L’entrée d’un fonds d’investissement au capital d’une société constitue une étape stratégique majeure dans la vie d’une entreprise. Elle marque la rencontre entre un entrepreneur qui porte un projet de croissance et des investisseurs capables de l’accompagner dans ses ambitions ; avec pour objectif commun de créer de la valeur sur le moyen ou long terme. Le duo est au coeur de la réussite de ces projets. Entretien avec Charlotte Lengaigne-Giraudeau, directrice d’investissement chez NextStage AM, Félix Bonduelle, fondateur de Javelot, Frédéric Mugnier, fondateur de Faguo, et Jérôme Pierucci, fondateur de PeersGroup.

Décideurs. Pouvez-vous présenter votre structure ?
Charlotte Lengaigne-Giraudeau. NextStage AM est une société de gestion experte et pionnière du capital développement, fondée en 2002 par deux entrepreneurs. Depuis l’origine, nous avons accompagné plus de 200 entrepreneurs. Aujourd’hui, notre portefeuille compte près de 80 participations sur différents programmes d’investissement : Capital Entrepreneur, Championnes et Pépites Evergreen.

Félix Bonduelle. Je suis l’un des fondateurs de Javelot, une entreprise de l’agritech. Nous développons des logiciels à destination des coopératives agricoles et des négoces pour gérer tout ce qui concerne « l’après-récolte ». Notre métier est d’accompagner ces acteurs dans la transformation digitale de leur métier, en particulier sur deux grands axes, le stockage de céréales et de matières premières, et l’optimisation logistique.

Frédéric Mugnier. J’ai créé la marque Faguo – une marque de la fair fashion – depuis maintenant quinze ans avec Nicolas Rohr, mon associé. Notre marque a développé le vestiaire le plus bas carbone du marché. Nous accordons une véritable importance aux matières recyclées et nous tendons vers des modèles régénératifs. Nous adressons plutôt une clientèle masculine, des chaussures à la bagagerie.

Jérôme Pierucci. Je suis le fondateur et président de PeersGroup. Nous sommes un cabinet de conseil en management, experts de la performance opérationnelle qui regroupe les fonctions achat, supply chain et finance. PeersGroup compte 200 consultants et nous accompagnons nos clients avec un modèle différenciant : strategy to execution.

Qu’est-ce qui vous a incité à déclencher une opération avec un investisseur minoritaire ?
F. B. Il y a deux grands sujets qui nous ont incités à lancer une telle opération. D’abord, le développement de nouvelles solutions. Nous faisons face à une industrie qui a été très sous-investie ces cinquante dernières années, et nous avons donc de très nombreux sujets à adresser et sur lesquels il faut investir. Par ailleurs, nous avions un réel besoin d’accompagner la croissance de notre entreprise. Nous avons donc fait deux levées de fonds successives afin de répondre à ces objectifs.

F. M. Nous avions également deux enjeux majeurs. À l’époque, l’actionnaire industriel minoritaire qui nous accompagnait depuis dix ans devait céder sa participation et nous cherchions donc à le remplacer. L’autre enjeu pour nous était le développement, pas sur la tech mais sur le réseau de distribution. Sur ce point, avoir à nos côtés un investisseur capable de nous accompagner, notamment dans les relations avec les banques est un élément déterminant. Depuis l’arrivée de NextStage AM, nous sommes passés de 30 à 60 boutiques.

J. P. De notre côté, nous avions besoin à la fois d’un accompagnement pour enclencher une nouvelle phase de croissance, et nous souhaitions organiser la transmission de notre entreprise aux talents clés qui nous accompagnent depuis maintenant quelques années. D’un point de vue plus personnel, cette opération capitalistique permettait aussi de créer de nouveaux projets, se donner un nouveau souffle et se confronter à de nouveaux enjeux – notamment de croissance externe. Sur la première année d’accompagnement de NextStage AM, nous avons déjà réalisé deux opérations de ce type.

Pourquoi avoir choisi NextStage AM ?
F. B.
Le premier contact s’est fait grâce à notre réseau : l’un de nos investisseurs historiques connaissait NextStage AM. Il en avait une image très positive en termes d’alignement de valeurs et de vision d’entreprise, ce qui nous paraissait très rassurant. Le fait que cette société de gestion ait été pensée par des entrepreneurs a réellement fait écho à nos besoins. Cette mise en relation, aussi exigeante soit-elle, était très à propos, et avec une forme de bienveillance très positive.

