Longtemps réservé aux grandes fortunes ou aux institutionnels, le venture capital s’invite discrètement au sein des portefeuilles des familles fortunées. Si cette classe d’actifs séduit par ses promesses de rendement, elle nécessite une approche structurée. Véronique Aubin, associée chez Xelis Family Office, revient sur les bonnes pratiques pour intégrer le capital venture dans une stratégie patrimoniale de long terme.

Décideurs. En tant que family office, quelle place accordez-vous au venture capital dans une allocation d’actifs globale ?

Véronique Aubin. À vrai dire, tout dépend des objectifs de la famille. Les premières questions à se poser sont : quels sont mes objectifs d’investissement ? Ai-je besoin de liquidité à court ou moyen terme pour financer un projet ? Ou, au contraire, puis-je me projeter sur du long terme ? Suis-je complètement réfractaire au risque, ou suis-je prêt à en accepter une part pour chercher davantage de performance ? C’est en répondant à ces questions que nous pouvons construire une stratégie d’investissement cohérente. Cependant, même pour un profil très prudent, il peut être pertinent de consacrer une petite poche du portefeuille à des investissements plus dynamiques, à condition de bien en maîtriser les risques. Il y a quinze ans, peu de portefeuilles incluaient du venture capital, c’est-à-dire des investissements dans des entreprises innovantes non cotées ; aujourd’hui, cela peut représenter jusqu’à 20 % de l’allocation globale pour des clients long-termistes et à l’aise avec le risque. Le tout est de penser la stratégie d’allocation dans sa globalité.

Comment maîtriser le risque quand on investit en venture capital ?

Le risque zéro n’existe pas, mais nous pouvons limiter les aléas grâce à quatre piliers principaux. Le premier, c’est la thèse d’investissement. Je recommande de cibler des entreprises qui ont dépassé le stade de l’idée : pas du « very early stage », mais plutôt du « late early » ou « early growth », c’est-à-dire des sociétés ayant déjà des clients, du chiffre d’affaires et qui ont validé leur « proof of concept ». Ce sont des structures souvent trop petites pour intéresser les fonds de private equity, déjà trop grosses pour des business angels, mais idéales pour un investisseur patrimonial. Ensuite, il faut un alignement clair entre les objectifs personnels et les investissements choisis. Le venture capital attire des gens en quête de sens, car il permet de soutenir des thématiques qui leur tiennent à cœur, comme l’environnement ou la souveraineté économique.

Une fois cette thèse définie, quels sont les autres piliers ?

Le deuxième est la sélectivité. Il faut trier, séparer le bon grain de l’ivraie. En tant que family office, nous recevons chaque jour des dizaines d’offres de levée de fonds, dont 95 % ne méritent pas que nous nous y attardions. C’est un vrai travail d’analyse, d’étude de marché, de la stratégie, des finances et de la gouvernance. C’est pourquoi il est essentiel de se faire accompagner par un professionnel ou d’investir aux côtés d’un « lead investor » expérimenté. Cela permet notamment d’éviter les biais cognitifs. Le troisième pilier est la capacité à créer de la valeur au-delà du financement. Il est utile de s’engager sur des dossiers où nous pouvons apporter autre chose que de l’argent. Cela peut être d’ouvrir son réseau, partager une expertise, débloquer un marché… Cela fait toute la différence pour l’entreprise comme pour l’investisseur. 

"Le risque zéro n’existe pas, mais nous pouvons limiter les aléas"

Enfin, le dernier point, c’est la diversification, en misant sur une dizaine de sociétés différentes minimum. Trois échoueront, quatre vivoteront et trois performeront. Ce sont elles qui permettront de compenser les pertes et d’espérer un rendement global à deux chiffres. Il faut aussi diversifier les secteurs et les zones géographiques.

Et pour ceux qui souhaitent s’y exposer mais restent prudents ?

Dans ce cas, nous vérifions deux choses : l’horizon d’investissement long terme — au moins dix ans — et une exposition limitée. Nous avons vu des effets de mode, comme la crypto, où certains voulaient investir tout leur patrimoine. Notre rôle est de les conseiller, d’expliquer pourquoi ce n’est pas pertinent, et de les aider à allouer raisonnablement, entre 3 % à 4 % maximum de leur patrimoine.

À partir de quels montants peut-on investir dans cette classe d’actifs ?

Il existe des plateformes accessibles dès 1 000 euros, mais elles ont leurs limites. D’une part, la sélection est souvent insuffisamment rigoureuse, et d’autre part, il peut y avoir un désalignement d’intérêts car elles sont souvent rémunérées par les entreprises pour lesquelles elles lèvent des fonds. De plus, elles n’accompagnent souvent pas assez les investisseurs dans la conception et la diversification de leur stratégie d’investissement. Nous avons choisi de rejoindre Family Ventures pour offrir à nos clients une vraie stratégie de diversification, un bon alignement d’intérêts, une discipline de sélection et un accompagnement actif des participations. Le ticket d’entrée est de 5 000 euros, mais nous recommandons souvent d’y investir à partir de 200 000 euros, avec des tickets de 20 000 euros par entreprise, dans un souci de diversification.

Quels sont les secteurs d’activité les plus prisés par vos clients ?

L’environnement et la souveraineté économique sont les deux thématiques qui se démarquent. Certains vont jusqu’à soutenir des projets de défense avec cette idée que protéger la démocratie, c’est défendre une gouvernance saine, bien que cela ne corresponde pas à la définition réglementaire de l’ESG. La santé attire également beaucoup mais reste difficile, car les dossiers sont souvent très risqués, « cash intensive » et avec des horizons d’investissement incertains. Dans ce cas, nous recommandons plutôt de passer par des fonds de private equity.

Le venture capital reste malgré tout discret dans les portefeuilles, comparé au private equity…

Le vrai venture capital ne peut pas être industrialisé, car les tickets sont trop petits pour les fonds traditionnels. C’est pour cela que nous en entendons moins parler. Cependant, chez les single family offices, il n’est pas rare que 25 % à 30 % du portefeuille y soient consacrés. La bonne nouvelle est que la tendance prend de l’ampleur. Notre association avec Family Ventures permet à des fortunes à partir de dix millions d’euros d’y accéder dans de bonnes conditions. 

Propos recueillis par Marine Fleury

Vient de paraître

Autopromo site Module Guide Immo 300

GUIDE ET CLASSEMENTS

Autopromo site Module Guide Immo 300

Prochains rendez-vous

8 juillet 2026
Sommet du Patrimoine et de la Performance
La rencontre des professionnels de la gestion de patrimoine
CONFÉRENCES ● DÉJEUNER D'AFFAIRES ● REMISE DE PRIX ● COCKTAIL
 
18 janvier 2027
Grand Forum du Patrimoine
Le rendez-vous privilégié pour l’écosystème patrimonial
CONFÉRENCES ● DÉJEUNER VIP ● REMISE DE PRIX ● DÎNER DE GALA

Newsletter Patrimoine

Pour recevoir la newsletter de Décideurs Patrimoine, merci de renseigner votre mail

{emailcloak=off}