Nouvelles dynamiques, nouvelles stratégies, mais même exigence professionnelle, Stéphane Cadieu, président du directoire, fait le point sur le rapprochement des marques de gestion du groupe Crédit Mutuel Arkéa, un an après l’opération.

 

Décideurs. Vous avez rapproché vos marques de gestion il y a un an, quel bilan faites-vous aujourd’hui ?

Stéphane Cadieu. Le bilan est très positif. L’objectif était de simplifier la lisibilité de notre marque dans le paysage de l’asset management français, et nos clients en sont particulièrement satisfaits. Non seulement notre clientèle historique nous est restée fidèle, mais nous avons aussi gagné de nouveaux clients, ce qui valide le bien-fondé de notre stratégie. Après la phase d’harmonisation qui a mobilisé l’ensemble des équipes sur le premier semestre, nous basculons dans une logique de développement avec la mise en œuvre de notre nouveau plan stratégique. Cette dynamique est très positive, preuve en est : nous enregistrons une collecte positive sur l’année 2025.

Avez-vous constaté des synergies spécifiques entre vos expertises ?

Certaines existaient déjà avant la création d’Arkéa Asset Management. L’expertise extra-financière, notamment, était mutualisée grâce à notre équipe ESG au service des deux maisons, au même titre que les équipes commerciales. Le rapprochement s’inscrit donc dans la continuité d’un mouvement amorcé depuis plusieurs années.

Les équipes ont-elles été regroupées géographiquement ?

Nous avons tenu à conserver nos deux bassins d’emploi historiques que sont Paris et Brest. Les collaborateurs sont restés sur leurs sites respectifs, et nous continuons à recruter sur ces deux zones.

En plus du rapprochement, quels ont été les faits marquants au sein d’Arkéa Asset Management cette année ?

Sur le plan business, nous avons renforcé notre positionnement sur la souveraineté, avec la mise en avant de notre fonds thématique Arkéa European Economy, le lancement d’un fonds de dette privée France Souveraineté PME, ainsi que deux nouveaux millésimes de fonds de dette infrastructure. Par ailleurs, nous avons poursuivi le développement de nos fonds structurés, dans la continuité d’une année 2024 exceptionnelle, et lancé un nouveau fonds daté, Arkéa Global Yield 2031, positionné sur des entreprises à haut rendement des pays développés et émergents. Enfin, nous avons musclé nos équipes commerciales afin d’accompagner notre croissance.

Votre stratégie commerciale s’articule- t-elle de la même façon selon les clientèles ?

La dette privée cible principalement les institutionnels, mais nous travaillons sur des versions retailisées afin d’adresser la banque privée. À l’inverse, nos stratégies obligataires à rendement absolu et nos fonds datés sont davantage distribués auprès des CGP et du marché wholesale. Certains produits sont transversaux, mais nos "flagships" ont chacun leur segment. Vous mentionniez votre fonds France Souveraineté PME.

Quelle place tient cette thématique chez vous ?

Nous la déclinons en quatre piliers, que sont la souveraineté géostratégique, incluant la base industrielle et technologique de défense, mais aussi la souveraineté alimentaire et logistique, la souveraineté informationnelle, éducative et scientifique, et enfin, la souveraineté numérique et industrielle, avec un focus notamment sur les data centers et la capacité à garder nos données en Europe. Nous maintenons également notre prisme basé sur l’ancrage territorial et l’emploi, grâce à nos indices propriétaires orientés vers la création d’emplois sur le territoire. À noter que nous avions déjà, dans nos anciens fonds, plus de 60 % d’investissements alignés avec cette définition.

La finance responsable a-t-elle un rôle à jouer sur cette thématique ?

Nous sommes filiale d’un groupe devenu entreprise à mission, donc la performance durable fait partie de nos statuts. Tous nos fonds intègrent une approche ESG, avec des KPI extra-financiers par émetteur. Certains fonds, notamment en infrastructure, sont même classés SFDR 9. Nous constatons une baisse ponctuelle d’intérêt de la part des investisseurs particuliers, mais les institutionnels restent convaincus. Au-delà de l’effet de mode, la durabilité est structurellement gage de meilleur contrôle du risque et donc de performance à long terme.

Comment anticipez-vous les marchés dans les prochains mois ?

Nous entrons dans une phase accommodante de la Fed, avec une économie américaine résiliente. Les marchés actions restent portés par les bonnes nouvelles, même si les valorisations deviennent exigeantes. Les résultats des Magnificent Seven seront alors déterminants, car les investisseurs attendent des preuves tangibles que les investissements massifs récents généreront une croissance durable. En Europe, l’environnement politique demeure un facteur de volatilité sur lequel nous restons vigilants tout en intégrant l’impact positif de la mise en œuvre du plan de soutien allemand.

Et sur le plan réglementaire ?

Le value for money continue de s’étendre, notamment à l’assurance et potentiellement aux produits structurés. Nous observons aussi une tendance forte avec la montée en puissance des actifs réels au sein des portefeuilles de clients privés, le rôle croissant de la protection des données et de l’IA, ainsi qu’un renforcement continu des exigences ESG en Europe.

Comment abordez-vous l’IA ?

Nous avons déjà développé deux cas d’usage opérationnels en 2025, avec un déploiement d’ici à la fin de l’année. L’objectif n’est pas de réduire l’intervention humaine, mais de soutenir la croissance de l’activité en améliorant notre efficacité. Bien sûr, tous nos outils sont hébergés en interne afin de maîtriser nos données.

Un mot pour conclure ?

2025 a été une année de structuration et d’investissement, autant au service de nos clients que de nos collaborateurs. À l’heure où l’IA est au centre de toutes les discussions, nous croyons à la puissance de l’intelligence émotionnelle. La gestion d’actifs reste avant tout un métier de femmes et d’hommes et notre ambition est de donner du sens à l’épargne de nos clients tout en continuant de proposer des solutions qui leur ressemblent.

Propos recueillis par Marine Fleury

Personne citée :

Stéphane Cadieu

Stéphane Cadieu

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