Au cœur d’un climat fiscal et géopolitique anxiogène, les épargnants se tournent vers des solutions financières alliant sécurité et performance. Parmi les véhicules plébiscités, l’assurance-vie luxembourgeoise sort du lot et s’ouvre désormais à des tickets d’entrée de 100 000 euros.
"L’IA ne doit pas réduire les emplois, mais transformer les compétences"
DÉCIDEURS. Vous avez récemment ouvert une offre accessible à partir d’un ticket d’entrée de 100 000 euros. Pourquoi ?
LOÏC LE FOLL. Cette évolution répond avant tout à une demande des acteurs numériques et des plateformes web venus nous solliciter car ils constataient qu’aucune offre luxembourgeoise n’était réellement accessible via leurs canaux, alors même que leurs clients réclamaient justement ce type de solution.
Traditionnellement, notre clientèle se composait surtout de chefs d’entreprise, de retraités ou encore de dirigeants ayant cédé leur société. Cependant, nous voyons aujourd’hui émerger une nouvelle génération d’épargnants, âgés de 30 à 40 ans, habitués aux banques et assurances en ligne. Ils ont entendu parler de l’assurance luxembourgeoise grâce à une forte médiatisation depuis deux ans et s’y intéressent désormais de près.
Quels sont, selon vous, les principaux attraits de cette enveloppe pour ces nouveaux clients ?
L’un des atouts du contrat luxembourgeois réside dans la variété des sous‑jacents éligibles. Toutefois, tout dépend du montant investi et du patrimoine global du client. À partir de 100 000 euros, l’univers d’investissement reste relativement proche de celui d’un contrat français équivalent. Ce qui séduit avant tout ces nouveaux clients, c’est l’évolutivité du contrat. Ils commencent avec des montants modestes, puis font croître leur contrat au fil des années. Quand ils dépassent les seuils de 200 000 € ou 300 000 €, de nouvelles allocations leur deviennent accessibles. C’est un produit qui accompagne le client dans le temps. Autre point fort : la possibilité de libeller le contrat dans plusieurs devises et de désigner plusieurs banques dépositaires, y compris situées dans différents pays. Cette flexibilité permet une diversification à la fois bancaire et géographique, souvent recherchée par une clientèle désormais très sensibilisée à la gestion du risque.
Pensez-vous que l’instabilité politique et fiscale en France encourage les épargnants à se tourner vers ces solutions ?
Le contexte géopolitique et politique nourrit effectivement une certaine anxiété. Cela se traduit par un taux d’épargne record, avec plus de 20 % des revenus des Français qui sont aujourd’hui épargnés, ce qui représente un seuil historique. En 2025, la collecte d’assurance-vie française a atteint 192 milliards d’euros, tandis que celle réalisée depuis le Luxembourg auprès des résidents français a dépassé les 16 milliards d’euros.
"L’un des atouts du contrat luxembourgeois réside dans la variété des sous‑jacents éligibles"
Ce mouvement n’est pas une fuite, mais une stratégie de diversification. Les épargnants cherchent à répartir leurs avoirs : livret A, contrats français et maintenant un contrat luxembourgeois pour compléter leur portefeuille.
Quelles tendances notez-vous en matière de diversification des placements financiers ?
Nous assistons à un retour marqué du fonds en euros. Malgré des marchés boursiers élevés, le climat anxiogène pousse de nombreux épargnants à privilégier la sécurité et la flexibilité. Les produits structurés rencontrent également un réel succès, en offrant un compromis entre potentiel de rendement et protection partielle, voire totale, du capital. Enfin, l’investissement socialement responsable continue de progresser, même si le sujet est aujourd’hui moins médiatisé. Il y a eu un effet de saturation, un « green‑ bashing », mais la tendance de fond demeure. De nombreux fonds intègrent désormais des critères ESG sans en faire un argument marketing, tandis que certains acteurs numériques en ont fait leur marque de fabrique.
Vous évoquiez le numérique. Dans des parcours 100 % en ligne, quelle est la place de l’humain ?
Ces plateformes ne sont pas totalement déshumanisées, nous parlons ici de phygital, un modèle hybride mêlant numérique et accompagnement humain. Les clients ont accès à des conseillers en ligne ou en visioconférence afin d’obtenir des réponses à leurs questions, qu’elles soient techniques ou fiscales. De notre côté, nous suivons la même logique et renfor‑ çons ainsi nos outils numériques pour libérer du temps à nos équipes. Nous intégrons aujourd’hui l’intelligence artificielle, non pas pour remplacer l’humain, mais pour automatiser les tâches répétitives et offrir aux conseillers plus de disponibilité pour un accompagne‑ ment personnalisé. L’objectif est d’améliorer l’efficacité tout en enrichissant la relation.
L’arrivée de l’IA pourrait-elle compliquer l’insertion des juniors dans le monde du travail ?
Le risque existe si l’adoption de l’IA n’est pas suffisamment pilotée. En effet certaines entreprises privilégient l’utilisation de l’IA pour des tâches à faible valeur ajoutée ou pour du recueil et de la synthèse d’informations traditionnellement confiées à de nouvelles recrues. C’est regrettable car ces missions participent à la formation des jeunes diplômés. Ce serait doublement dramatique d’abord pour les jeunes qui verraient leurs perspectives professionnelles s’assombrir et ensuite pour les entreprises car l’IA doit pouvoir être contrôlée par des experts et, si cette approche se confirmait, nous pourrions voir se développer une population d’experts vieillissante, sans véritable renouvellement par les jeunes générations. C’est pourquoi nous surveillons attentivement l’équilibre global des compétences dans notre organisation, en veillant à maintenir une dynamique de recrutement qui favorise à la fois la continuité des expertises et leur renouvellement. Nous pensons que le recrutement de juniors acculturés à l’IA représente une opportunité pour les entreprises. Ceux qui maîtrisent les outils comme ChatGPT, Claude ou Mistral apportent une agilité nouvelle, une façon de penser différente et sont capables de proposer des solutions innovantes à leur entreprise pour améliorer son efficacité. Il ne faut donc pas opposer IA et recrutement de juniors mais plutôt chercher à optimiser leur coexistence, notamment en accompagnant l’évolution des compétences dans le temps. L’intégration de profils juniors contribue à enrichir l’organisation en y apportant de nouvelles compétences et en accélérant sa transformation.
Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?
Notre secteur est en pleine mutation et évolue au rythme des nouvelles habitudes des clients, dont l’enjeu réside dans notre capacité à nous adapter sans renoncer à ce qui fait la force du conseil. Si la technologie sert l’humain, elle peut devenir un formidable outil de fidélisation et de performance. Concernant l’assurance luxembourgeoise, je pense qu’elle a encore de beaux jours devant elle. Le contexte international, conjugué à sa flexibilité, en fait un produit d’avenir, complémentaire à l’assurance-vie française.
Marine Fleury