Avec sa voix posée, Laura Burgun fait preuve d’une détermination presque intimidante, mais inspirante. À 28 ans, elle dirige l’export de l’entreprise familiale Pierre Lannier, maison d’horlogerie joaillerie créée par sa grand-mère en 1977 et basée à Ernolsheim -lès-Saverne. Une responsabilité de taille assumée avec méthode et maturité, guidée par son père, toujours à ses côtés.

Fille d’un dirigeant alsacien et d’une mère allemande, Laura Burgun grandit dans un foyer polyglotte, qui lui transmet la passion des langues étrangères. Après une classe préparatoire, elle foule les bancs de la Neoma Business School et opte pour un parcours en anglais. "J’ai toujours voulu travailler à l’international", confie-t-elle. Après une année de césure qu’elle met à profit pour se former et faire un échange universitaire à Boston, elle découvre le marketing et la gestion de marque, qu’elle explore au sein de maisons parisiennes prestigieuses, telles que Louis Vuitton et Chanel, avant de se perfectionner au sein d’une horlogerie bruxelloise.

Retour en Alsace

Refusant de brûler les étapes, elle tient à faire ses armes hors du business familial. "Je voulais me sentir légitime." Pandémie oblige, le marché du travail, qui plus est dans les secteurs du luxe et de la joaillerie, est complètement bouché. C’est alors que son père lui propose, sur le coin de la table familiale, de reprendre le poste de responsable zone export pour développer, entre autres, le marché allemand. Elle saisit l’opportunité, remettant ses projets de voyage. "Il m’a tendu la main, littéralement, alors que ma mère était en train de préparer le repas à côté. Ça a été mon entretien d’embauche." Ce qui devait être une expérience temporaire devient un tournant. Laura Burgun, portée par la confiance de son père, prend goût au travail de terrain, aux relations clients et à la négociation internationale. Cette jeune femme s’intègre, prend les choses en main, et balaye les quelques a priori que certains collaborateurs ont pu avoir à son sujet.

Passionnée de course dans le sport comme dans la vie, elle ne s’arrête pas là. À peine un an après son arrivée au sein du groupe familial, elle succède au directeur export. Un passage de relais assumé et accompagné par son père, malgré le syndrome de l’imposteur qu’elle s’efforce, encore aujourd’hui, de dissimuler. "Certains regards changent quand vous passez directrice à 25 ans." Elle rejoint alors le FBN (Family Business Network) qui fait office de bouffée d’oxygène. "J’y ai rencontré des personnes qui vivent les mêmes défis, ce qui m’a beaucoup rassurée." Loin de vouloir tout bousculer, elle s’impose au travail avec une douceur qui la caractérise : des points d’équipe hebdomadaires, plus de collaboration, une parole plus fluide. Une vision managériale inspirée de ses expériences passées mais surtout générationnelle, dessinant le virage de l’entreprise sous son influence.   

Une lignée de femmes audacieuses

Une influence féminine qui détonne dans un secteur d’activité que l’on pourrait croire féminin. Les postes à responsabilité sont encore largement masculins et Laura Burgun fait figure d’exception, non sans une certaine fierté : "Dans l’horlogerie française, à l’export, nous sommes trois femmes", précise-t-elle en souriant. Bien heureusement, les femmes de sa famille représentent des modèles qui l’inspirent et la motivent au quotidien. D’abord, sa grand-mère, fondatrice de l’entreprise avec son mari, "un petit bout de femme déterminée, capable de déplacer des montagnes", et sa mère, qui a tout quitté en Allemagne pour s’installer en Alsace, apprendre le français et trouver sa place.

Aujourd’hui, les défis sont encore nombreux mais Laura Burgun est déterminée à faire grandir la marque premium du groupe et à consolider les bases à l’international. Une façon pour elle d’allier business et plaisir, profitant de ses déplacements pour découvrir de nouvelles destinations, toujours à un rythme régulier, le marathon plutôt que le sprint, car chaque course se gagne sur la durée.

Marine Fleury