Aujourd’hui président du Groupe Orion, Emmanuel Angelier est un pionnier de la gestion de patrimoine. En se prêtant au jeu des portraits pour Décideurs Patrimoine, c’est un homme au caractère bienveillant et rêveur qui se dévoile.

« Avant d’être un grand chêne comme moi, j’ai été un petit gland comme vous. » Dans la bouche d’un ancien patron d’Indosuez au détour d’un couloir, la formule a longtemps résonné chez Emmanuel Angelier. Trente ans plus tard, l’homme se retourne avec le sourire : il est allé au bout des chemins qu’il s’était tracés et il continue d’en ouvrir de nouveaux. Un clin d’œil à cet ancien patron de banque privée qui a aiguillé Emmanuel Angelier tout au long de sa carrière.

Du salariat à l’indépendance

Diplômé d’une école de commerce, spécialité marketing et finance, il enchaîne avec un troisième cycle en marketing stratégique « qui ne m’a servi à rien », précise-t-il non sans humour. Il tombe amoureux de la gestion de patrimoine dont il se passionne dès ses débuts en 1993 dans ce métier exigeant. « Tout m’a plu. L’humain, le conseil, le produit. » Il fallait malgré tout apprendre à encaisser la dureté des cycles économiques, devenus de plus en plus rapprochés. Quinze ans durant, il mène avec succès sa carrière salarié à l’Union Financière de France (UFF) prenant plaisir à chaque étape. C’est à peine sorti de la crise financière de 2008 qu’il fonde avec deux associés son cabinet en gestion de patrimoine. « Exigence, humain et innovation » sera la baseline d’Orion qui deviendra une référence dans son domaine.

Trois minutes d’avance sur le marché

Selon cet homme d’affaires, le métier reste merveilleux mais impitoyable. « Les premières années demandent une vraie résilience. Il faut être obsédé par le sens client, en se demandant à chaque fois : “Le ferais-je pour moi ?”»  Quand le Covid pointe son nez, ce patron déterminé ne recule devant aucun défi. Il choisit d’aller à contre-courant des marchés et lance un fonds de private equity 100 % breton à destination de sa clientèle privée. « Avoir trois minutes d’avance sur le marché fait toute la différence. » Combinant le local, la qualité et le sens, la création audacieuse de ce fonds se révèle être sa plus grande fierté. Après trente-deux années d’exercice, Emmanuel Angelier n’en est pas à son premier tour de piste lorsqu’il s’agit de commettre des erreurs. « J’en fais tout le temps », avoue-t-il, rappelant que la clé de la réussite est dans l’exécution. Ce regard lucide ne l’empêche pas d’être ambitieux et déterminé.

Cap sur l’océan

Breton d’origine et dans le cœur, Emmanuel Angelier se plaît à s’imaginer entrepreneur d’un autre genre, non plus dans la gestion de patrimoine mais dans… la gastronomie locale, en particulier les crêpes. « Je pourrais tenir une cabane à crêpes ! », plaisante à moitié celui qui rêve également de prendre le large pour faire le tour du monde en voilier à travers les océans afin de se retrouver seul face à l’horizon. Un projet qu’il réserve pour sa vie après Orion. Plus qu’un loisir, c’est une quête de liberté. Son livre de chevet, La longue route du navigateur Bernard Moitessier, dit tout de cette fascination.

Autre passion, l’art moderne. « J’aime tout ce qui se fait depuis 1907 ». Collectionneur « compulsif qui se soigne », cet homme de 55 ans multiplie les hobbies. Il compose des bouquets, marquant une préférence pour les lys et la classique et intemporelle rose rouge. « L’art floral me permet de créer autrement. »

Avec le recul, Emmanuel Angelier sourit à l’idée de se confronter au regard de l’adolescent qu’il était, littéraire et rêveur. « Il dirait “Ah quand même…” Je crois qu’il serait agréablement surpris par les challenges relevés, et fier de la profondeur des relations humaines qu’il a su nouer. » Son prochain défi ? Apprendre la guitare électrique pour pouvoir jouer les accords déjantés d’AC/DC.

Marine Fleury