Bertrand Dauba (AXA Wealth Management) : "Accompagner des dirigeants d’entreprise est une démarche globale qui s’inscrit dans le temps"
Décideurs. Pourquoi la question de la transmission des entreprises est-elle aujourd’hui aussi centrale ?
Bertrand Dauba. Si nous regardons les chiffres, plus de 500 000 entreprises vont changer de main d’ici dix à quinze ans, mouvement qui impactera directement la stabilité du tissu industriel, l’emploi et la richesse des territoires. De plus, 40 % des dirigeants de PME déclarent vouloir céder leur société dans les cinq années à venir, mais près de 36 % des chefs d’entreprise âgés de 70 ans ou plus n’ont encore rien préparé. Ces données témoignent donc de la nécessité d’appréhender ce sujet avec pédagogie, afin d’aider le chef d’entreprise dans cette démarche qui peut parfois sembler anxiogène, mais qui reste inévitable. Ainsi, notre rôle est d’accompagner, préparer et aider le dirigeant sortant à envisager cette transition dans les meilleures conditions.
Parler de transmission est un sujet délicat pour les dirigeants…
Beaucoup d’entrepreneurs perçoivent la transmission comme une rupture, une page importante qui se tourne, celle sur laquelle s’est écrite une grande partie de leur vie. C’est souvent sur ce point que l’émotionnel se fait ressentir. Afin de rendre cette transition plus douce, nous les aidons à se projeter dans leur vie d’après en toute sérénité, qu’ils vendent à un tiers ou transmettent à la génération suivante, afin de construire un cheminement personnel et patrimonial cohérent. La transmission n’est pas un événement, mais un processus. Pour qu’elle se passe bien, elle doit être anticipée.
Comment les accompagnez-vous, que ce soit dans le cadre d’une cession à des tiers ou d’une transmission intrafamiliale ?
Dans les deux cas, nous intervenons très en amont. D’abord au moment de la création, ensuite durant la phase de croissance, puis au moment de la cession ou de la transmission. En amont de la transmission, nous abordons les questions de valorisation, de fiscalité et d’ingénierie de cession. Si l’entreprise reste dans le giron familial, nous travaillons davantage sur la structuration patrimoniale et la gouvernance. La confiance et la connaissance approfondie du client prennent tout leur sens dans cette préparation. Selon nous, une transmission réussie repose sur la capacité du professionnel à appréhender les dynamiques familiales pour anticiper les décisions à venir.
Disposez-vous d’équipes spécialisées selon les types de transmission ?
Nos ingénieurs patrimoniaux ont des compétences civiles, juridiques et fiscales leur permettant d’assister et d’orienter le chef d’entreprise sur l’ensemble de ses problématiques. Bien que chaque situation soit unique, les principes restent les mêmes. Nous leur apportons une vision d’ensemble, éclairons les différents chemins possibles et aidons le dirigeant à prendre des décisions réversibles capables d’évoluer avec les nouvelles réglementations fiscales. Dans ces cas, l’ingénierie patrimoniale va au-delà du simple conseil technique.
Quels sont les leviers ou outils que vous utilisez dans cette préparation ?
Nous agissons sur trois grands volets. Le premier concerne le cadre civil : adaptation du régime matrimonial, protection du conjoint, organisation du patrimoine personnel et professionnel. Le deuxième relève du mode de détention : directe ou à travers des structures juridiques comme une société holding ou une société civile, selon les objectifs du dirigeant. Enfin, le troisième, en amont des opérations de cession et tout au long de la vie de l’entreprise. Nous soulignons l’importance de la protection au sens large, notamment par la mise en place de contrats de prévoyance, la couverture des risques cyber, ou encore la couverture de la responsabilité civile des mandataires sociaux, etc. L’objectif est d’apporter une réponse complète, réversible et adaptable dans le temps.
Le cadre réglementaire et fiscal évolue sans cesse. Comment gardez-vous le cap ?
Grâce à l’anticipation et la relation de confiance. Nous veillons à construire des solutions solides mais évolutives, en gardant en tête que la stratégie choisie peut s’ajuster sans tout remettre en question. Nous travaillons toujours en lien avec le premier cercle du chef d’entreprise – avocat, notaire et expert-comptable –, afin d’assurer une cohérence totale. Cette vision partagée permet d’alerter, de prévenir et d’adapter en cas de changement législatif.
La proximité semble être au cœur de votre approche…
L’ancrage territorial fait partie de notre ADN, avec un conseiller AXA à moins de six kilomètres de chaque Français. C’est le fruit d’un maillage national solide, tant au niveau de nos réseaux internes que de nos partenaires indépendants. Cette proximité nous permet de rester au plus près des PME et des ETI, de comprendre leurs réalités locales et d’apporter des réponses adaptées aux défis qu’ils rencontrent.
Après la vente ou la transmission, comment accompagnez-vous le dirigeant ?
Nous connaissons l’entreprise, mais surtout le dirigeant, personne physique, qui dirige cette entreprise. Aussi, après la cession, nous poursuivons naturellement notre accompagnement, en étroite collaboration avec nos partenaires et en intégrant son nouveau statut. C’est donc généralement le même conseiller, avec la même relation et donc la même confiance qui poursuit le suivi. Nous l’aidons à gérer son patrimoine recomposé, à organiser d’éventuelles donations, à structurer sa nouvelle vie financière. Lorsque la transmission est familiale, nous suivons également la nouvelle génération dans une continuité naturelle.
Quelle place tient l’aspect psychologique dans ces dossiers ?
Nous accompagnons avant tout des personnes, en plus d’accompagner leurs entreprises. La dimension psychologique est par conséquent très importante : la proximité et le temps permettent au dirigeant de cheminer, d’imaginer et vivre l’étape de la cession positivement. Il faut aussi beaucoup de pédagogie et d’empathie pour accompagner le chef d’entreprise dans cette phase de transition et de changements, afin de lui permettre de se projeter vers une nouvelle vie souvent plus apaisée, mais tout aussi stimulante.
S’il ne fallait retenir qu’un seul conseil pour les chefs d’entreprise, lequel serait-il ?
L’anticipation et le conseil. Anticiper, c’est éclairer tous les chemins possibles pour prendre une décision sereine et argumentée. Et pour bien anticiper, il faut être bien conseillé. C’est cette combinaison qui fait la différence entre une transmission subie et une transition réussie.
Propos recueillis par Marine Fleury