F. M. De notre côté, nous avions mandaté une banque d’affaires qui a interrogé une dizaine de fonds sur la place et nous avons rencontré NextStage AM par ce biais-là. Nous avons apprécié le côté spécialiste de la croissance, mais également leur capacité à nous mettre au défi.

J. P. Nous avons, comme Frédéric, rencontré plus de dix fonds. Lors du comité chez NextStage AM, en présence de tous les associés, nous avons été marqués par la qualité des échanges. Par ailleurs, l’offre a été construite pour répondre à notre cahier des charges, notamment concernant l’ouverture du capital à une vingtaine de collaborateurs. Nous avons aussi réellement apprécié la rencontre avec l’équipe et Charlotte en particulier, qui, par son expertise en M&A, répondait pleinement à nos enjeux de croissance externe.

Comment NextStage AM accompagne les PMEs et les ETIs dans leurs projets de croissance ?
C. L.-G.
Chez NextStage AM, nous considérons tout d’abord qu’il n’y a pas une bonne recette qui marcherait dans toutes les situations. Notre accompagnement relève du sur-mesure : ce qui fonctionne pour une entreprise ne fonctionnera pas forcément pour une autre, d’autant plus qu’il s’agit d’un métier profondément humain. L’élément premier est donc de créer une relation de confiance avec l’entrepreneur. Ensuite, nous avons une approche pragmatique de l’accompagnement. Nous mettons volontiers « les mains dans le cambouis » lorsque cela fait partie de notre champ d’expertise, mais, sur les sujets sur lesquels nous ne sommes pas spécialistes, nous faisons appel à des partenaires extérieurs ou même à nos participations, si cela est pertinent. De manière tout à fait classique, nous mettons en place des boards trimestriels, qui sont des rendez-vous formels avec les entrepreneurs, et permettent de prendre du recul sur les enjeux stratégiques du moment. En complément de cet accompagnement personnalisé, nous proposons à nos entrepreneurs différents forums de rencontres, d’ateliers thématiques et même un séminaire entrepreneur qui a lieu une fois par an et qui a vocation à permettre à chacun d’échanger avec ses pairs sur des enjeux divers et parfois de créer des liens ; le fameux « connecting the dots » cher à NextStage AM.

Comment intégrez-vous ces solutions dans votre quotidien d’entrepreneurs ?
J. P.
Nous allons le plus possible aux événements proposés par NextStage AM. Nous apprécions particulièrement le séminaire annuel qui est l’occasion de rencontrer des gens qui nous ressemblent. En général, nous retrouvons un ADN commun : la simplicité, l’envie de faire plus. Au-delà de ces rendez-vous, je travaille avec Charlotte au quotidien. Je m’exprime avec elle librement, sans être jugé, et je bénéficie d’un écosystème qui est très enrichissant.

F. M. Il y a une réelle compréhension de notre travail avec une mise à disposition de ressources. Cela s’apparente presque à une notion de service. Nous apprécions particulièrement l’aspect « mise en relation ». Quand nous avions un problème concernant les ressources humaines, par exemple, NextStage AM nous a mis en relation avec deux DRH. Ils prennent rapidement les problèmes en considération et nous répondent tout aussi efficacement.

F. B. Évidemment, le réseau de NextStage AM est un vrai plus pour nous aussi et nous en bénéficions à tous les niveaux. Les rencontres organisées avec les entrepreneurs sont vraiment intéressantes, puisqu’à chaque fois, nous sortons de ces événements avec le sentiment d’avoir appris quelque chose.

Y a-t-il des contraintes à avoir un actionnaire financier au capital ?
J. P. 
Je n’ai pas vu d’impact négatif, au contraire, je suis parti du principe que nous accueillions un nouveau partenaire dont nous devions trouver la place. Étant particulièrement transparent, j’ai pris le parti de tout dire à Charlotte, avec des reportings détaillés. Nous nous sommes retrouvés avec des personnes qui ont un angle de vue parfois différent du nôtre, ce qui est un vrai plus. Les échanges sont toujours constructifs et bienveillants.

