À l’aube du lancement par Arkéa Asset Management, Exclusive Partners et IQ-EQ Management de leur premier fonds evergreen spécialisé en infrastructure, accessible aux investisseurs particuliers, Arkéa Asset Management, délégataire de la gestion de ce fonds d’IQ-EQ Management, revient sur la particularité de cette classe d’actifs et de son partenariat de longue date avec Exclusive Partners.

 

Décideurs. Arkéa Asset Management, Exclusive Partners et IQ-EQ Management lancent un fonds de dette d’infrastructure evergreen. Quelle en est la genèse ?

Charlotte Lavit d'Hautefort. Ce fonds, issu d’un partenariat entre Arkéa Asset Management, délégataire de la gestion du fonds, IQEQ, société de gestion de ce dernier, et Exclusive Partners, investit dans la dette d’infrastructure au format evergreen, c’est-à-dire ouvert en permanence aux souscriptions et aux rachats, contrairement aux fonds fermés classiques. L’ambition de ce fonds est de proposer une version « retail » à côté de l’offre consacrée aux institutionnels, des fonds de dette infrastructure à impact que nous avons dans notre gamme afin de permettre aux investisseurs particuliers d’accéder à cette classe d’actifs. Les deux typologies de fonds pourront co-investir selon la même stratégie, sur les deux grands domaines que sont la transition énergétique et la transition numérique. Géographiquement, tous les pays de la zone économique européenne disposant d’une notation investment grade sont ciblés.

Quels sont les actifs visés et la nature du risque ?

C. L. H. Le fonds investit dans des actifs de dette infrastructure flexibles, à la recherche d’un couple rendement/risque optimisé. Nous nous situons globalement sur de la dette junior, mais structurée et adossée à des sûretés contractuelles négociées. Cela signifie que, même en cas de défaut, le taux de recouvrement devrait rester élevé. L’historique de cette classe d’actifs démontre une très grande résilience, avec des taux de défaut à long terme comparables à ceux de la dette corporate investment grade, selon plusieurs études d’agences de notation internationales. Ces actifs ont aussi un caractère contracyclique. Qu’il s’agisse d’énergie, d’infrastructures numériques ou de transport, ils doivent continuer à fonctionner quel que soit le contexte économique. Ils sont souvent régulés ou soutenus par les pouvoirs publics, ce qui renforce leur stabilité. Enfin, la dette infrastructure repose sur des contrats de long terme, offrant une bonne visibilité des revenus escomptés et la possibilité d’un rendement régulier distribué aux investisseurs. L’horizon de placement recommandé est de cinq ans, en cohérence avec la maturité moyenne des prêts souscrits.

Comment se déroulera la distribution des revenus ?

Charles du Tillet. En assurance-vie française, la part du fonds capitalise, c’est-à-dire que les revenus s’accumulent au capital. En dehors de ce cadre, dans des contrats luxembourgeois ou sur compte-titres, les parts distribuent et versent des coupons annuels.

À combien s’élève le ticket d’entrée ?

C. du T. Le montant dépend du mode de souscription. En assurance-vie française, il sera accessible à partir de 1 000 euros selon les assureurs, tandis que, pour un placement en compte-titres ou en assurance- vie luxembourgeoise, il sera disponible à partir de 25 000 euros. C’est un fonds Eltif 2 dont l’intérêt est d’ouvrir le fonds plus largement à la clientèle intermédiée et de rester très en dessous des seuils traditionnels de 100 000 euros, qui régissent habituellement les fonds d’investissement alternatifs.

Pourquoi avoir choisi le sous-segment de la dette privée ?

