Longtemps perçues comme un investissement spéculatif réservé aux initiés, les cryptomonnaies gagnent peu à peu leur place dans les portefeuilles des investisseurs privés. Entre perspectives de diversification et forte volatilité, leur légitimité en tant que classe d’actifs fait encore débat. Entretien avec Olivier Herbout, associé chez Ramify, plateforme d’investissement et gestion de patrimoine.

Décideurs. Pourquoi les clients privés s’intéressent-ils de plus en plus aux cryptomonnaies ?

Olivier Herbout. Il y a un vrai engouement, notamment lié à leur côté spéculatif. Aujourd’hui, les cryptomonnaies ne sont pas reconnues comme une classe d’actifs à part entière, mais de nombreux indices suggèrent qu’elles pourraient le devenir. En France, un sondage réalisé par Ipsos et analysé par KPMG[1] montre que les investisseurs s’intéressent plus au bitcoin qu’aux actions classiques – preuve d’un intérêt grandissant, malgré les risques. Cela étant dit, nous recommandons de ne pas allouer plus de 5 % de son patrimoine global aux cryptomonnaies et de privilégier les plus connues, pour s’inscrire dans une logique d’investissement patrimonial à long terme, loin des fluctuations hebdomadaires.

Comment la France se positionne-t-elle par rapport aux autres pays ?

Bien que les États-Unis et la Chine dominent, la France occupe une place importante dans l’écosystème des cryptomonnaies. C’est l’un des pays les plus actifs de l’UE en matière de blockchain et d’investissement crypto, avec de nombreuses entreprises spécialisées.

Quel est le profil des investisseurs ?

Nos investisseurs cryptos sont généralement plus âgés que la moyenne du marché. Notre clientèle typique a entre 40 et 55 ans, alors que l’investissement dans les cryptos attire souvent des jeunes. Ce décalage s’explique par notre approche patrimoniale : nos clients recherchent une diversification de long terme plutôt qu’un gain rapide.

Investir sur le long terme, est-ce une façon d’atténuer la volatilité ?

Nous ne spéculons pas sur les réactions de marché au moindre tweet d’Elon Musk ou du président des États-Unis. Ce qui nous intéresse, ce sont les signaux plus profonds, tels que l’adoption croissante des cryptomonnaies par des institutionnels ou encore l’entrée de certaines banques centrales sur ce marché. Ces éléments contribuent à faire du bitcoin un potentiel « or numérique ». Son offre limitée en fait un actif rare, à l’inverse des monnaies classiques, soumises aux politiques monétaires des États.

Qu’en est-il des performances actuelles ?

Depuis le début de l’année, les cryptomonnaies sont en baisse, tout comme d’autres classes d’actifs risquées. Le bitcoin a ainsi perdu environ 16 %, et le S&P 500 autour de 7-8 %[2]. Mais sur le long terme, la tendance reste haussière.

En revanche, les cryptomonnaies sont critiquées pour leur impact environnemental…

Certaines cryptos, notamment le bitcoin, consomment beaucoup d’énergie en raison de leur mode de validation, le Proof of Work. D’autres sont moins énergivores, comme Ethereum depuis sa transition au Proof of Stake. Il est possible qu’une nouvelle crypto émerge avec la même promesse que le bitcoin, tout en étant plus respectueuse de l’environnement.

Existe-t-il d’autres risques à prendre en compte ?

Outre la volatilité et l’impact environnemental, il y a un risque de confiance. Si la promesse d’un code inviolable venait à être rompue, la valeur des cryptomonnaies s’effondrerait. Pour l’instant, elles reposent sur un consensus fort, mais des incertitudes demeurent.

Les CGP restent malgré tout craintifs vis-à-vis de ces actifs…

Pour certains, c’est une question de conviction : ils ne proposent pas ce qu’ils ne maîtrisent pas. Pour d’autres, c’est une question de pragmatisme : s’il faut fournir un effort réglementaire important pour une classe d’actifs qui ne représentera que 5 % d’un portefeuille, ce n’est pas rentable.

Comment voyez-vous l’intégration des cryptomonnaies dans les portefeuilles privés d’ici à 2030 ?

Aujourd’hui, elles sont encore peu présentes dans la gestion privée en France, alors qu’aux États-Unis, certaines banques comme JP Morgan les intègrent déjà dans leurs offres pour les clients fortunés. Nous pensons que cette tendance va se démocratiser et que les CGP proposeront de plus en plus une allocation, même minoritaire, sur ces actifs.

Quel conseil donneriez-vous pour investir sereinement sur les cryptos ?

Ne pas investir de façon impulsive et privilégier un investissement progressif. La volatilité des cryptomonnaies peut être forte, donc il vaut mieux lisser son investissement dans le temps pour éviter d’acheter au mauvais moment. Notre conviction est qu’elles vont continuer à se démocratiser, et leur rareté jouera en leur faveur.

Propos recueillis par Marine Fleury

 

[1] https://kpmg.com/fr/fr/insights/crypto/web3-crypto-adoption-croissance-secteur.html

[2] A date du 12/03/2025

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