormais d’investir dans des fonds de private equity ou d’infrastructures dès 2 500 ou 5 000 euros. Cela ouvre réellement l’accès au grand public, mais comporte bien entendu son lot de risques.

Comment les fonds evergreen contribuent-ils à démocratiser l’accès aux infrastructures ?
Ils offrent des mécanismes de souscription et de sortie plus souples que les fonds de private equity traditionnels. Dans les fonds fermés classiques, l’investisseur apporte des capitaux puis attend la cession des actifs pour récupérer son argent, sans maîtrise du calendrier.

« L’évolution la plus récente vient des ELTIF, qui permettent désormais d’investir dans des fonds de private equity ou d’infrastructures dès 2 500 euros »

Les fonds evergreen introduisent des fenêtres de liquidité périodiques – trimestrielles, semestrielles ou mensuelles selon les cas –, souvent avec un préavis qui donne davantage de flexibilité à l’investisseur.

Il faut néanmoins rester lucide sur la nature de l’actif. Une infrastructure, qu’il s’agisse d’un parc éolien ou d’une concession d’autoroute, n’est pas un actif liquide. Les fonds doivent donc gérer les demandes de sortie avec des mécanismes de plafonnement, afin d’éviter de devoir céder les actifs dans de mauvaises conditions.

Quels sont aujourd’hui les niveaux d’allocation dans les portefeuilles ?
Dans notre pratique, les infrastructures restent une poche de diversification et non un cœur de portefeuille. La part dépend donc grandement de la situation patrimoniale et de l’horizon d’investissement. Nous les pratiquons depuis longtemps, soit par le biais des fonds professionnels, à partir de 100 000 euros, soit par le biais d’assurance-vie, de comptes titres et de PEA. Pour un investisseur disposant d’un horizon long et d’autres actifs liquides, une allocation de private equity autour de 20 à 30 % du portefeuille est envisageable. Dans cet ensemble, la part consacrée aux infrastructures peut représenter environ une dizaine de pourcents.

Dans l’assurance-vie, une allocation de 5 à 10 % d’infrastructures peut également avoir du sens, à condition que le reste du portefeuille conserve suffisamment de liquidité pour faire face aux imprévus.

Comment accompagner les investisseurs particuliers sur ces produits complexes ?

L’accompagnement est essentiel. Le rôle du conseiller – CGP ou banquier – est d’abord d’aider à dimensionner correctement l’investissement. Comme toute classe d’actifs, les infrastructures présentent un intérêt, mais une surexposition peut devenir problématique, notamment à cause de l’illiquidité.

Il est aussi important d’expliquer précisément le fonctionnement des fonds : l’horizon d’investissement, la nature des actifs financés et les conditions de liquidité. Le terme « semi-liquide » peut être mal interprété. Il ne signifie pas qu’il est possible de sortir à tout moment sans contrainte. Enfin, il faut rappeler que ces produits restent des investissements risqués et de long terme. Une pédagogie claire et un accompagnement de qualité sont indispensables pour éviter toute déception liée à une mauvaise compréhension initiale.

Propos recueillis par Clara Lelièvre