F. M. Non, nous n’avons pas eu de contraintes. Je trouve que c’est un temps de rendez-vous et de gouvernance à la fois pour NextStage AM et pour nous. Ces boards nous permettent de faire un arrêt sur image et de se donner des objectifs à horizon trois mois, etc. Dans les entreprises, habituellement, nous ne prenons pas ce temps-là. Dans les comités de direction, nous sommes concentrés sur le côté opérationnel au jour le jour. Donc, prendre le temps de repenser notre vision à cinq ans ou plus est particulièrement intéressant.

F. B. Nous n’avons pas vraiment observé de changement, puisqu’avoir des actionnaires financiers est dans l’ADN de Javelot. La seule contrainte que nous puissions nommer concerne la question de la dilution, mais, dans l’esprit, nous préférons avoir une part d’un grand gâteau plutôt qu’un macaron pour nous seuls. La question des boards, nous pouvons la voir comme une contrainte, mais en réalité c’est avant tout une vraie prise de recul sur nos activités et cela nous permet d’observer notre entreprise dans son ensemble tout en nous obligeant à être pédagogue.

C. L.-G. De notre côté, pour limiter les contraintes, nous essayons de nous adapter à la structure de l’entreprise – taille, structuration financière, etc. Notre enjeu est de mettre en place des outils de reporting qui doivent en premier lieu servir les entrepreneurs dans leurs enjeux du quotidien. Nous nous adaptons au maximum à la réalité des entreprises, de leur structuration et de leur business model pour mettre en place des outils de pilotage de la croissance, de la marge et de la trésorerie. Notre but est de mettre le curseur au bon endroit afin de nous adapter dans le temps à la réalité de l’entreprise sur le terrain.

Aviez-vous un besoin de pédagogie lorsque vous avez amorcé cette opération sur le capital de votre groupe ?
J. P.
Oui, j’avais besoin que l’on m’explique ce mode de fonctionnement. Je ne connaissais pas du tout la relation que nous pouvions avoir avec un fonds d’investissement ni les modèles économiques. La banque d’affaires m’a beaucoup aidé là-dessus. Dans le quotidien, nous avançons sereinement. Nous sommes en bonne voie pour trouver le format définitif et nous sommes davantage sur un exercice de collaboration que de simple transmission d’informations à travers des reportings. C’est un processus d’amélioration continue.

F. M. De notre côté, nous avions besoin d’être accompagnés sur la relation avec les banques, il s’agissait de nos premiers financements significatifs. Nous avons particulièrement apprécié l’expertise de l’équipe de NextStage AM qui nous a permis de comprendre la logique et les attentes des banques – leur lecture du sujet était plus fine que la nôtre.

F. B. En ce qui nous concerne, nous avions déjà fait entrer des fonds au capital, donc nous avions l’habitude de ce mode de relation. Néanmoins, NextStage AM nous accompagne sur de nombreux sujets, notamment liés aux enjeux financiers de la croissance. Nous avons par exemple été suivis lors d’une opération de croissance externe qui nous a permis de compléter notre offre produits de manière tout à fait pertinente pour nos clients.

C. L.-G. La plupart du temps, dans le cadre d’opérations primaires, c’est la première fois qu’un investisseur professionnel entre au capital. Nous avons donc l’habitude d’avoir un discours très pédagogique auprès des entrepreneurs sur ce qu’est un accompagnement, ce que l’on peut attendre d’un investisseur, quelles sont les contraintes, les avantages, etc. Dès les premiers rendez-vous, nous expliquons ce que nous sommes capables de faire ou pas afin d’éviter les déceptions. Notons cependant qu’aujourd’hui, beaucoup d’entreprises sont accompagnées par des banques d’affaires qui jouent souvent ce rôle de pédagogie en amont.

Vous avez récemment sorti votre troisième millésime de la gamme Capital Entrepreneur. Pouvez-vous expliquer ce dont il s’agit ?
C. L.-G. Il s’agit d’un véhicule éligible au dispositif 150-0 B ter du Code général des impôts, qui a vocation – à l’instar des deux premiers millésimes – à investir dans une vingtaine de sociétés, sur des thématiques de capital-développement. Lancé il y a un an et demi, il cible des entreprises rentables, réalisant le plus souvent plus de 10 M€ de chiffre d’affaires, et dirigées par des entrepreneurs fortement associés au capital. Notre approche est le plus souvent minoritaire, en tant qu’actionnaire actif de référence. Après une collecte de 48 M€ sur le millésime précédent, notre ambition est de dépasser ce niveau.

Propos recueillis par Clara Lelièvre

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