Ayant grandi dans le milieu du soin à la personne, c’est tout naturellement que Clémentine Piazza s’est tournée vers un métier mêlant humain et sens. Elle transforme cette culture en moteur entrepreneurial et créé ainsi inmemori en 2016.

À première vue, Clémentine Piazza était destinée à suivre le chemin tout tracé de l’excellence à la française. Diplômée de HEC, elle débute en 2011chez Unibail-Rodamco-Westfield, où elle pilote la gestion d’un portefeuille de 10 milliards d’euros à l’échelle internationale. « J’avais eu beaucoup d’idées d’entrepreneuriat, mais celle-ci s’est imposée avec une évidence particulière », confie-t-elle. Partagée entre une belle carrière qui se profile et la volonté d’impacter durablement la société, elle quitte le mastodonte en gestion d’actifs pour fonder en 2016 une maison de pompes funèbres à Bordeaux, sa ville natale. Sa mission : prendre soin de l’hommage aux défunts, avec une touche de créativité et beaucoup d’empathie. Elle en est persuadée : « Il faut prendre soin des familles en honorant leur histoire. »

Suivre son intuition

Elle démarre seule l’aventure d’inmemori, avec l’envie d’insuffler une vision forte. « Monter mon business m’a permis de faire les choses comme je pensais qu’elles devaient être faites, et de façon juste. » Très vite, la solitude de la première année fait place au collectif. inmemori se développe dans les grandes métropoles françaises, malgré un parcours semé de doutes. « Dans l’entrepreneuriat, il y a toujours cette insatisfaction permanente : comment faire quelque chose qui a une vraie valeur ? Et comment rendre ce service visible pour qu’il soit choisi ? C’est un échec de ne pas pouvoir prendre soin des familles d’autres villes, de ne pas être implanté dans certaines régions. » Clémentine Piazza se pose ces questions, qu’elle ressent parfois comme des échecs. Passionnée par le développement personnel, c’est tout naturellement qu’elle cite Essentialism, de Greg McKeown lorsque nous l’interrogeons sur son livre de chevet, dont l’idée principale repose sur le fait de se concentrer sur l’essentiel pour faire moins, mais mieux.  

Créativité et écoute

Si les pompes funèbres ont en général une image très feutrée, inmemori va plus loin que l’hommage traditionnel. L’entreprise dépoussière un métier trop souvent perçu comme une mécanique commerciale ou entouré de tabous, pour le replacer dans l’accompagnement humain. « Rien n’est industrialisé. Chaque cérémonie est singulière, liée à l’histoire de la personne disparue. » C’est avec le sourire aux lèvres que la fondatrice nous raconte comment elle a rendu hommage à un cinéphile, en organisant le rite funéraire dans une salle de cinéma, une affiche de film en guise de faire-part.  

« Est-ce que vouloir aller trop vite est une bonne chose ? »

Clémentine Piazza ne s’arrête pas là et souhaite déployer ce format au sein des vingt plus grandes villes de France, avant d’envisager l’expansion internationale. Mais l’internationalisation prend du temps, plus qu’elle ne l’aurait imaginé. « C’est parfois difficile de l’accepter.» Lucide, Clémentine Piazza reconnaît que la vitesse est son principal point de friction, mais refuse la précipitation au détriment du sens. Elle s’interroge souvent sur les croyances limitantes, les injonctions à la réussite rapide, et cherche à se recentrer. Ce regard introspectif, elle l’applique à sa vie tant professionnelle que personnelle. Lorsqu’elle n’est pas aux côtés des familles endeuillées, elle reste en mouvement en pratiquant la natation et la boxe. Clémentine Piazza avance ainsi, portée par une conviction simple, mais qui la guide depuis plusieurs années maintenant : « Mieux parler de ses obsèques, c’est mieux se soutenir. »

Marine Fleury