C. L. H. Arkéa Asset Management a développé depuis plusieurs années une plateforme spécialisée dans la dette infrastructure. Le besoin de dette est considérablement supérieur à celui de l’equity dans le monde de l’infrastructure. Après la crise de 2008, le marché s’est ouvert aux fonds de dette, d’abord sur les tranches investment grade, puis, plus récemment, sur les tranches junior. Aujourd’hui, la dette d’infrastructure peut offrir des rendements attractifs : ses rendements sont proches de ceux du core equity, mais avec un risque plus faible. Les investisseurs bénéficient de sûretés sur les actifs, d’un horizon clairement défini et de flux de revenus réguliers. Ils sont avertis qu’un investissement dans le fonds comporte un degré substantiel de risques. Par ailleurs, avec la remontée des taux, les rendements de la dette infrastructure sont aujourd’hui attrayants compte tenu du risque modéré qu’elle offre.

Quels sont les projets ciblés ?

C. L. H. Nous ciblons le segment « midmarket », c’est-à-dire des transactions comprises entre 20 et 400 millions d’euros. Cette taille de marché est suffisamment profonde pour offrir de vraies perspectives, sans les distorsions de prix observées sur les très gros projets dominés par quelques grands acteurs. Par exemple, nous finançons des centrales solaires, éoliennes ou hydroélectriques, des réseaux de chaleur et unités de traitement ou de recyclage des déchets, des bornes de recharge électrique, ou encore des projets de fibre optique et de data centers européens. Chaque investissement est assorti d’un compte-rendu des impacts environnementaux et sociaux : tonnes de CO₂ évitées, population desservie, etc. Sur less portefeuilles de dette infrastructure comparables que nous gérons au sein d’Arkéa Asset Management, nous n’avons enregistré aucun défaut de paiement en quinze ans, ce qui témoigne de la qualité et de la rigueur de la sélection.

Comment s’organise votre partenariat avec Arkea Asset Management ?

C. du T. Nous travaillons avec Arkéa Asset Management depuis de nombreuses années sur différentes gammes, notamment sur des fonds de trésorerie. Ce nouveau fonds s’inscrit naturellement dans cette collaboration solide entre nos deux maisons. Arkéa Asset Management distribue le fonds dans son réseau interne, banque privée et canaux partenaires – et nous sur les réseaux externes, c’est-à-dire les conseillers en gestion de patrimoine et courtiers.

La dette infrastructure est-elle bien accueillie par les clients particuliers ?

C. du T. Oui, de plus en plus. En comparant les différentes classes d’actifs, la dette infrastructure apparaît comme l’une des plus sûres, car elle finance des actifs tangibles et offre une grande lisibilité. L’investisseur sait dans quoi il investit et perçoit des revenus prévisibles. De plus, contrairement aux marchés côtés, cette classe d’actifs n’est pas soumise à la volatilité quotidienne. Même pendant des épisodes de stress extrême, ces infrastructures restent nécessaires : tout le monde continue d’utiliser l’électricité, l’eau, les réseaux, etc.

Selon vous, quel est l’avenir des fonds evergreen ?

C. L. H. Ils traduisent une tendance de fond, encouragée par les politiques publiques et notamment la loi « Industrie verte ». Les besoins de financement des transitions écologique et numérique sont colossaux, bien au-delà des capacités budgétaires des États. Il est donc logique de diriger une partie de l’épargne des investisseurs privés vers ces actifs réels, utiles et durables. Les fonds evergreen constituent un canal efficace pour mobiliser ces flux tout en pouvant offrir une performance mesurée et régulière.

C. du T. C’est au départ une stratégie institutionnelle et assurantielle, mais elle répond aujourd’hui à une demande réelle du marché retail. Pour beaucoup d’investisseurs privés, il est plus pertinent d’allouer une partie de leur patrimoine à un produit comme celui-ci, moins risqué, mieux rémunéré et plus transparent, qu’à un fonds de private equity long et illiquide. Assureurs, CGP et clients individuels y trouvent leur compte : une performance régulière, un horizon de placement plus court – 5 ans –, une faible volatilité – le SRI est égal à 3 – et un impact réel sur la transition économique. 

Propos recueillis par Marine Fleury