Les obligations convertibles ont la réputation d’offrir le meilleur des deux mondes. Mais qu’en est-il dans un monde où les grands dogmes de la gestion active (exprimés autour des “4C” : Convexité, Calibration, Contrariant, Catalyste) apparaissent “ disruptés “ voire dépassés pour certains ?
Les obligations convertibles, un instrument obligataire idoine en contexte inflationniste non récessif
Un premier semestre remarquable. Tel pourrait être le bilan des six premiers mois écoulés pour la classe d’actifs des obligations convertibles. Les records ne manquent pas et concernent toutes les caractéristiques du produit.
- Record d’émission primaire tout d’abord avec un montant annualisé à USD 260 bn. Étant historiquement le canal privilégié de financement obligataire du secteur technologique, c’est tout naturellement que le produit a été plébiscité pour financer les investissements liés à l’IA. Cette thématique a ainsi représenté 47 % du marché primaire et représente actuellement 30 % du gisement secondaire mondial. Le produit a su mettre à profit des valorisations actions attractives, des niveaux de volatilité élevés, ainsi que des taux sous tension. Fortes de ces trois arguments, les obligations convertibles ont ainsi fait partie de la boîte à outils des équipes d’origination bancaires aux États-Unis, en Chine, et plus récemment en Europe, où 9 émissions ont été placées depuis le début du mois de juin. Certains se plaindront d’une évolution trop momentum et trop versatile du gisement américain. Nous estimons que son élargissement est au contraire bénéfique. Cette année, chaque nouvelle émission s’est en moyenne appréciée de 3,3 % sur la journée, tant l’appétit était fort. La stratégie continue de susciter de nouvelles ouvertures chez les stratégies d’arbitrage, et il est sain de noter enfin une lente reprise des souscriptions dans les fonds directionnels.
- Record de performance ensuite sur le marché secondaire, puisque le produit convertible remporte la palme, une fois encore, du produit listé le plus performant. Bien évidemment, des biais dans la composition des indices ne doivent pas induire en erreur. Mais il est tout de même frappant de constater que les obligations convertibles européennes (indice Refinitiv Europe Hedged) talonnent à 30points de base[1] près l’Eurostoxx 600 malgré une exposition au risque action limitée à 37 %.
- Les participants au marché convertible aiment à dire que les émetteurs ont « un petit truc en plus ». Le produit est en effet par nature émis par une société en mouvement, sachant mobiliser l’ensemble de ses équipes pour optimiser le financement de ses investissements. Contrairement aux obligations classiques impliquant la plupart du temps uniquement le trésorier, une obligation convertible mobilise la direction pour la convaincre d’une dilution différée ainsi que les équipes comptables pour comptabiliser dans le compte de résultat la valeur actualisée de la composante optionnelle. Serait-ce ainsi un hasard ou précisément la résultante de tant d’opiniâtreté, si les sous-jacents convertibles surperforment depuis 2025, le reste de la cote européenne reprenant ainsi une longue tradition de ce « petit truc en plus » qui permet au produit de se reconnecter, depuis 30 ans, au segment le plus dynamique du marché ?
- Des points de vigilance cependant sur le second semestre 2026. Faut-il pour autant tomber dans la complaisance ? Assurément non.
Plusieurs signaux incitent à la vigilance :
- Les niveaux de valorisation sont élevés sur les obligations convertibles américaines.
- La volatilité factorielle est très importante : on constate une dégradation du taux de participation à la hausse et à la baisse en 2026 autour de 1,05 en Europe et de 1,1 aux États-Unis (c’est-à-dire que les convertibles européens ont enregistré 47 % de la hausse et 45 % de la baisse des sous-jacents, quand les convertibles américaines ont enregistré 62 % de la hausse et 56 % de la baisse des sous-jacents)
- On assiste à une dégradation de la qualité de crédit avec une proportion d’émetteurs Investment Grade divisée par 3 depuis 2023.
Tous ces points seront autant d’éléments de vigilance à prendre en compte par les gérants d’actifs pour le second semestre 2026.
Dans ce contexte contrasté, la gestion active devrait prendre tout son sens. Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement, disait Bouddha, et les obligations convertibles se nourrissent de cette volatilité. Depuis le financement des chemins de fer aux États-Unis au 19ème siècle jusqu’à la montée en puissance de l’IA, elles ont toujours été le point de rencontre des entreprises disruptives et des investisseurs désireux de s’y exposer en s’éloignant de façon convexe de la pure rente de portage, mise à mal dans un contexte inflationniste ancré pour longtemps.
À l’Europe d’en saisir pleinement l’opportunité !
Sur l'auteur
Benoît Le Pape, responsable de la gestion des obligations convertibles chez Arkéa Asset Management
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[1] données au 19 juin 2026