Organisation dont le rôle est de sensibiliser et soutenir les dirigeants aux problématiques sociétales actuelles, Mouvement Impact France engage les entrepreneurs pour avancer ensemble, dans la même direction et de façon durable. Julie Faure, co-présidente, fait le point sur les causes et enjeux du moment.
Julia Faure (Mouvement Impact France) : "Nous plaidons pour un protectionnisme intelligent"
Décideurs. Pouvez-vous présenter l’association Mouvement Impact France ?
Julia Faure. Mouvement Impact France est une association qui rassemble des dirigeants et dirigeantes autour d’un objectif commun : réconcilier la performance économique de nos entreprises et l’intérêt général, deux notions qui aujourd’hui sont souvent perçues comme incompatibles.
Vous travaillez autour de thématiques en particulier ?
L’intérêt général s’articule autour de deux axes principaux : l’impact social et environnemental. Nous nous rendons compte qu’une entreprise qui paye peu ses employés ou qui ne respecte pas l’environnement est souvent plus compétitive. Notre ambition est de changer cette équation pour qu’un modèle économique performant soit aussi respectueux des humains et de la planète.
Quels constats ont mené à la création de cette association ?
L’association a vu le jour il y a 15 ans sous le nom de Mouvement des entrepreneurs sociaux, qui était à l’époque un club sur l’économie sociale et solidaire, avant de fusionner en 2020 avec Tech for Good France pour devenir le Mouvement Impact France. Ces dernières années, nous avons élargi notre vision sous la présidence d’Eva Sadoun et de Jean Moreau. Notre priorité est de changer les règles du jeu pour que toutes les entreprises intègrent les enjeux sociaux et environnementaux, et que ce ne soit plus une option.
Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant souhaitant avoir un impact positif sur la société ?
Je lui conseillerais de rejoindre Mouvement Impact France ! C’est un endroit où il pourra échanger avec d’autres entrepreneurs ayant les mêmes ambitions et identifier ce qu’il est possible de mettre en œuvre. S’il n’y a que quelques entreprises qui fournissent des efforts pendant que d’autres continuent à polluer ou à négliger les aspects sociaux, l’impact reste limité.
Pouvez-vous partager un exemple concret d’entreprise ayant mis en place des actions significatives ?
1083, une entreprise de textile, a décidé de produire en France malgré des lois environnementales strictes. C’est une démarche radicale, différente des entreprises qui externalisent leur production dans des pays où les protections environnementales et où les droits sociaux sont inexistants. Chez Loom, nous avons choisi de rémunérer nos employés bien au-dessus du Smic, car nous pensons qu’ils doivent pouvoir vivre décemment. C’est un choix qui impacte nos bénéfices, certes, mais qui est en ligne avec nos valeurs.
"La transition écologique peut être un levier économique majeur, à condition qu’elle soit soutenue par les politiques publiques."
Et pour les entreprises qui souhaitent avoir un impact positif, mais n’en ont pas les moyens financiers ?
C’est une problématique courante, surtout dans des secteurs comme le textile, où la concurrence avec des produits asiatiques bon marché est rude. Pour que ces entreprises puissent évoluer, nous militons pour des réglementations limitant cette concurrence déloyale.
Les nouvelles générations influencent-elles vos travaux ?
Les préoccupations écologiques touchent les jeunes, mais aussi leurs parents, voire les grands-parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants. Cependant, il est vrai que ces jeunes générations recherchent du sens dans leur travail.
Observez-vous des opportunités économiques dans la transition écologique ?
La rénovation énergétique des bâtiments, de la gestion du gaspillage alimentaire avec des entreprises comme Too Good To Go, ou encore de la mobilité douce sont quelques-unes des entreprises ayant vu le jour dans une optique de transition écologique. Cependant, ces opportunités dépendent souvent de choix politiques. Si la France investissait massivement dans un plan vélo, cela créerait des milliers d’emplois dans la construction d’infrastructures, la fabrication et la réparation. La transition écologique peut être un levier économique majeur, à condition qu’elle soit soutenue par les politiques publiques.
Selon vous, quels sont les freins à ces opportunités ?
Pour que ces initiatives soient viables, elles doivent être rentables. Si nous reprenons l’exemple du textile, tant que les produits locaux sont en concurrence avec des produits bon marché issus de pays aux normes laxistes, il sera difficile de développer une industrie textile française compétitive. Nous plaidons pour un protectionnisme intelligent, basé sur des standards sociaux et environnementaux. Cela protégerait notre économie tout en élevant les normes à l’échelle mondiale.
Quels sont les projets de Mouvement Impact France pour 2025 ?
Notre première priorité est de garantir la mise en œuvre progressive de la directive CSRD pour instaurer des standards sociaux et environnementaux, et ainsi favoriser les entreprises françaises. La seconde est l’adoption de la loi « fast fashion », visant à réguler ce secteur destructeur.
Un mot pour conclure ?
J’appelle les chefs d’entreprise à prendre position. Nous faisons face à une double crise : une accélération des catastrophes écologiques et un recul des ambitions environnementales à cause de certains jeux de pouvoir. Si vous croyez à un modèle économique durable et équitable, rejoignez-nous !
Propos recueillis par Marine Fleury