Au lendemain de la liquidation de Lamazuna, entreprise pionnière des cosmétiques solides en France, Laëtitia Van de Walle se réinvente et lance Andromée, marque d’huiles de soin naturelles implantée dans la Drôme.

Fraîchement diplômée de l’EFAP (École française des attachés de presse), Laëtitia Van de Walle se découvre une âme d’entrepreneuse à peine sortie de l’école. "Petite, mon père m’a dit un jour : “regarde cette pince à linge, quelqu’un l’a inventée et elle est utile tous les jours”. J’ai eu envie de trouver ma propre pince à linge."  Un soir de 2010, alors qu’elle était en quête de démaquillant, elle finit par utiliser une serviette en microfibre en guise de lingette, à défaut de trouver ce qu’elle recherchait. Ce qui semble être une simple soirée dans la peau d’une jeune femme se transforme rapidement en business, et de là, naît Lamazuna, "jolie jeune fille" en géorgien, inspiré par son colocataire originaire du pays.

Visionnaire et écologiste

Visionnaire, cette dirigeante garde malgré tout la tête sur les épaules. Les dix premières années propulsent l’entreprise au rang de leader du marché, affichant une croissance exponentielle. Un chiffre d’affaires qui double chaque année, une équipe de 70 salariés, un rayonnement international. Laëtitia Van de Walle a réussi à imposer des gestes écologiques inédits là où personne n’était encore allé : shampoings solides, déodorants sans emballage… Le tout, autofinancé, sans jamais faire appel à des investisseurs. "Je suis partie avec 2 500 euros, j’ai tout construit seule."

Descente aux enfers

Mais, à partir de 2020, la courbe s’inverse. La croissance tombe de -34 % sur quatre années consécutives, la concurrence émerge, et surtout, la pandémie pointe le bout de son nez. Fermeture des commerces oblige, la spirale devient difficile à enrayer. Malgré une tentative de conciliation, la société ne survit pas. Quatre ans plus tard, sa liquidation est actée.

Laëtitia Van de Walle garde un goût amer, car le tribunal a confié l’entreprise à un repreneur inattendu pour la somme dérisoire de 50 000 euros. « Je pensais que le groupe d’entrepreneurs locaux, qui me gardait dans l’équipe et proposait plus d’emplois, allait l’emporter. » Malgré le choc, cette entrepreneuse ne se laisse pas abattre et décide de ne pas s’attarder sur un échec, qu’elle préfère considérer comme un apprentissage. « J’étais frustrée depuis quatre ans. Je n’avais plus les moyens de mes ambitions. J’avais envie d’y retourner. » Elle se lance dans une nouvelle aventure, cette fois-ci accompagnée d’investisseurs locaux, et fonde Andromée, marque de cosmétiques naturels qu’elle crée de A à Z. Une façon pour elle de continuer à écrire l’histoire qu’elle avait mise en pause depuis 2020.

L’art de la résilience

À 40 ans, Laëtitia Van de Walle peut se vanter d’avoir déjà vécu plusieurs vies. Sa résilience, elle la tire des livres de développement personnel. Elle cite Les vertus de l’échec, de Charles Pépin, qui l’a inspirée et aidée à ne pas sombrer après Lamazuna. Lorsque nous lui demandons si elle aurait aimé faire les choses différemment, sa réponse est immédiate : se protéger financièrement. "Je n’avais rien mis de côté. Je refusais catégoriquement de l’entendre, car je n’imaginais pas que Lamazuna pouvait couler." Elle évoque également la pression morale, la peur de perdre en crédibilité, et ce poids qu’elle a parfois laissé reposer sur son conjoint, entrepreneur la semaine et presseur d’huile le week-end. "Il n’avait rien demandé, et c’est tombé sur lui."

Sur son temps libre, Laëtitia Van de Walle court, jardine quand elle en a le temps, se laisse guider par son chien et son instinct. Soutenue par son entourage, elle s’en inspire pour se remotiver à chaque obstacle, sans attendre, car "l’échec est la mère du succès".

Marine Fleury