Au cœur du monde de la finance, qualifié d’élitiste et d’ambitieux, cette passionnée de musique exerce un métier, celui de directrice d’un family office, dans lequel elle peut non seulement accompagner les gens, mais aussi se nourrir de parcours de vie inattendus.

Fille d'enseignants, Véronique Aubin a toujours mis en avant la pédagogie et le contact humain. Son intérêt pour l’économie et la gestion de patrimoine s’est révélé au fil du temps, comme une seconde vocation. Après s’être formée en droit des affaires internationales, elle débute dans un cabinet d’avocats, décrit par ses pairs comme la " voie royale pour qui fait du droit ". Mais la robe ne la séduit pas. Elle regrette que les clients pour lesquels elle se bat ne soient qu’un long enchaînement de cas qui, une fois leurs affaires gagnées, se perdent dans la masse des dossiers traités. Elle décide de quitter le barreau. C’est alors que commence une succession d’opportunités, de rencontres et de changements professionnels, qui deviendront par la suite une réelle source d’inspiration.

Entre la France et les États-Unis

Elle intègre en 2001 comme juriste la filiale de gestion de la Caisse des dépôts et consignations, CDC Ixis (devenue par la suite Natixis), qui la familiarise avec l’asset management. Puis, elle se fait recruter dans une entité aux allures de start-up américaine, Natixis Global Associates International, dans laquelle elle a pour mission de distribuer les expertises de gestion du groupe. Seule Française de l’équipe, naviguant entre Boston et Paris, elle découvre le monde de la finance, du produit et du marketing. Quelques années plus tard, elle rejoint une petite société à capital familial, HDF Finance, spécialisée dans les fonds de multigestion alternative. C’est là qu’elle découvre les problématiques familiales. Véronique Aubin se passionne. La période d’euphorie sur les marchés financiers profite à son dynamisme. Mais l’agitation est de courte durée. " Il y a eu 2008. La crise. Les cours ont fondu. " L’entité ne tient pas et se fait racheter.

Battre sa propre mesure

Le groupe qui rachète HDF Finance est aux antipodes de ce que recherche Véronique Aubin : un géant de l’asset management qui lui rappelle ses débuts loin des clients. En 2012, une opportunité se présente à elle, prendre la tête de Xelis, un family office qui ne compte que sept clients et une seule collaboratrice. Véronique Aubin accepte le défi, acquiert la majorité des parts et prend la direction de la société. L’avenir révélera que ce fut un franc succès. En treize ans à la tête du groupe, dix personnes rejoignent l’équipe et le nombre de clients est multiplié par neuf. Après des années à slalomer entre la finance et le droit, entre petites et grandes sociétés, elle nous confie qu’elle a enfin trouvé " une vraie raison de se lever le matin " et affirme que " c’est exactement le métier qu’il [lui] fallait. Aux côtés des clients au quotidien, à tout faire pour eux, avec eux. "

Les petites choses de la vie

Dans le travail, semble-t-il, comme dans la vie, ce ne sont pas forcément les plus grands événements qui l’auront le plus marquée, mais les petits détails, les petites joies. " Quand j’ai repris Xelis, je savais que ça allait me plaire, ce côté suivi très quotidien, mais je ne m’attendais pas à l’effet concret que ça aurait sur les gens. Une fois, une cliente qui avait reçu une richesse par accident est arrivée chez nous, elle était en dépression, parce que l’argent avait rendu son univers instable. Après un an à travailler ensemble, elle m’a dit : Véronique, j’ai arrêté les médicaments et c’est grâce à vous. " Il lui semble que, parfois, le métier va au-delà des questions financières. C’est un moyen de se sentir utile, " et ça, c’est extraordinaire ", conclut-elle.

En chœur

On pourrait comparer sa vie à une partition, jouée au tempo « presto », dans laquelle se mêlent arrangements et modulations. Issue d’une famille de musiciens, Véronique Aubin s’est elle-même prise de passion pour le chant. En dehors du travail, elle suit des cours et s’occupe de l’association musicale de son frère, trompettiste professionnel. C’est le classique qui lui plaît le plus, idéalement composé par Vivaldi. Mais, tout en chantant dans un chœur, Véronique Aubin est convaincue qu’il faut parfois faire un pas de côté pour laisser la soliste s’exprimer. Ses influences nombreuses vont des personnalités féminines puissantes et respectées, comme Christine Lagarde ou Simone Veil, aux rencontres de parcours, singulières, qui l’ont encouragée à montrer de quoi elle était capable. Parce que oui, Véronique Aubin est sûre d’une chose, " la chance se provoque ". Les opportunités qui ont parsemé son chemin, elle les a surtout saisies, gardant en tête ce mantra : " Chacun est l’artisan de son propre bonheur ".

 

Clara Lelièvre