Stéphane de Lassus (Charles Russell Speechlys) : "Nous observons un intérêt soutenu des jeunes générations à étudier ou travailler à l’étranger"
Décideurs. Pourriez-vous nous parler des points de vigilance à garder en tête lorsqu’un professionnel français envisage de s’expatrier ?
Stéphane de Lassus. Un des problèmes majeurs pour les expatriés français, surtout les entrepreneurs, est ce que l’on appelle l’exit tax. Cette taxe concerne les plus-values latentes sur des actifs, notamment les titres de sociétés au-delà d’un seuil de 1,3 million d’euros. Lorsque vous quittez la France, vous devez les déclarer. Si vous partez vers un pays hors de l’Union européenne, il peut être nécessaire de fournir des garanties financières, voire de payer l’impôt immédiatement dans certains cas.
Qu’en est-il des cas de départ vers des pays hors UE, tels que la Suisse ou l’Angleterre ?
Pour ces destinations, il est obligatoire de fournir une garantie à l’administration fiscale française. Cela peut prendre la forme d’une caution bancaire ou, le plus souvent, d’une hypothèque sur un bien immobilier. En effet, les titres de sociétés non cotées sont difficilement acceptés comme garantie. Le coût de ces garanties peut être élevé, environ 0,5 % à 0,7 % du montant cautionné par an. Ces contraintes peuvent freiner certaines personnes à s’expatrier, le départ ne résulte pas d’une nécessité professionnelle. D’autres préfèrent tout simplement éviter les pays où ces procédures sont complexes et coûteuses.
Rencontrez-vous des erreurs fréquemment commises par vos clients ?
L’une des erreurs les plus communes est de conserver trop de liens avec la France. Il est donc important de bien planifier son départ, non seulement sur le plan fiscal, mais aussi juridique. Aussi, chaque pays a ses propres particularités fiscales. La Suisse, bien qu’elle soit perçue comme un paradis fiscal, prélève un impôt sur la fortune et a des règles rigoureuses pour les revenus ordinaires. En France, nous avons certes des impôts élevés, mais certaines exonérations permettent de mieux gérer son patrimoine qu’à l’étranger comme le PEA ou l’assurance vie.
Pour quelles raisons vos clients partent-ils vivre à l’étranger ?
Elles sont variées, mais incluent souvent une crainte d’alourdissement fiscal ou une recherche d’opportunités économiques. Durant le mandat de François Hollande, de nombreuses personnes travaillant dans le monde de la finance et du private equity sont parties pour Londres, attirées par un cadre fiscal plus favorable et le dynamisme de la City. Aujourd’hui, nous observons une résignation chez certains clients, mais parallèlement un intérêt soutenu des jeunes générations à étudier ou travailler à l’étranger. La dynamique actuelle n’est pas celle d’un exode massif, mais plutôt de départs réguliers, souvent motivés par des projets clairs et à long terme.
Quels pays attirent les nouvelles générations aujourd’hui ?
Outre les destinations traditionnelles comme Londres ou la Suisse, les États-Unis et le Canada restent très prisés. Le dynamisme des secteurs comme la tech et les biotechnologies attire de nombreux talents. Bien que certains redoutent l’instabilité, notamment avec Donald Trump, l’attrait économique de ces pays reste intact. Il y a également des destinations comme le Portugal, l’Italie ou Israël, qui offrent des régimes fiscaux attractifs, notamment pour les retraités ou les nouveaux expatriés. Ces avantages doivent toutefois être envisagés dans un cadre global, incluant les aspects civils, comme les régimes matrimoniaux ou la succession. Dubaï en est un bon exemple !
Un conseil pour les jeunes qui envisagent de s’expatrier ?
Il faut être bien accompagné pour éviter les pièges ! Au-delà de l’aspect fiscal, d’autres facteurs, comme les règles d’immigrations, de système de santé, successorales ou matrimoniales dans le pays de destination, peuvent avoir un impact significatif. Partir ne signifie pas toujours échapper à toutes les contraintes, car chaque pays a ses propres complexités. Il est donc primordial de peser le pour et le contre avant de prendre une telle décision. Avec une bonne préparation, l’expatriation peut être une réussite, mais elle ne s’improvise pas.
Propos recueillis par Marine Fleury



