Céder son entreprise est une étape charnière dans la vie d’un dirigeant. Derrière l’opération financière, se cachent des enjeux humains, familiaux, fiscaux et patrimoniaux. Bastien Baron, fondateur de Justae Gestion Privée, explique comment il accompagne les entrepreneurs dans cette transition en misant sur la technicité et l’interprofessionnalité.

 

Décideurs. Pouvez-vous nous présenter Justae Gestion Privée ?

Bastien Baron. Justae est un cabinet de conseil en gestion de fortune basé à Paris, qui revendique son indépendance et un alignement total d’intérêts avec ses clients. Pour cela, nous avons fait le choix de ne disposer d’aucune solution maison. Nous faisons partie des rares structures jeunes et agiles réellement capables d’accompagner des familles sur le long terme, y compris sur plusieurs générations. Nous travaillons principalement avec des chefs d’entreprise et leur famille, qu’ils aient déjà cédé leur outil professionnel, que ce soit en réflexion ou dans le cadre d’une transmission intra- familiale.

Qu’attendent les familles d’un MFO lorsqu’un dirigeant s’apprête à se retirer ?

Le rôle d’un MFO est d’anticiper et de gérer les principaux risques auxquels une famille peut être confrontée, qu’ils soient juridiques, fiscaux, financiers ou familiaux. Il mobilise pour cela ses compétences internes, tout en collaborant étroitement avec les partenaires historiques de la famille. Habitué de ces enjeux, le MFO peut aussi faire appel à des experts de son réseau si nécessaire.

Concrètement, comment cela se traduit-il ?

Un dirigeant attend de nous que nous soyons capables de coconstruire une stratégie adaptée à ses objectifs et de la faire vivre auprès de ses partenaires. Une fois le projet de cession ou transmission défini, la famille doit s’entourer de deux équipes d’experts complémentaires : l’une, à horizon de quelques trimestres, qui traitera les aspects corporate (avocats, M&A, experts- comptables), et l’autre, sur un temps plus long, destinée aux enjeux patrimoniaux (banquiers, avocats spécialisés, notaires). Dès cette étape, le dirigeant a besoin d’un bras droit, et c’est ce rôle que Justae entend jouer.

Quel est l’intérêt d’une telle structuration ?

Cette organisation apporte de la sérénité au dirigeant, lui permet de se concentrer sur l’opérationnel pour maximiser sa sortie, voire rester mobilisé s’il doit percevoir ultérieurement des compléments de prix. Elle facilite aussi les échanges entre toutes les parties prenantes, et permet au cédant de se projeter sereinement dans sa prochaine aventure entrepreneuriale… ou dans sa nouvelle vie !

Dans le cadre d’une cession, existe-t-il des points d’attention pour optimiser la fiscalité ?

Les dispositifs fiscaux ne sont pas si nombreux, mais encore faut-il savoir les maîtriser. En France, une cession bien anticipée et bien organisée peut bénéficier d’une fiscalité compétitive par rapport à celle de nos voisins européens, et c’est assez rare pour être souligné. Par exemple, le régime des titres de participation permet une imposition à seulement 3 % sur la plus-value de cession, et le régime de l’apport-cession (l’article 150 0 B ter du Code général des impôts) peut offrir un report d’imposition.

"La fiscalité est un levier important, mais ne doit jamais être le seul moteur"

S’y ajoutent les stratégies de donation avant cession, ainsi que le pacte Dutreil, un outil patrimonial puissant pour transmettre une entreprise familiale. Peu importe le projet ou la situation du client, les maîtres-mots restent l’anticipation et l’accompagnement personnalisé. Même sans projet immédiat de cession ou de transmission, les dispositifs les plus efficaces et les plus souples demandent du temps pour produire leurs effets. Et surtout, ils permettent bien souvent de répondre à d’autres enjeux, tels que l’optimisation de la rémunération du dirigeant, la gouvernance de l’entreprise ou de la sphère familiale, la protection du conjoint et des enfants… La fiscalité est un levier important, mais ne doit jamais être le seul moteur.

Avez-vous un exemple de suivi à nous partager ?

Nous rencontrons deux grands profils de dirigeants : ceux dont l’entreprise est florissante et qui disposent déjà d’un patrimoine privé confortable, et ceux dont la richesse est quasi exclusivement concentrée dans leur société.
Les premiers ne sont pas nécessairement mieux structurés que les seconds, mais ils nous sollicitent souvent parce qu’ils sont dans une phase de pré-cession. Un audit global et rigoureux permet alors de clarifier leurs motivations, d’identifier leurs besoins, et de construire une stratégie patrimoniale sur mesure. Très vite, cette phase implique d’autres professionnels : expert-comptable, avocat fiscaliste, notaire, banquier… Il est rare qu’un client dispose de tous les bons partenaires ou qu’il en soit pleinement satisfait. Il compte donc sur nous pour lui recommander des acteurs de confiance, en phase avec ses enjeux. Nous constituons alors un groupe de travail pour fluidifier les échanges et instaurer une dynamique entre les conseils. De notre côté, nous assurons un reporting régulier auprès du client, à travers un rétroplanning et des synthèses claires, sans le polluer avec les complexités ou les guerres d’ego… car oui, cela arrive parfois.

Et dans le second cas de figure ?

La seconde catégorie de dirigeants est généralement à la tête d’une entreprise en forte croissance, passée rapidement du statut de start-up à celui de société bien établie, et leur patrimoine personnel n’a souvent pas suivi cette évolution. Le déclic vient alors de l’entourage : un expert-comptable, un avocat, ou l’expérience d’un proche ayant subi une fiscalité lourde après une cession. Dans ce cas, nous mettons en place une structuration juridique et fiscale souple et évolutive, répondant aux besoins actuels tout en anticipant les enjeux futurs. Nous ne travaillons pas pro bono, mais nous parions sur l’avenir de ces dirigeants, c’est-à-dire que nous les accompagnons comme s’ils disposaient déjà du patrimoine que nous avons l’habitude de conseiller. Là encore, nous impliquons d’autres professionnels du droit et du chiffre pour adapter les statuts de leur société, créer une holding, organiser l’apport ou la transmission de titres, etc. En résumé, notre métier repose avant tout sur la confiance, la transparence, et la qualité des relations humaines.