N’ayant jamais trop su vers quoi s’orienter, Christophe de Becdelievre a tout misé sur son énergie et ses idées. De réussites en échecs, il apprend à faire sans se précipiter. Portrait.
Christophe de Becdelievre, le serial-entrepreneur
"Le schéma salarial m’angoissait." Très tôt, Christophe de Becdelievre ressent un fort besoin de liberté et une certitude s’est très vite imposée à lui : ce n’est pas dans les allées des grandes entreprises qu’il trouvera sa voie. Le monde du salariat, avec ses processus et ses logiques individuelles, lui semble trop étroit.
Des débuts sur les chapeaux de roues
Quelques années après avoir travaillé pour le compte d’autrui, il décide de prendre en main sa carrière professionnelle en cofondant Aralys, cabinet de conseil spécialisé dans le domaine du décisionnel et de la business intelligence, à l’âge de 29 ans, en collaboration avec Philippe Olivier, rencontré chez Business Objects. Le duo, à peine installé, connaît un succès fulgurant : 120 consultants, des clients prestigieux et une vente rapide. Trop rapide, peut-être. "Nous avions été approchés par un banquier d’affaires, nous nous sommes laissés tenter, sans préparer la suite", confie-t-il.
Après une brève pause, ce serial-entrepreneur lance non pas un mais deux nouveaux business, un plan qu’il qualifie avec le recul de fausse bonne idée. Deux entreprises lancées en parallèle et logées dans le même immeuble, un pied dans le big data, l’autre dans le recrutement en ligne. "Je montais d’un étage, on me reprochait d’être trop peu présent. Je redescendais à l’autre, c’était le même son de cloche." À coup de frustration et d’intuitions, Christophe vend, tire les leçons et tente un virage ambitieux : révolutionner la recherche immobilière avec une plateforme orientée "vie quotidienne". Une idée qui fonctionnait sur le papier, mais fut un premier échec après trois entreprises à succès. Du jour au lendemain, il se voit obligé de remercier ses équipes et prend enfin le temps de la réflexion.
L’illumination
Dix jours durant, Christophe de Becdelievre sillonne les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, non seulement pour se vider la tête, mais également pour faire le point. C’est de là qu’est venue sa dernière réussite en date : la plateforme de consultants free-lance LeHibou. De l’idée à la concrétisation, la plateforme devient en quelques années un acteur de la tech, employant plus de 120 000 consultants référencés et qui trouve sa place dans la French Tech 120.
À 50 ans, Christophe de Becdelievre n’a rien perdu de son énergie, à la différence qu’aujourd’hui il prend plus de temps pour lire, jouer au tennis et aller à la rencontre des autres. Lui qui a longtemps avancé à l’intuition n’hésite pas à s’entourer pour créer son propre modèle salarial. "J’ai moi-même soif de liberté, je l’applique donc à tous mes collaborateurs, car ils ont aussi besoin de s’épanouir. Le collectif joue énormément sur l’entraide professionnelle", révèle-t-il. "C’est le moteur de tout objectif commun."
Loin de la frénésie de ses débuts d’entrepreneur, il savoure la stabilité. "J’ai appris de mes erreurs et je me suis rendu compte qu’une entreprise se réinvente d’elle-même, en grandissant avec nous." Il est fier de compter à son actif plusieurs belles réussites entrepreneuriales, dont LeHibou constitue la synthèse de chaque enseignement tiré sur son chemin. La boucle est bouclée.
Marine Fleury