Yves Desjardins (Schroders) : " La dette infrastructure convient parfaitement aux chefs d'entreprise souhaitant partir à la retraite "
Décideurs. Que conseillez-vous à un chef d’entreprise sur le point de partir à la retraite ?
Yves Desjardins. Il faut d’abord mettre en avant l’horizon et le temps. Si un chef d’entreprise se demande le jour de son départ à la retraite comment compenser une perte de revenus, il est déjà trop tard. Un départ à la retraite doit se préparer des années à l’avance. Il y a certains sujets sur lesquels il doit réfléchir avant de partir : quel va être son besoin en matière de flux de trésorerie ? Va-t-il acheter une résidence ? Doit-il sortir en rentes ou en capital sur ses produits financiers ?
Une allocation se construit et se diversifie, mais pas à la dernière minute. Il faut faire travailler son capital afin de laisser les intérêts se cumuler. N’oublions pas qu’avec une rémunération de 7 % par an, le capital double en seulement dix ans. Néanmoins, il faut reconnaître que la planification est toujours délicate. À 45 ans, on ne se dit pas qu’il faut commencer à réfléchir à bien préparer sa retraite.
Quels avantages offre la dette infrastructure pour un chef d’entreprise désireux d’optimiser ses revenus après une cession ?
D’abord, le non-coté est parfaitement adapté aux chefs d’entreprise qui sont en train de planifier leur départ. Sur cette classe d’actifs, il y a des primes d’illiquidité, les dirigeants sont donc rémunérés pour leurs prises de risque. De plus, l’investissement sur le long terme leur permet d’éviter un stress lié à la volatilité. Quant à la dette infrastructure, il est clair qu’elle convient parfaitement. L’avantage de cette classe d’actifs est que les capitaux placés sont investis dans des actifs réels qui opèrent tout le temps, quel que soit le cycle économique – les éoliennes continuent de tourner, les trains circulent, les autoroutes restent ouvertes, etc. Elle permet de prédire les cashflows. Même dans le cas d’un retournement de cycle, il y a beaucoup moins de défauts sur cette classe d’actifs, car elle est moins soumise aux aléas.
Quand bien même il y aurait un défaut, il y a derrière un actif réel : l’investisseur devient en partie propriétaire d’une éolienne, d’un champ photovoltaïque, ce qui permet une récupération bien plus importante qu’en investissant sur des actifs cotés.
Cette solution peut-elle satisfaire un investisseur en quête d’investissement à impact ?
La nouvelle génération est plus sensible que la précédente aux problématiques environnementales. Investir en dette infrastructure, c’est aussi donner du sens à l’investissement et financer la transition, car cela permet de soutenir des projets concrets qui participent directement à la construction d’un avenir plus durable. Au-delà de la performance financière, il s’agit d’un moyen d’avoir un impact positif sur la société et l’environnement, tout en accompagnant les politiques publiques de décarbonation et de modernisation des infrastructures.
Vous proposez des fonds immobiliers et d’investir dans l’hôtellerie : est-ce que ces solutions pourraient également être pertinentes ?
La première offre que nous avons proposée pour le grand public français est notre ELTIF evergreen investi en dette Infrastructure, une solution semi-liquide qui permet dans une certaine mesure de retirer une partie des capitaux investis. Sur un produit de dette comme celui-ci, des coupons sont perçus et le principal est remboursé quand la dette arrive à échéance. Cet ELTIF a vocation à être le premier d’une longue série de fonds offrant un accès aux actifs réels. Nous avons commencé par cette classe parce qu’elle semble être la plus adaptée aux particuliers souhaitant investir dans le non-coté. Parallèlement, nous avons aussi un fonds de private equity evergreen, qui peut tout à fait convenir aux chefs d’entreprise sur le point de partir à la retraite, puisqu’il s’agit d’une stratégie de small et mid buyouts européens grâce auxquels les dirigeants peuvent soutenir indirectement des confrères.
L’hôtellerie parle également beaucoup aux entrepreneurs. Nous travaillons actuellement sur la question : comment structurer un fonds de type 150-0 B ter – qui permet au chef d’entreprise de disposer de deux ans, après la cession, pour réemployer les fruits de cette vente dans des entreprises opérationnelles – et leur faire bénéficier d’une mécanique fiscale avantageuse ?
Avec l’hôtellerie, nous répondons à un besoin. L’activité touristique a certes connu un creux post-Covid, mais aujourd’hui, les gens voyagent à nouveau, l’activité de restauration dans les hôtels a repris, et il n’y a jamais eu de tels taux de réservation de nuitées. Investir dans ces fonds est donc extrêmement pertinent.
D’autres supports comme les ETF peuvent-ils être intéressants ?
Le cœur d’activité de Schroders réside dans un accompagnement de nos clients par la gestion active. Elle nous permet d’adopter une démarche environnementale et de durabilité. Néanmoins, posséder des ETF dans son portefeuille est toujours intéressant, parce qu’il est nécessaire que la diversification de nos placements nous permette de nous désexposer et de récupérer de la liquidité si besoin. Les fonds de dette infrastructure evergreen sont catégorisés comme « semi-liquides », mais ce ne sont pas des actifs liquides. Les investisseurs ne peuvent pas investir pendant quelques mois pour bénéficier d’une rémunération de l’ordre de 6 %, puis retirer leurs placements : cela ne peut pas fonctionner. C’est la raison pour laquelle il est toujours pertinent de posséder des ETF, idéalement gérés de manière active, car cela permet de bénéficier du savoir-faire du gérant et de la stratégie de fonds actifs grâce à des enveloppes plus simples à utiliser. Une bonne éducation financière en la matière est primordiale. Il est intéressant de noter que, comparativement aux fonds, ce support est beaucoup plus utilisé aujourd’hui dans la digitalisation. Il est également très plébiscité par les jeunes générations. Je le compare à un nouveau " mode de consommation ". Peut-être qu’un jour ce type de support sera sujet à la tokenisation, mais nous n’y sommes pas encore.
Propos Recueillis par Clara Lelièvre



