Entrepreneuse, conférencière, autrice, directrice artistique : Morgane Soulier accumule les titres, à la manière de musiciens autodidactes. Portée par le goût pour les rencontres comme par celui des technologies naissantes, la dirigeante revendique un parcours atypique et augmenté par l’IA. Portrait.

"Après la pluie vient le beau temps et après le beau temps revient la pluie", rappelle Morgane Soulier. Une image qui incarne un parcours éclectique, parfois à contretemps et néanmoins fructueux. Preuve en est sa place au sein de la liste Les 40 Femmes 2025 de Forbes. "Même quand on va bien, il faut rester humble et respectueux des autres. À un moment ou à un autre, chacun devra aller chercher de l’aide."

Chemins de vie

Les hasards de l’existence, Morgane Soulier ne les comprend que trop. Avec pudeur, elle évoque les "longues années où elle a été hospitalisée." Elle se remémore comment, alitée, elle regardait l’élection de Barack Obama en 2008. À 20 ans, un sentiment de flottement l’étreint alors qu’elle fait défiler les updates de ses pairs sur les réseaux. Certains jalons de vie s’avèrent alors hors de sa portée. "Je n’ai pas coché les cases d’une vie classique." Elle refuse néanmoins de se refermer sur elle-même. Sa capacité à relativiser constitue une force motrice. "Soit je me laisse couler, soit j’avance."

Depuis sa chambre d’hôpital, elle pense de manière systémique. Comment améliorer le parcours de soin des patients ? Une certitude anime celle qui ne s’y connaît pas en santé digitale : "Une rencontre peut tout changer." Ni une ni deux, Morgane Soulier contacte des "personnes emblématiques" qui sauraient l’aiguiller pour déployer une application. La demande est sobre : prendre un café ensemble, ou peut-être la mettre en relation avec une personne susceptible de soutenir son projet. "Le réseau, on se le crée soi-même." Cafés et autres échanges s’ensuivent. La renommée de certains interlocuteurs pourrait surprendre : Xavier Niel, Stéphane Richard, Emmanuel Macron. Pari tenu : son application voit le jour, notamment avec l’aide d’hôpitaux et de laboratoires, comme Pfizer et Sanofi, mais surtout grâce à l’engagement des patients.

Selon ses mots, "l’application est aujourd’hui endormie." Si certains patients continuent de l’utiliser, la dirigeante n’en alimente plus le code. "On pourrait le penser comme un échec, confie-t-elle. D’un autre côté, j’ai tant appris." Entreprendre sans se poser de question la pousse vers toujours plus de projets – dans lesquels tout l’art est justement de savoir poser les bonnes questions.

Chef d’orchestre d’IA

Versée dans les nouvelles technologies, la dirigeante considère l’intelligence artificielle comme un "partenaire créatif." En résulte un échange constant, où ChatGPT lui apparaît comme une "amplification de ses capacités intellectuelles." Combiner plusieurs IA spécialisées lui permet d’affiner sa vision, prompt après prompt. Ces LLM, Morgane Soulier les invite dans son monde à la manière d’un chef d’orchestre qui "instaure un dialogue entre les IA". Pour créer une image, elle présente un brief à un modèle généraliste, pour que celui-ci formule un prompt pertinent sur Midjourney, qui générera en retour une image à retoucher sur Canva. Elles "apportent une nouvelle forme artistique" qui la laisse libre d’"exprimer quelque chose qu’elle ne pourrait pas autrement", elle qui "ne saurait pas tenir un pinceau".

Réalité onirique

Œuvres reprises par des galeries à New York, courts-métrages sollicités par de grandes enseignes françaises pour "contribuer à leurs univers féériques" : un florilège de projets émaille ses journées. Au fil de ses récits, son ton reste simple, sobre et affable. C’est à se demander si la formulation de prompts à longueur de journée ne contribuerait pas à l’épure du dialogue. Pas d’ego mal placé chez Morgane Soulier. Elle dévoile librement qu’elle peut "mettre des heures à réaliser un projet" – un processus de création qui la ravit. Rien d’autre ne pourrait remplir ses journées, hormis profiter de ses petits neveux et nièces. Chez elle, la multiplication des initiatives contribue à susciter l’élan. "Les projets se nourrissent dans leur ensemble. Tout est cohérent et connecté. Mon travail d’artiste nourrit mon propos en conférence." Et ainsi de suite. Cette passionnée de cuisine élabore en ce moment un module de formation destiné aux chefs professionnels, afin d’optimiser la logistique et stimuler l’imagination culinaire. De quoi piquer les papilles et la créativité. 

Alexandra Bui