À l’aube de 2026, l’économie mondiale avance au ralenti, tandis qu’une autre bataille s’impose : celle des ressources critiques. Terres rares, semi-conducteurs et énergie deviennent les nouveaux leviers de puissance, redessinant la carte industrielle et les rapports de force entre nations.

Alors que l’économie mondiale aborde 2026 dans un environnement de croissance ralentie, les marchés financiers continuent d’intégrer une transformation beaucoup plus profonde : celle de la compétition pour les ressources critiques. Trois domaines doivent concentrer aujourd’hui l’attention des investisseurs et des États : les terres rares, les semi- conducteurs et l’énergie. Ensemble, ils redessinent les équilibres de puissance et conditionnent les trajectoires industrielles de la décennie à venir.

Terres rares : l’atout stratégique de la Chine

Si la transition énergétique et numérique est devenue un impératif global, elle repose sur une dépendance extrême à quelques métaux stratégiques : néodyme, dysprosium, lithium ou cobalt. Ces terres rares sont indispensables à la fabrication des batteries, des éoliennes, des véhicules électriques et des équipements militaires de pointe.
Or, la Chine contrôle plus de 70 % de la production mondiale et plus de 90 % du raffinage, un maillon industriel dont elle détient le quasi-monopole. Pékin s’en sert désormais comme d’un levier géopolitique : les restrictions d’exportations imposées en 2024 sur le gallium et le germanium ont rappelé la fragilité des chaînes d’approvisionnement occidentales. Le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) prévoyait, à partir du 1er décembre 2025 (finalement décalé en 2026 en fonction des accords Trump/Xi), l’instauration d’un système d’autorisation préalable d’exportation (licensing) pour tout produit contenant plus de 0,1 % de terres rares d’origine chinoise. Cette mesure vise à placer une partie des chaînes industrielles mondiales sous le contrôle direct de Pékin.

« Les restrictions d’exportations imposées en 2024 sur le gallium et le germanium ont rappelé la fragilité des chaînes d’approvisionnement occidentales »

Les États-Unis et l’Europe cherchent à relocaliser ou diversifier leurs sources (cf. Trump au sommet ASEAN, l’Australie échangeant des sous-marins contre des terres rares), mais la domination chinoise reste hégémonique. Les marchés devront donc intégrer durablement une prime de rareté sur ces matériaux, dont la valeur stratégique dépasse désormais celle des hydrocarbures.

Les « chips » : la domination américaine consolidée

La deuxième bataille se joue sur le terrain des semi-conducteurs, nerfs technologiques de la croissance future. La décennie 2020 a consacré une nouvelle forme de bipolarisation : les États-Unis conservent la maîtrise de la conception (Nvidia, AMD, Intel) et du logiciel, tandis que Taïwan (TSMC) et la Corée du Sud (Samsung) assurent la production la plus avancée.
Les restrictions américaines sur les exportations de puces vers la Chine ont eu pour effet d’accélérer la fragmentation technologique mondiale. Pékin tente d’atteindre l’autonomie via des champions nationaux comme SMIC, mais reste à plusieurs générations de retard.
Les États-Unis, soutenus par le CHIPS Act, investissent massivement pour rapatrier la production sur leur sol, consolidant ainsi leur domination sur la chaîne de valeur et leur pouvoir d’influence sur le reste du monde. Cette hégémonie des « chips » renforce le leadership technologique américain, mais alimente les tensions avec la Chine, qui voit son développement numérique et militaire entravé. Une des conclusions du 20e Comité central, préparant le 15e plan quinquennal (2026-2030), évoque d’ailleurs « l’atteinte des objectifs militaires », laissant clairement entendre que Taïwan reste au coeur de cette stratégie.

L’énergie : une équation toujours non résolue

Ce troisième pilier, sans doute le plus déterminant, est celui de l’énergie. Les besoins générés par l’intelligence artificielle, le cloud et la robotisation dépassent déjà les projections les plus ambitieuses. Sam Altman, fondateur d’OpenAI, estime que son entreprise aura besoin d’ici 2033 de 230 gigawatts (GW) de puissance électrique, soit plus que la capacité nucléaire combinée des États-Unis, de la Chine et de la France (environ 215 GW).
Cet écart illustre l’impasse actuelle : il faut près de 15 ans et 15 milliards de dollars pour construire un réacteur nucléaire de 1 GW, alors même que la demande énergétique mondiale croît de 3 % par an.

" La bataille énergétique ne se gagnera pas seulement par l’innovation, mais par le contrôle du capital et de la chaîne industrielle "

Les grands acteurs financiers ont pris la mesure de cette tension énergétique. J.P. Morgan a ainsi annoncé un plan d’investissement colossal de 1 500 milliards de dollars sur dix ans, destiné à financer 27 sous-industries : production, transport et stockage d’énergie, infrastructures électriques, mais aussi participation directe dans des sociétés produisant aimants permanents, turbines, batteries ou équipements de réseau. Cette approche intégrée illustre une conviction : la bataille énergétique ne se gagnera pas seulement par l’innovation, mais par le contrôle du capital et de la chaîne industrielle. Sans rupture technologique majeure (fusion, Small Modular Reactors), ou percée dans le stockage, la promesse d’une IA généralisée se heurtera à la contrainte physique. C’est sans doute là le paradoxe du progrès : la révolution numérique dépend encore des lois de la thermodynamique.
Métaux, puces et énergie sont désormais étroitement liés et forment une nouvelle « trinité géoéconomique », où chaque dépendance matérielle devient un instrument de pouvoir.
Cette configuration impose de repenser les portefeuilles autour des grands flux de capitaux – énergie, industrie et technologie – dans un monde où la performance économique repose autant sur la productivité du capital et du travail que sur la sécurisation des intrants critiques.
Chez Flornoy Ferri, nous intégrons cette recomposition structurelle à travers la sélection de valeurs composant nos fonds actions, tels qu’ALEPH MONDE, et par une exposition ciblée à la dette d’entreprises engagées dans ces transformations via nos fonds obligataires OMNIBOND (obligataire flexible) et POSITIVEBOND (dette investment grade).


Sur l'auteur. Teddy Dewitte a plus de trente ans d’expérience en finance de marchés au sein de grands établissements, tels que Prudential GIM, SG CIB, Lehman Brothers, ABN Amro, Nomura et Deutsche Bank à New York, Londres et Paris. Il est aujourd’hui directeur général et responsable de la gestion collective de Flornoy Ferri, société spécialisée en gestion d’actifs, filiale du Groupe Premium.

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