À l’heure où les ETI, pilier industriel et territorial de l’économie française, subissent le climat conjoncturel, les incertitudes budgétaires pour 2026 n’améliorent pas le paysage. Frédéric Coirier, coprésident du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), alerte sur la nécessité de préserver la compétitivité de ces entreprises pour leur permettre d’assurer leur pérennité.

Décideurs. Quels ont été en 2025 les grands enjeux pour les ETI ?
Frédéric Coirier.
En quelques chiffres, on compte aujourd’hui 7 000 entreprises de taille intermédiaire qui représentent 25 % de l’emploi salarié en France et un tiers de l’exportation. C’est une catégorie d’entreprises très orientée sur le secteur de l’industrie (40 %) et qui a un impact très fort dans les territoires où elles se situent. Ce sont des entreprises qui produisent davantage sur le sol national et qui sont donc de fait très sensibles à l’écosystème français – social, fiscal, infrastructure, réglementaire, etc. D’un point de vue conjoncturel, les ETI ont fait une belle sortie de Covid, mais en 2024, nous sommes entrés dans une période compliquée avec un processus budgétaire très long en fin d’année dernière et une fissure qui a commencé à se créer, couplée à un ralentissement de la conjoncture mondiale (barrières douanières américaines, climat politique instable, climat de suspicion sur les entreprises et les aides).

Sommes-nous toujours dans un flou pour 2026 ?
Rappelons que, dans le cadre du PLF 2025, 15 milliards d’euros de charges supplémentaires avaient déjà été votés, faisant de 2025 une année sans précédent en matière de pression sur nos entreprises. Pour 2026, nous savons d’ores et déjà que le coût du travail et du capital risque d’augmenter dans un climat économique dégradé et une concurrence très importante. Nous ne pouvons qu’espérer une issue favorable pour le budget 2026, mais nous ne sommes pas très optimistes. Nous appelons également à ce titre à ne pas dégrader davantage la législation déjà en place pour nos entreprises et à ne pas détricoter les dispositifs qui conditionnent leur pérennité – pacte Dutreil notamment, sujet des holdings, etc.

Quel rôle le Meti joue-t-il aujourd’hui pour aider les entreprises à anticiper les mutations économiques, technologiques et sociétales ?
Aujourd’hui, nous avons des ETI qui ont des centaines d’années d’existence et qui sont toujours opérationnelles. Elles ont connu plusieurs révolutions. Les statistiques nous disent qu’elles auraient dû disparaître, mais elles se sont transformées. Pourquoi ? Parce qu’elles ont été soutenues par un capital patient. Nous nous définissons comme des entreprises de long terme. Se donner le temps permet justement de mieux appréhender ces grandes transformations – environnementales, numériques – de faire évoluer l’organisation, investir, former les employés.
À l’échelle du Meti, nous portons de nombreux sujets à l’échelle nationale et nous avons également des clubs en région, avec 1 200 ETI en réseau. Au sein de ces clubs, les entreprises travaillent entre elles, s’entourent d’experts et échangent sur des sujets transverses. Nous faisons régulièrement des monitorings pour obtenir une image fidèle de la maturité des ETI sur les sujets environnementaux, numériques, de cybersécurité et d’innovation.

Quels sont les défis de demain pour les ETI ?
Il y a un sujet qui est très important pour nous, c’est la complexité. Sur les dix dernières années, la lourdeur administrative s’est fortement accrue. Cette folie réglementaire au niveau de l’Europe a connu des vagues successives au cours de la dernière décennie – CSRD, CSDDD, Pilier 2, transparence salariale – cumulé à l’instauration de règles sectorielles, et a de fait beaucoup pesé sur les entreprises de plus de 250 salariés. Depuis dix-huit mois, nous notons une prise une conscience de la part de Bruxelles. Il y a eu un omnibus de simplification européen sur lequel nous avons été très actifs. Cela devrait permettre de sortir plus de 90 % des ETI de cette lourdeur administrative.

Propos recueillis par Clara Lelièvre

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