Matthieu Panhard (Pulse) : "La blockchain et ses dérivés ont de l’avenir"
Décideurs. Actuellement, quel intérêt vos clients portent-ils aux cryptomonnaies ?
Matthieu Panhard. Nous avons assez peu de demandes directes sur ce sujet. Nos clients qui s’y intéressent le font souvent à titre personnel, et viennent plutôt chercher un avis. En revanche, nous ne proposons pas d’allocations structurées en cryptomonnaies en raison de leur forte volatilité et du manque de visibilité sur certains aspects réglementaires. Cela dit, nous avons déjà réalisé un mandat de gestion crypto pour un client spécifique.
Comment avez-vous mis en place ce mandat de gestion ?
Nous avons travaillé avec une société spécialisée dans la gestion active de portefeuilles de cryptoactifs. Ce type de gestion repose sur une allocation dynamique, avec une part minimale de 25 % en stablecoins. L’approche inclut des mécanismes de coupe automatique en cas de forte baisse afin de limiter les risques. Nous avons testé cette stratégie sur un montant modeste, et les variations de valeur ont été extrêmement rapides : des gains de plus de 40 % en quelques semaines, suivis d’une correction tout aussi brutale.
Quelles autres stratégies envisagez-vous pour aborder cet univers ?
Nous préférons adopter une approche indirecte en investissant dans les infrastructures liées aux cryptomonnaies. Par exemple, nous avons alloué des fonds à des data centers écologiques qui participent à l’écosystème des cryptomonnaies tout en respectant des critères ESG. L’un d’eux, situé dans des grottes françaises, récupère la chaleur des serveurs pour produire de l’énergie qui sera redistribuée dans le réseau électrique. Cette approche nous semble plus cohérente et pérenne.
Quelle est votre vision de la réglementation et de l’institutionnalisation des cryptomonnaies ?
Aujourd’hui, nous ne conseillons pas activement nos clients sur ce segment, car le cadre réglementaire reste évolutif. Nous répondons aux demandes de manière réactive mais ne sommes pas moteurs sur ce sujet. Toutefois, l’arrivée d’ETF Bitcoin et l’intérêt croissant d’acteurs institutionnels comme BlackRock pourraient changer la donne. Certains gérants en Suisse réfléchissent déjà à inclure ces actifs dans leurs buy lists, ce qui pourrait favoriser leur adoption progressive.
Quel regard portez-vous sur la tokenisation et sur les actifs fractionnés ?
Le marché est encore naissant, et nous n’avons pas de demande significative de la part de nos clients. La complexité et l’absence de standardisation freinent l’adoption à ce stade. En revanche, nous croyons beaucoup au développement des infrastructures IT et blockchain sousjacentes. Indépendamment du format que prendra l’évolution des cryptos, il faudra toujours des data centers et des solutions technologiques robustes.
Les grandes fortunes sont-elles plus frileuses face aux cryptomonnaies ?
Ce n’est pas une question de taille de patrimoine, mais plutôt de perception du risque. Même les clients les plus jeunes, qui ont grandi avec les cryptos, n’y consacrent qu’une part très marginale de leur allocation. Nous en sommes encore aux balbutiements d’un marché qui devra évoluer pour devenir un actif plus structurant. Nous sommes convaincus que la blockchain et ses dérivés ont de l’avenir, mais sans doute sous une forme plus réglementée et stable que celle que nous connaissons aujourd’hui.
Propos recueillis par Marc Munier



