Fondateur du multi-family office Keepers, Edouard Herbo figure parmi les personnalités les plus engagées de l’univers de la gestion de fortune. Là où liberté et intégrité font parfois débat, il utilise ces valeurs comme boussole. Portrait.
Édouard Herbo, l’idéaliste
C’est au 30 boulevard Haussmann, dans les bureaux de Keepers fraîchement redécorés, qu’Edouard Herbo nous accueille. Pas de cafetière à capsules ni de bouteilles en plastique, l’engagement durable du MFO et de son dirigeant se glisse même dans les détails.
Trader pour survivre
« J’ai eu un parcours scolaire très atypique », confie-t-il d’entrée de jeu. Bac obtenu après plusieurs échecs, Edouard Herbo n’ambitionne pas de faire de longues études. Au lieu de cela, il participe en 2000 à un championnat de France de trading, où il termine finaliste parmi 400 concurrents, réalisant 89 % de performance en quatre semaines. Ce qui n’était qu’un hobby devient alors son nouveau terrain de jeu.
Repéré par la European Trade Company, ce jeune autodidacte y fait ses armes en swing trading, et se voit confier, à seulement 21 ans, la direction générale. « C’était un bricolage incroyable, mais j’étais plongé dans le grand bain. » Marqué par un sentiment d’imposture qui ne le quitte pas, il s’impose une discipline d’apprentissage qu’il suit religieusement, mêlant lectures, formations et rencontres décisives.
En 2009, Edmond de Rothschild le recrute pour ouvrir un bureau à Lille, puis lui délègue, quelques années plus tard, la gestion des grands comptes à Paris. Très vite, il devient l’un des plus jeunes membres du comité de direction. Plongé au cœur d’un milieu où business school rime avec réussite, son profil intrigue. Lorsqu’on lui demande quelle grande école il a fréquentée, il répond, sans hésitation, « aucune. » Ce franc-parler attise la curiosité de pointures telles que Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, qui le présente à son réseau. Son parcours devient son meilleur atout, façonné par le travail et la ténacité.
Naissance de Keepers
Les neuf années passées chez Rothschild lui donnent accès à l’ascenseur social et aux connaissances techniques qui lui manquaient, mais très vite, il réalise qu’être banquier privé ne colle pas à ses valeurs. « On attend son bonus, on remet les compteurs à zéro et on recommence. » Parti de ce constat, il fonde Keepers, multi-family office, inspiré d’une approche engagée et intègre. Refus des conflits d’intérêts, transparence sur la rémunération et rejet de « l’argent trop facile », Edouard Herbo bâtit sa structure sur une exigence éthique qu’il veut irréprochable. Forgée à son image, Keepers représente un vent de fraîcheur dans un milieu considéré comme conservateur. Ici, la parité et la diversité des profils sont non négociables pour la direction : plus qu'une garantie de performance, il s'agit d'un impératif moral. « Nous avons plus de femmes que d’hommes, cinq nationalités, et nous sommes fiers de pouvoir compter sur l'expertise internationale de talents de l'étranger passés par de grandes écoles françaises. » C’est aussi ça, être aligné en matière d’engagement : faire en sorte, en tant qu'entreprise, de s'ouvrir à la richesse des horizons multiculturels.
La nature comme religion
Enfant déjà, Edouard Herbo avait le sens de la responsabilité écologique dans les veines. Passionné par la nature et habile de ses mains, il se voyait ornithologue ou pilote d’avion. En grandissant, il abandonne l’aviation par convictions environnementales, laissant la place à une ambition plus grande, celle d’infuser à la finance un impact climatique et sociétal positif. « J’imagine ma vie par tranches, comme un prolongement naturel où un projet en amène un autre. » Son prochain chapitre ? La création d’une fondation au service de la planète et de la biodiversité, un beau clin d’œil à ses rêves d’enfant.
Marine Fleury



