Malgré les aléas auxquels sont exposés les investissements durables, Arkéa Asset Management défend une approche pragmatique en matière de dette privée. Hugo Mebrek, responsable de l’analyse ESG et de l’engagement, revient sur la stratégie de la maison.
Hugo Mebrek (Arkéa Asset Management) : "Intégration ESG dans le non coté: une approche pragmatique créatrice de valeur"
Décideurs. Comment intégrez-vous les critères ESG dans vos investissements en dette privée ?
Hugo Mebrek. Notre démarche repose sur trois niveaux complémentaires. D’abord, lors de la due diligence, en intégrant une analyse extrafinancière fondée sur la gestion des risques environnementaux et sociaux, la résilience face aux aléas climatiques, etc. L’idée est d’évaluer la matérialité de ces critères en lien avec le risque financier. Ensuite, nous allons plus loin en intégrant des covenants ESG dans près de la moitié des financements mis en place depuis 2020. Ces clauses visent à inciter l’entreprise à atteindre certains objectifs mesurables. Cela suppose une approche pragmatique pour sélectionner les indicateurs pertinents, et les adapter à la taille et au secteur de l’entreprise financée. Enfin, nous développons une logique d’accompagnement et d’engagement. Sur le non-coté, et en particulier sur la dette privée corporate, nous avons choisi de nous concentrer sur l’adaptation au changement climatique, notion clef alors que la productivité est affectée par la multiplication des évènements climatiques (canicule, inondations, tempêtes…). En clair, plutôt que de nous contenter de bilans carbone parfois déconnectés de la réalité des PME et ETI, nous privilégions des actions pragmatiques en lien avec leur résilience opérationnelle.
Nous entendons beaucoup parler du « E » de l’ESG, mais comment envisagez-vous les aspects sociaux ?
Nous cherchons à analyser la croissance et la qualité de l’emploi, le taux de turnover, notamment les départs volontaires, les délais de recrutement, l’accidentologie, etc. Ces données permettent de mesurer la santé sociale d’une entreprise et son attractivité. Dans certains secteurs en tension comme l’aéronautique, le temps nécessaire pour pourvoir un poste peut avoir une réelle incidence financière, recruter est un défi quotidien pour les chefs d’entreprise.
Vos fonds prennent-ils également en compte la nature du business ou le territoire d’implantation des entreprises ?
Pour nos fonds d’infrastructure classés article 9 selon la réglementation SFDR, la grille est stricte, car l’activité doit contribuer à un objectif environnemental ou social. Sur la dette privée corporate, la réalité est plus nuancée, puisque rares sont les PME au modèle vert à 100 %. Nous privilégions donc d’autres angles, notamment ceux de l’emploi, de la souveraineté ainsi que l’ancrage régional. Dans un contexte où les territoires connaissent des disparités économiques et des enjeux sociaux différents, notre Indice d’Ancrage Régional nous permet d’identifier et d’analyser les dynamiques socio-économiques locales afin de mieux accompagner nos contreparties. En tant que banque issue des territoires, nous prêtons une attention particulière à l’implantation locale et la contribution à la vitalité économique des régions.
Ressentez-vous une certaine pression de la part de vos clients en matière d’analyse extrafinancière ?
Les institutionnels demandent chaque année davantage d’investissements responsables. Typiquement, en dette privée infrastructure, la priorité est la conformité à la taxonomie avec des objectifs d’alignement élevées, là où en dette privée corporate, la pression porte davantage sur la dimension sociale et territoriale : combien d’emplois sont créés, dans quelles zones, quelles sont leurs répercussions sur la région ? C’est une demande en hausse qui correspond à nos axes de travail.
Qu’attendez-vous des prochaines évolutions réglementaires ?
Il est clair que beaucoup d’incertitudes demeurent, mais, de même que pour la première version de la réglementation SFDR, nous devrons sans doute apprendre en tombant. Le manque de visibilité à long terme est un vrai problème, mais nous nous adapterons comme nous l’avons fait en 2022. Le plus important est de conserver une approche pragmatique et transparente au service de nos clients.
Propos recueillis par Marine Fleury



