Lire le parcours d’Edouard de Saint Pierre, c’est se balader entre le Pérou et Paris, le caritatif et la finance, l’humilité et la technicité, sans jamais s’ennuyer ou se perdre en route. Portrait.
Edouard de Saint Pierre, bâtisseur dans l’âme
Bercé dans le monde feutré de la banque privée, Edouard de Saint Pierre ne voulait « pas vraiment travailler dans ce secteur ». Animé par l’ambition d’évoluer dans le milieu de la diplomatie, il rejoint l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. Pourtant, c’est ailleurs que s’écrira son destin. Aujourd’hui à la tête du bureau parisien de Lombard Odier, Edouard de Saint Pierre reconnaît que « la moitié du job de banquier privé relève aussi de la diplomatie ». La boucle est bouclée.
Du Texas à Londres
Né à Houston de parents expatriés, ce Texan aux racines bretonnes et suisses porte en lui le goût de l’aventure. Service militaire effectué, il s’envole au Pérou pour travailler dans un orphelinat. Une expérience qui l’a marqué à jamais en le ramenant à l’essentiel. Cette aventure lui aura aussi ouvert une porte inattendue : celle d’UBS. Alors que la maison était à la recherche d’un hispanophone, le jeune homme se laisse séduire par le programme de formation interne à la gestion de patrimoine. S’ensuit alors une décennie d’aventures, de la création du bureau mexicain de la banque suisse à sa nomination en tant que business manager à Londres. Edouard de Saint Pierre navigue alors sa première crise financière à partir de 2008 ; période agitée sur les marchés et montée en puissance des régulateurs. De cette expérience, il retient qu’évoluer dans le monde financier, c’est le devoir de constamment s’adapter et se réinventer.
En 2012, ce Londonien d’adoption est recruté par JP Morgan, prêt à relever un défi de taille : ouvrir une banque onhsore de A à Z en Arabie Saoudite. Budget conséquent, licence à décrocher, équipes à bâtir. Celui qui souhaitait échapper au milieu bancaire se retrouve pris de passion pour le métier. Le projet dure deux ans, après quoi Edouard de Saint Pierre rentre en Suisse comme COO du marché latino-américain, bousculé par un contexte géopolitique mouvementé.
Tournant décisif
Ses six années entre Londres et Genève l’ont amené chez Lombard Odier en 2018, avec pour mission de repenser l’organisation du front office sans toucher à l’outil informatique. « Une année pour redonner du temps commercial aux banquiers », explique-t-il. Il en tire une certaine fierté, celle d’avoir contribué à créer un programme d’Associates qui intègre une vingtaine de jeunes par an, qu’il qualifie « d’obsession de garantir la continuité de la maison grâce à la nouvelle génération ». Il prend ensuite les rênes du portefeuille de projets et du numérique, avant de se voir confier, en 2021, la direction du bureau de Paris.
Une vie en coulisses
Père de trois garçons, amateur d’art contemporain et d’opéra, il avoue que, dans une autre vie, il jouerait du théâtre. Sa pièce préférée ? Edmond, qui retrace la genèse de Cyrano de Bergerac.
Cet homme d’affaires sait garder la tête sur les épaules et n’oublie pas les personnes l’ayant inspirée au long de sa carrière. Il cite sa mère, banquière pendant 40 ans dans un monde alors largement dominé par les hommes. « Je lui reconnais un certain courage et c’est d’ailleurs un combat pour la diversité que j’entends continuer à mener ». Sans oublier les responsables (tous très différents) qui l’ont accompagné sur le chemin, et qu’il remercie de lui avoir beaucoup appris sur le métier et sur lui-même.
Marine Fleury