Dossier spécial - Infrastructures : investir pour le futur
Selon les estimations du Global Infrastructure Hub1, les besoins d’investissement en infrastructures dépasseront 94 000 milliards de dollars d’ici à 2040. « Ces actifs ont aussi un caractère contracyclique. Qu’ il s’agisse d’ énergie, d’ infrastructures numériques ou de transport, ils doivent continuer à fonctionner quel que soit le contexte économique », explique Charlotte Lavit d’Hautefort, coresponsable dette infrastructure chez Arkéa Asset Management. Les défis sont multiples, et les États seuls ne peuvent les relever. Le capital privé s’impose alors comme un partenaire incontournable et comble un déficit que les finances publiques peinent à absorber.
Ce contexte structurel ne suffirait pas à expliquer l’engouement croissant des investisseurs si les infrastructures ne présentaient pas des caractéristiques attractives. Revenus stables et prévisibles, souvent indexés à l’inflation, durée de vie longue des actifs ou encore faible corrélation avec les marchés cotés, la classe d’actifs offre un profil rendement-risque équilibré, particulièrement précieux dans un environnement incertain. « Ce que cette classe d’actifs apporte, finalement, c’est de la visibilité. Dans l’environnement actuel, c’est loin d’être négligeable », résume Florence Lemoine, présidente de Montsegur Family Office.
À capital ouvert et permanent, ces véhicules ne connaissent ni date d’échéance ni fenêtre de souscription figée. Le gestionnaire investit sans la pression du déploiement rapide caractéristique des fonds fermés, et peut sélectionner les actifs au bon moment, accompagner leur développement sur le long terme et réinvestir les distributions sans contrainte de redistribution aux porteurs. Pour la classe d’actifs infrastructures, dont les projets s’inscrivent naturellement dans des horizons de 20, 30, parfois 50 ans, cette adéquation est presque structurelle.
« L’ évolution la plus récente vient des ELTIF, qui permettent désormais d’ investir dans des fonds de private equity ou d’ infrastructures dès 2 500 euros », précise Guillaume Eyssette, fondateur de Gefinéo. En France, les réformes réglementaires successives (de la loi PACTE aux récentes évolutions autour de l’assurance-vie et du PER) ont progressivement abaissé les seuils d’éligibilité, permettant à une clientèle patrimoniale d’accéder à des stratégies autrefois réservées aux grands comptes. En proposant des formats plus accessibles, les fonds evergreen ont été l’un des principaux vecteurs de cette ouverture.
Pour autant, cette accessibilité impose la vigilance. La liquidité offerte par les fonds evergreen n’est pas celle des marchés cotés. Elle repose sur des mécanismes de rachat encadrés, et les épisodes de tension – comme celui qu’ont traversé certains véhicules immobiliers en 2022 – ont rappelé ses limites. En outre, comme le précise à juste titre Florent Paquez, associé chez Hyperion Capital, « la gestion de ces fonds repose largement sur la qualité du gérant et sur sa capacité à piloter le fonds dans des conditions de marché parfois difficiles. » La sélection du gestionnaire, mais aussi la qualité du portefeuille d’actifs sous-jacents et la robustesse du dispositif de liquidité constituent autant de critères déterminants, que les investisseurs et leurs conseils se doivent d’analyser avec rigueur.
C’est à cet exercice que se prête ce dossier spécial : décrypter les ressorts d’une classe d’actifs en pleine mutation, comprendre les mécanismes des véhicules qui en facilitent l’accès et identifier les questions que tout investisseur avisé devrait poser avant de s’engager.
Entretien avec Charles du Tillet (Exclusive Partners) et Charlotte Lavit d’Hautefort (Arkéa Asset Management)
Entretien avec Guillaume Eysesette (Genfinéo)
Entretien avec Souleymane-Jean Galadima (Sapians)
Entretien avec Florent Paquez (Hyperion Capital)
Entretien avec Alexandre Boissarie (Althéo Partners)
Entretien avec Florence Lemoine (Montségur Family Office)
Entretien avec Philippe Moussaud (Bonjour Patrimoine)
SMART PATRIMOINE du 7 mai 2026
À la une : infrastructures, investir pour le futur