À l’heure où la croissance est trop souvent réduite à des indicateurs financiers, Olivier Farouz, président du Groupe Premium, nous propose une vision singulière et défend une autre voie, résolument humaine : une croissance fondée sur la confiance, le partage de la valeur, et la cohérence. Une vision capable de s’inscrire dans le temps, de se transmettre et d’inspirer.


Si le Groupe Premium connaît une croissance organique pluriannuelle, je souhaite avant tout remettre du contexte au cœur de cette réussite. Lorsque je parle de croissance, je ne pense jamais en chiffres froids ni en tableaux de bord. Pour moi, tout commence dans l’humain, dans la confiance que l’on sait semer, dans la parole que l’on tient. C’est cette vision, patiemment construite, qui fonde ma conception de la réussite. En effet, la croissance durable ne surgit jamais par hasard, elle est le fruit d’un engagement collectif. Cette réussite repose sur une conviction simple : la croissance n’est jamais un objectif isolé. Elle est la conséquence directe de l’engagement des femmes et des hommes qui composent l’entreprise et donnent chaque jour le meilleur d’eux-mêmes. Le moteur essentiel de cette dynamique naît du regard porté sur l’autre, celui à qui l’on donne une place, une confiance et une perspective.

La croissance comme œuvre collective

Je repense souvent à cette phrase d’Antoine de Saint-Exupéry : « La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes. » Elle met en évidence que rien de durable ne se construit sans cette capacité à conjuguer nos forces, nos différences et nos talents. La performance n’est jamais individuelle. Elle se bâtit dans le temps, par l’alignement, la confiance et la force du collectif. C’est dans cette logique que s’inscrit le partage de la valeur.

« La performance n’est jamais individuelle. Elle se bâtit dans le temps, par l’alignement, la confiance et la force du collectif »

Offrir l’accès au capital aux collaborateurs n’est pas un geste symbolique, mais un acte fondateur qui transforme un projet en aventure commune. Lorsque chacun devient partie prenante, l’engagement change de nature et la croissance s’enracine durablement. Cette dynamique humaine suppose aussi une exigence de leadership. Grandir, c’est accepter de se transformer, faire évoluer son organisation, développer les compétences, et recruter des talents parfois plus expérimentés, voire meilleurs, que soi. Refuser de s’entourer de personnes qui nous dépassent est une erreur fondamentale. La force d’un leader réside dans sa capacité à bâtir une équipe qui, collectivement, dépasse l’individu qui l’a initiée. C’est cette maturité qui rend l’entreprise attractive. Attirer des talents exceptionnels n’est jamais une affaire de marketing, mais la conséquence naturelle d’une organisation performante et fidèle à ses valeurs. La croissance crée alors un cercle vertueux qui renforce la crédibilité, élargit le champ des possibles et ouvre des portes autrefois inaccessibles.

Vision, leadership et croissance durable

Selon moi, avoir une vision, c’est comprendre son marché, anticiper ses mutations et ses contraintes. Attention, être visionnaire ne signifie pas être plus intelligent que les autres, mais c’est envisager l’avenir avec lucidité et audace. Sans vision claire, la croissance finit inéluctablement par se heurter à des obstacles ou à des imprévus. Cette exigence s’applique également à la croissance externe. Les synergies ne se décrètent pas dans un tableur, mais se construisent dans l’humain, la culture et le sens partagés. Pour que 1 + 1 dépasse réellement 2, il faut une base saine avec une croissance organique solide, une identité claire et des équipes prêtes à se projeter ensemble. Lors des phases d’accélération, une croissance exponentielle exige une alchimie subtile entre méthode, expérience et instinct. Et l’instinct ne s’enseigne pas mais se forge au fil des réussites et des échecs. Sans lui, il est impossible de sentir les bons moments, les bonnes personnes ou les renoncements nécessaires. “Le pouvoir naît lorsque des hommes agissent ensemble”, écrivait Hannah Arendt. Ces mots résonnent comme une boussole dans mon engagement quotidien. Comme je l’ai dit précédemment, donner aujourd’hui accès au capital à plus de 700 collaborateurs s’inscrit pleinement dans cette cohérence. Ceux qui créent la valeur doivent en bénéficier, et cette logique, encore trop rare, explique une part essentielle de notre croissance. Lorsque l’entreprise change d’échelle, la structuration devient un exercice permanent d’adaptation. Faire grandir ses équipes, renforcer leur qualité, se remettre en question. Avoir des convictions fortes, tout en sachant les ajuster, voire parfois les abandonner. Le dialogue, notamment avec les partenaires financiers, permet de confronter les idées, de rester agile et d’éviter les angles morts.
Nous en revenons toujours à l’humain comme valeur fondatrice. Respecter, écouter, être curieux, être fédérateur. Sans empathie sincère, personne ne suit. La croissance collective suppose une cohérence profonde entre ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce que l’on est.
Pour moi, la croissance n’est jamais un trophée solitaire. Elle est une aventure, elle rassemble. Et parce qu’elle est profondément humaine, elle peut durer, se transmettre, inspirer et dépasser ceux qui l’ont initiée.


Sur l'auteur.

Olivier Farouz est président fondateur du Groupe Premium, leader de la gestion de patrimoine, dont les actionnaires sont, entre autres, Eurazeo, Blackstone et Montefiore Investment. Pour lui, la réussite d’un groupe ne peut se faire qu’en partageant des valeurs communes, telles que le vivre ensemble, la méritocratie et l’égalité des chances. Il a d’ailleurs ouvert le capital de sa société à ses collaborateurs et partenaires.