À l’ère de l’intelligence artificielle, le family officer ne peut se limiter à son rôle de conseil. Yann Galet, fondateur de G Consult Finances, tire la sonnette d’alarme sur le manque d’outils pour protéger les données sensibles des familles fortunées.

Décideurs. Quelles sont les données que vous considérez comme étant sensibles ?

Yann Galet. Contrairement à ce que nous pourrions croire, les données patrimoniales sensibles ne se résument pas à un audit financier ou immobilier. Ce sont aussi, et surtout, les relations humaines, les secrets de famille, les projets industriels confidentiels, les conflits personnels ou professionnels… Bref, tout ce qui ne figure pas dans les bases de données publiques mais qui constitue pourtant l’ADN d’une famille. Ces informations, dès lors qu’elles sont consignées de façon numérique, tombent dans le champ du RGPD et doivent faire l’objet d’une extrême vigilance.

Comment assurer la sécurité de ces données avec les outils actuels ?

Le mode SaaS, aussi pratique soit-il, suppose que la donnée circule et est hébergée à l’extérieur. Il suffit qu’un serveur soit compromis pour que l’intégralité des données soit vulnérable. C’est pourquoi notre réflexion aujourd’hui porte sur le développement de solutions hardware, hébergées chez le client lui-même. Il ne suffit plus de sécuriser un fichier, mais de réinventer l’infrastructure, la rendre physique, locale et souveraine.

Cela a un coût ?

Oui, mais ces investissements doivent être vus comme des garanties de souveraineté. Imaginez un coffre-fort numérique, un « wallet » non pas pour de la cryptomonnaie, mais pour l’ensemble des secrets familiaux, des documents, des enregistrements, accessibles uniquement par les membres autorisés. Ce type de dispositif ne doit pas dépendre de Google, Microsoft ou d’un quelconque opérateur extérieur. Nous passerions d’un modèle centralisé et mutualisé à un modèle décentralisé et individuel.

Cela peut-il intégrer l’intelligence artificielle ?

Oui, à condition que l’IA soit locale. L’idée n’est pas d’envoyer ses données à une IA hébergée sur des serveurs distants, mais de faire tourner une IA directement sur la machine familiale, en mode déconnecté. Les dernières évolutions technologiques le permettent, car nous pouvons héberger localement une IA légère, musclée et capable d’apporter une assistance pertinente sans exfiltrer aucune donnée.

Pourquoi ce sujet n’émerge-t-il qu’aujourd’hui ?

À titre personnel, cela fait sept ans que je m’interroge sur ces sujets, mais les avancées récentes en matière d’IA, de cryptographie et de hardware changent la donne. Nous sommes désormais capables, technologiquement parlant, de faire tourner des systèmes puissants localement. Cependant, le vrai frein est ailleurs, du côté de la réglementation. Le RGPD, le DSA ou encore les contraintes KYC ne protègent pas réellement les clients. Elles complexifient le travail des professionnels sans empêcher les intrusions. Il ne s’agit plus de répondre à une réglementation mais de redonner à l’individu le contrôle de ses données.

Nous dépassons la notion de sécurité…

Ce dont nous parlons dépasse la simple confidentialité, car il s’agit de souveraineté personnelle. L’idée est de permettre aux familles d’avoir un contrôle total sur leurs données, de décider à qui les transmettre, quand et pour combien de temps. C’est un contre-modèle aux Gafam qui ont bâti leur richesse sur l’exploitation de nos informations en échange d’outils prétendument gratuits.

Existe-t-il une offre répondant à cette problématique ?

Aujourd’hui, tout repose encore sur du SaaS. La menace post-quantique est là, puisque, dès que les ordinateurs quantiques seront opérationnels, les protocoles de chiffrement actuels deviendront obsolètes et aucune donnée ne sera plus sécurisée. Il faut donc développer des solutions « off network », déconnectées et sans backdoor.

Certains de vos clients sont-ils déjà sensibilisés à la sécurité de leurs données ?

Pour quelques familles, c’est un sujet, mais le grand public est encore peu conscient de l’ampleur du risque. Même un particulier peut être affecté par une fuite de données et entraîner des conséquences dramatiques.

Ces systèmes peuvent-ils s’appuyer sur des technologies blockchain ?

Pour certains usages, oui, notamment pour l’encryptage ou l’historisation des accès. En revanche, la blockchain n’est pas adaptée à tous les types de données, car elle est parfois trop lourde à manier et surtout énergivore.

Justement, qu’en est-il de la durabilité de ces outils ?

Je suis convaincu que la question énergétique doit être abordée autrement. Par exemple, la fusion nucléaire, abandonnée en France il y a quelques années, pourrait offrir une réponse durable à nos besoins énergétiques massifs. Cependant, ce type de réflexion n’est pas porté par les réglementations actuelles, qui préfèrent imposer des normes déconnectées de l’urgence réelle.

Et au sein de l’AFFO, ce sont des discussions en cours ?

Les idées sont partagées, mais l’AFFO ne pèse pas encore suffisamment pour porter ce type de projet industriel. Il faudrait une coalition de plusieurs grandes familles, ou le soutien d’un fonds d’investissement pour développer une solution haut de gamme, sur mesure et capable d’apporter des garanties solides. La technologie nous donne aujourd’hui les moyens de choisir entre deux modèles : soit la souveraineté individuelle, soit la soumission à des systèmes centralisés. Libre à chacun de décider quel monde il souhaite construire et dans lequel il souhaite voir ses enfants évoluer. 

Propos recueillis par Marine Fleury

Personne citée :

Yann Galet

Yann Galet

Vient de paraître

Autopromo site Module Guide Immo 300

GUIDE ET CLASSEMENTS

Autopromo site Module Guide Immo 300

Prochains rendez-vous

8 juillet 2026
Sommet du Patrimoine et de la Performance
La rencontre des professionnels de la gestion de patrimoine
CONFÉRENCES ● DÉJEUNER D'AFFAIRES ● REMISE DE PRIX ● COCKTAIL
 
18 janvier 2027
Grand Forum du Patrimoine
Le rendez-vous privilégié pour l’écosystème patrimonial
CONFÉRENCES ● DÉJEUNER VIP ● REMISE DE PRIX ● DÎNER DE GALA

Newsletter Patrimoine

Pour recevoir la newsletter de Décideurs Patrimoine, merci de renseigner votre mail

{emailcloak=off}