Thibaut Marty (Patrimum Groupe) : "Nos clients ont une connaissance plutôt générale des risques, mais ne peuvent pas tout anticiper"
Décideurs. À quels moments clés de la vie d’un dirigeant recommandez- vous de revoir sa structuration patrimoniale ?
Thibaut Marty. Au niveau du groupe, nous avons 90 % de dirigeants d’entreprise, donc historiquement nous avons un axe clé : l’interprofessionnalité. Nous avons été cocréé avec un cabinet d’expertise comptable. Les moments d’accompagnement sont donc multiples – de la création au lancement de l’entreprise, pendant le développement, dans les changements capitalistiques, lors de bouleversements dans les situations personnelles, au moment de la transmission de l’entreprise, etc. Tous ces moments font partie des points essentiels à ne pas manquer dans l’accompagnement que nous avons du dirigeant-actionnaire Au sein du groupe, nous avons une méthodologie de travail où nous hiérarchisons et planifions à deux niveaux : celui du conseil et des investissements financiers. Nous prévoyons en avance les moments de rencontre avec les dirigeants, ce qui nous permet de reprendre avec eux des points précis et ne pas être pris au dépourvu. Et puis, il y a l’impondérable – soit tout ce que l’on n’anticipe pas pour le dirigeant – comme les changements dans sa vie personnelle.
« Les moments clés sont multiples. Il faut essayer de ne pas les subir, il faut les planifier et, dès lors, nous allons les anticiper et prendre des décisions adéquates »
In fine, les moments clés sont multiples. Il faut essayer de ne pas les subir, il faut les planifier et, dès lors, nous allons les anticiper et prendre des décisions adéquates grâce à l’échange que nous aurons eu avec l’ensemble des parties prenantes. Nous nous devons d’être force de proposition et de bien poser le schéma organisationnel pour le client et surtout de lui apporter le meilleur suivi possible.
Lors des phases sensibles, comme l’entrée des enfants au capital, un changement de gouvernance, quels risques identifiez-vous et comment les appréhendez-vous ?
En ce qui concerne le risque, nous essayons de travailler au mieux avec la prévention. C’est-à-dire que nous organisons un audit patrimonial, sans a priori, afin d’ouvrir le champ des possibles et faire comprendre au client l’ensemble des manquements sur les différents aspects – civils, fiscaux, sujets d’aménagement, de rémunération, d’étude, de statut social, etc. Une fois l’audit effectué, nous rédigeons des préconisations et nous accompagnons le dirigeant pour la mise en œuvre.
« L’éducation, qu’elle soit au niveau du conseil ou de la méthodologie que l’on apporte aux clients, leur apporte une capacité de compréhension et une réelle sérénité dans l’approche qu’ils ont des risques »
Des risques, il y en a beaucoup – civils, familiaux, organisationnels, juridiques – en entreprise, il y en a bien plus qu’on ne le pense. Ne serait-ce que sur les taux de couverture en mandat effet posthume et en mandat de protection future de nos dirigeants. Seulement un dirigeant sur quatre possède ce système de protection. Cela signifie que nombre d’entre eux ne sont pas couverts là-dessus. Nous ouvrons beaucoup de dossiers dans lesquels nous avons une multitude de placements et aucune stratégie rendement risque, aucun attribut concernant l’ADN du souhait d’investissement du client. Donc, tout cela nous amène à pousser la démarche de conseil sur les allocations, délivrer nos préconisations de manière planifiée, afin d’anticiper les risques.
Vos clients ont-ils le recul nécessaire pour prendre la mesure de l’ensemble de ces risques ?
Dans l’ensemble, ils ont une connaissance plutôt générale des risques, mais ne peuvent pas tout anticiper. Quand nous les voyons pour la première fois, nous traitons les sujets sans sensibilité émotionnelle en ce qui concerne les problématiques personnelles – divorce, départ d’un associé, etc. L’éducation, qu’elle soit au niveau du conseil, de la méthodologie que l’on apporte aux clients, leur apporte une capacité de compréhension et une réelle sérénité dans l’approche qu’ils ont des risques. Nous leur donnons des outils, un audit, une planification financière, des choses écrites, des tableaux de bord de suivi qui leur permettent de baliser l’ensemble des éléments, qu’eux-mêmes n’auraient pas anticipés.
D’un point de vue plus macroéconomique, comment accompagnez-vous vos clients pour sécuriser leur patrimoine face aux aléas économiques, juridiques ?
Nous considérons qu’il y a de l’aléa quand nous avons une absence totale de visibilité. Ces derniers temps, nous avons par exemple du flou sur la loi de finances. Sur ce segment, il est donc difficile d’apporter des réponses précises à des clients qui veulent, par exemple, anticiper afin d’éviter une fiscalité sur l’impôt sur la fortune improductive. Idem sur le cas de l’expatriation. Dans le cas de l’Italie, le pays a modifié ses barèmes fiscaux, son environnement de prélèvement forfaitaire fiscal. Ce forfait a évolué plusieurs fois et a été révisé. L’aléa est partout. Notre but est donc d’agir en amont pour faire les choses de manière posée sans avoir de biais fiscaux dans les prises de décision. Nous évitons par exemple de laisser des clients avec une forte sensibilité aux aléas économiques. Lorsqu’ils sont dans ce type de situation, nous essayons, dès la première rencontre, de leur conseiller une diversification de leurs investissements. Néanmoins, il est certain que nous écoutons nos clients sur l’ensemble des sujets, et nous nous devons d’essayer d’anticiper tous les cas de figure afin d’être mobiles pour nos clients – dans les allocations, dans la capacité d’investissements, etc. Nous misons, dans la mesure du possible sur la diversification, nous trouvons des solutions d’investissement, de crédit Lombard, d’hypothèque, de biens immobiliers, afin de répondre à toutes les éventualités.
Propos recueillis par Clara Lelièvre