Les fonds evergreen s’imposent progressivement comme une réponse structurelle aux contraintes de liquidité que connaissent les investisseurs privés souhaitant s’exposer aux actifs réels. Dans le segment des infrastructures, leur format semi-liquide ouvre autant de perspectives qu’il soulève de questions. Souleymane-Jean Galadima, cofondateur, Sapians, tente d’y répondre.
Souleymane-Jean Galadima (Sapians) : "Nous privilégions les actifs greenfield, certes plus risqués, mais moins dépendants des taux"
Décideurs. Pourquoi les fonds evergreen conviennent-ils au segment des infrastructures ?
Souleymane-Jean Galadima. Les infrastructures sont une classe d’actifs dont l’horizon d’investissement peut dépasser dix ans. Les fonds evergreen permettent, grâce à leur schéma semi-liquide, d’offrir aux investisseurs de la liquidité en cas de besoin. Il faut néanmoins rappeler qu’elle reste théorique : pour capter pleinement la performance d’un investissement, il est indispensable de respecter l’horizon d’investissement cible.
En période de volatilité des taux, comment s’assurer que la VL reflète la valeur de marché réelle des infrastructures sans pénaliser les entrants ou avantager les sortants ?
Il faut distinguer deux grandes typologies d’infrastructures : les infrastructures stabilisées, dites brownfield, qui génèrent déjà des revenus, et les infrastructures en phase de projet, dites greenfield. Les premières présentent un effet de levier plus important et sont donc beaucoup plus exposées aux variations de taux. C’est pourquoi, chez Sapians, nous privilégions les actifs greenfield, certes plus risqués, mais moins dépendants des taux et assortis d’objectifs de performance plus élevés. Sur des projets de transition énergétique, comme les parcs photovoltaïques ou éoliens, un greenfield peut viser jusqu’à 10 % de performance annuelle, contre 6 à 7 % pour un brownfield. Ces impacts sur la valeur liquidative sont par ailleurs généralement atténués sur un horizon d’investissement de huit à dix ans.
Comment gérez-vous le risque de réinvestissement lorsque des actifs matures sortent du portefeuille pour maintenir le profil de rendement du fonds ?
Ce risque existe, mais il est strictement encadré par le règlement du fonds, qui impose le maintien de règles de diversification strictes et le respect de la stratégie d’investissement définie.
Sur quels critères sélectionnez-vous les fonds pour vos clients ?
Notre sélection repose sur cinq axes d’analyse. Nous examinons d’abord la société de gestion elle-même : son historique, sa gouvernance, son actionnariat, son indépendance, ainsi que sa présence internationale et le volume d’actifs sous gestion. Nous vérifions également s’il s’agit d’un acteur établi ou d’un premier fonds. Nous analysons ensuite le fonds en détail : sa stratégie d’investissement au regard du contexte macro-économique, la valeur ajoutée du gérant, les secteurs et zones géographiques couverts, le nombre de lignes, les critères de sélection des sociétés cibles – valeur, EBITDA, taux de croissance – et la nature des tickets, majoritaires ou minoritaires. Le troisième axe porte sur l’équipe : parcours académiques et professionnels, dépendance éventuelle à un ou deux individus clés, stabilité des équipes, départs récents et politique de fidélisation, notamment avec la répartition du carried interest. Nous étudions aussi le track record : performances des fonds précédents, régularité d’un millésime à l’autre, contribution de chaque ligne et origine de la performance – multiple, dette, croissance organique ou externe – avec une analyse des indicateurs TVPI, DPI et TRI net. Enfin, nous passons en revue les termes et conditions : taille cible du fonds, montants levés à date, période d’investissement, maturité envisagée, niveau des frais de gestion et du carried interest par rapport aux standards de marché, durée d’investissement et modélisation des cashflows attendus.