Face au vieillissement de la population et à la montée des situations de vulnérabilité, la gestion patrimoniale des majeurs protégés reste un angle mort du secteur. Avec Protélia Patrimoine, Adrien Dumont a fait le choix d’une spécialisation exigeante, à la croisée du droit, de la finance et de l’accompagnement humain.
Adrien Dumont (Protélia Patrimoine) : " L’ambition de Protélia Patrimoine est de s’imposer comme un cabinet de référence sur les enjeux liés à la vulnérabilité "
Décideurs. Pourquoi se concentrer sur les personnes vulnérables ? À quels besoins cela répond ?
Adrien Dumont. Protélia Patrimoine s’adresse quasi exclusivement à des majeurs protégés, c’est-à-dire des personnes vulnérables représentées, pour la plupart de nos clients, par un professionnel (Mandataire Judiciaire à la Protection des Majeurs).
Notre souhait de spécialisation est né d’un constat malheureux : ces personnes dont les besoins patrimoniaux sont réels et immédiats sont souvent les moins bien accompagnés. Certains des interlocuteurs habituels ne maitrisent pas tous les enjeux et contraintes de la vulnérabilité ce qui peut conduire à de l’immobilisme ou pire encore à des solutions incohérentes ou particulièrement onéreuses. Face à ce bilan, nous avons souhaité construire une offre claire, lisible et totalement transparente en priorisant l’humain avant les chiffres.
Quels sont vos interlocuteurs et quel niveau de pédagogie adoptez-vous avec chacune des parties prenantes ?
Notre approche est avant tout structurée sous un angle juridique. Nous travaillons principalement avec le tuteur ou le curateur représentant la personne protégée – nous sommes rarement en contact direct avec le majeur vulnérable –, parfois avec la famille, et surtout, de manière indirecte, avec le Juge des Tutelles qui est amené à statuer sur nos propositions.
Sur le volet de l’éducation financière, nous faisons le plus souvent face à des interlocuteurs qui ont peu de connaissances en gestion de patrimoine nous obligeant ainsi à redoubler d’efforts. La gestion patrimoniale est un domaine complexe et évolutif que nos interlocuteurs ont du mal à appréhender par faute de temps, mais sans doute aussi par manque de pédagogie. À ce titre, nous avons par exemple été auditionnés à plusieurs reprises par des Juges des Tutelles pour les aider à se prononcer sur certaines opérations patrimoniales.
Travaillez-vous en interprofessionnalité ?
L’un des enjeux majeurs de l’ouverture de Protélia Patrimoine est de pouvoir s’adresser à l’ensemble des professionnels concernés – experts-comptables, avocats, magistrats, etc. – et de leur apporter des réponses adaptées aux situations spécifiques liées à la vulnérabilité.
Les avocats traitant des dossiers de victimes d’accidents graves en sont un bon exemple. Ils défendent les intérêts de la victime afin d’obtenir des indemnisations auprès des assurances. Or, lorsque ces sommes arrivent sur les comptes bancaires, les conséquences patrimoniales de ces indemnités sont souvent mal anticipées. Les établissements bancaires orientent parfois les fonds vers des supports inadaptés. Protélia Patrimoine intervient dès lors comme un conseil auprès des avocats et des familles.
Quels services proposez-vous aux majeurs protégés ?
Protélia Patrimoine articule son offre autour de trois grands services. Le premier concerne le conseil patrimonial, notamment sur les aspects financiers. Le deuxième porte sur le conseil fiscal. Enfin, le troisième regroupe les volets juridiques et administratifs.
À ce titre, nous accompagnons les tuteurs et curateurs dans la rédaction de requêtes à destination du tribunal. La qualité de ces documents est déterminante, par exemple pour l’ouverture d’un contrat d’assurance-vie. Nous assistons également les professionnels dans l’élaboration des comptes rendus de gestion. Chaque année, le tuteur ou la famille doit en effet transmettre au juge un document détaillant les entrées et sorties d’argent, les événements marquants et les soldes arrêtés au 31 décembre.
Quelle offre patrimoniale proposez-vous ?
Au-delà de ce socle de conseil, Protélia Patrimoine intervient dans la mise en œuvre concrète des solutions de placement. En tant que courtier en assurance, le cabinet privilégie des dispositifs simples et prudents, principalement des contrats d’assurance-vie ou de capitalisation, investis très majoritairement en fonds euros.
Ce positionnement répond à une double contrainte. D’une part, le Code civil impose une gestion prudente, diligente et avisée des biens des personnes protégées. D’autre part, les décisions doivent pouvoir être comprises et validées par des tuteurs, des familles et des magistrats peu familiers des mécanismes patrimoniaux complexes.
Dans ce contexte, Protélia Patrimoine se distingue des établissements bancaires traditionnels par un accompagnement très opérationnel. Chaque recommandation donne lieu à une proposition de placement structurée, synthétique et pensée pour la lecture du Juge des Tutelles. Le cabinet va jusqu’à préparer un projet de requête afin de sécuriser et de simplifier la démarche du tuteur ou du curateur. Une fois l’ordonnance obtenue, l’accompagnement se poursuit lors de l’exécution de la décision et du suivi annuel, notamment dans les échanges avec le Juge.
Pouvez-vous préciser un exemple d’accompagnement ?
Nous intervenons fréquemment auprès de personnes présentant un « déficit budgétaire ». Lorsqu’une personne vend son logement pour entrer en EHPAD, ses revenus ne suffisent pas toujours à couvrir le coût de l’établissement. Chaque mois, un écart apparaît entre la pension perçue et les dépenses engagées. Cet écart est alors comblé grâce à l’épargne.
Lorsqu’il est anticipé, ce sujet transforme l’épargne en un véritable levier permettant de mieux vivre le quotidien et de financer les dépenses courantes. Dans ce type de situation, l’enjeu n’est pas de rechercher la performance à tout prix, mais d’assurer la pérennité des ressources dans le temps. L’orientation de l’épargne devient ainsi un outil central pour accompagner la personne protégée, en anticipant ses besoins futurs et en évitant des décisions patrimoniales irréversibles ou inadaptées.
Quels sont vos projets pour 2026 ?
À court terme, notre volonté est d’élargir notre accompagnement aux personnes vulnérables représentées ou assistées par leur famille. À plus long terme, l’ambition de Protélia Patrimoine est de s’imposer comme un cabinet de référence sur les enjeux liés à la vulnérabilité. Cela passe par une reconnaissance accrue auprès des mandataires judiciaires, mais aussi par un travail de sensibilisation et de formation des professionnels du chiffre et du droit.
Face au vieillissement de la population et à l’augmentation prévisible des situations de vulnérabilité, nous estimons que l’ensemble de la profession sera, tôt ou tard, amenée à se saisir pleinement de ces enjeux patrimoniaux encore largement sous-estimés.
Propos recueillis par Clara Lelièvre