Bertrand Merveille et Olivier Mariscal (BDL Capital Management) : " Le meilleur investissement, c'est l'entreprise "
Décideurs. BDL Capital Management est reconnu pour son indépendance. En quoi cela influence-t-il vos choix d’investissement et votre processus de décision ?
Bertrand Merveille. La première chose c’est qu’en tant qu’actionnaire de notre propre entreprise, nous ne rendons des comptes qu’à nos clients et à nous-mêmes et non à des organes de gouvernance, ou à des actionnaires qui ne seraient pas actifs dans l’entreprise. Cette indépendance influence beaucoup notre liberté de choix et d’action, en particulier sur la gestion financière. Nous avons très peu de contraintes dans la construction des portefeuilles, avec une forme de carte blanche qui est donnée aux analystes et à l’équipe de gestion pour aller chercher les meilleurs actifs, au meilleur moment.
Nous avons cette vision de l’investissement qui se veut la plus large possible avec un niveau de contrainte qui soit le plus faible possible.
Olivier Mariscal. L’indépendance nous permet également d’avoir une rapidité d’exécution. Avec une structure à taille humaine. Le comité d’investissement peut se réunir à tout moment, prendre une décision et initier une position sur une valeur en l’espace de quelques minutes, si le cas d’investissement est prêt et que l’équipe est convaincue.
Dans un environnement de marché volatil, pourquoi continuer à croire dans la gestion active centrée sur les entreprises plutôt que dans les ETF ou la gestion passive ?
B. M. En 2025, le marché est globalement positif, mais les performances ont été particulièrement hétérogènes d’un segment à un autre, et même d’une valeur à une autre au sein d’un même segment. On note qu’il y a beaucoup d’opportunités, mais également beaucoup de risques. Le fait de coller à un indice sous-tend que vous acceptez l’ensemble des risques du marché, tel qu’il est construit, par des acteurs qui l’ont bâti sans que l’on sache exactement si cela a été bien fait. Notre choix est très différent : nous regardons le marché dans son ensemble et nous essayons d’identifier des zones d’inefficience. Elles nous permettent d’aller chercher un peu plus de potentiel de performance à moyen et long terme, en achetant un actif au meilleur prix possible. Quand vous faites de la gestion indicielle, vous n’achetez jamais au meilleur prix, vous achetez au prix du marché. C’est donc primordial pour nous de garder les mains libres dans nos choix. Nous pensons que c’est la seule manière d’éviter les plus gros risques, parce que la gestion passive fonctionne bien quand il y a de la croissance, mais c’est plus difficile quand les marchés baissent.
Votre gestion active entraîne-t-elle davantage de risques pour vos clients ?
B. M. Quand vous faites de la gestion passive, vous subissez un risque de marché. Vous êtes à la merci de ce qui va se passer en termes de flux, de résultats, sans pouvoir vous adapter.
Avec la croissance de la gestion passive, on peut anticiper une augmentation de la volatilité, des tensions et des niveaux de risques à court terme.
Nous n’avons pas une gestion plus risquée, mais de plus grandes convictions. Nos clients sont parfaitement au courant des choix qu’ils font en investissant chez BDL Capital Management, d’autant plus que nous sommes extrêmement transparents. Nous communiquons beaucoup avec nos clients sur les biais, sur les mouvements sur les marchés et donc il n’y a pas de surprise.
" La gestion passive ne s’adapte pas, elle suit une tendance, la subit et l’amplifie "
Comment sélectionnez-vous les entreprises dans lesquelles vous investissez ?
B. M. Lorsque nous sélectionnons nos entreprises, nous faisons beaucoup d’investigation. Nous avons vraiment le souci d’enquêter au mieux sur les cas d’investissement. Pour cela nous nous fournissons en données de manière la plus large possible. Nous n’hésitons pas à contacter des experts dans les différents secteurs, pour affiner notre analyse et nous allons également voir les entreprises sur le terrain, faire des visites de sites, des rencontres avec les équipes dirigeantes.
Ensuite, il s’agit de modéliser notre investissement, avec des fichiers à plusieurs centaines de lignes dans lesquelles on va rentrer de nombreux paramètres qui vont nous permettre de déterminer une valorisation. Cette valeur, nous la comparons au prix de marché pour savoir s’il y a du potentiel ou pas. Il y a vraiment une investigation extrêmement profonde qui est très experte. Si l’on prend nos principaux fonds, nous avons une trentaine de titres en portefeuille, pour 17 gérants et analystes.
O. M. Il y a des entreprises que nous suivons depuis plus de dix ans. Nous connaissons mieux l’historique des dirigeants qui se sont succédé que les salariés de l’entreprise eux-mêmes. C’est une vraie force. De plus, la fidélité de nos équipes à BDL nous permet d’avoir une réelle connaissance du marché sur de nombreuses années.
Quels secteurs d’activité ou thématiques vous semblent les plus porteurs pour les prochaines années ? Quelle est votre vision sur l’ESG ?
B. M. Nous ne faisons pas de choix prédéterminés par secteurs. Il y a des secteurs qui nous semblent structurellement moins intéressants, mais qui demeurent assez peu nombreux. On a beaucoup de curiosité pour tous les secteurs d’une manière générale. Le meilleur investissement, c’est toujours l’entreprise. Ce qui conduit nos choix, c’est à la fois la qualité de l’actif, mais surtout son prix. Des domaines comme la tech ou les semi-conducteurs offrent de très belles performances dernièrement, pour autant, nous ne nous précipitons pas dessus parce que les valorisations sont parfois excessives. D’un trimestre à l’autre, notre intérêt pour un secteur peut varier. Notre gestion très active peut faire varier de manière significative la construction des portefeuilles, en fonction des tendances. Cette année, par exemple, nous avons vendu près de 30 % du portefeuille de début d’année. Mais en tendance, compte tenu des corrections qu’il y a eu sur les valeurs dites de qualité croissance, nous en avons profité pour nous renforcer sur ce type de sociétés.
O. M. Dernièrement des valeurs sur la santé ou la construction redeviennent intéressantes. Nous restons donc très positifs sur des valeurs comme avec Saint-Gobain, Vinci, Eiffage. Nous nous intéressons également aux domaines qui donnent de la visibilité, à l’image de Fluidra, un des leaders mondiaux des piscines et accessoires de piscine.
B. M. En Europe, il y a beaucoup de belles opportunités selon les secteurs. Mais, par définition, nous favorisons davantage une valeur à un secteur, ce qui peut potentiellement dégager des tendances en matière d’exposition géographique ou sectorielle.
Propos recueillis par Clara Lelièvre



