Au sein de la gestion Rothschild & Co Asset Management, l’approche multigestion repose sur une sélection de fonds traduisant au mieux les convictions des gérants. Une analyse fine des enjeux macroéconomiques et des fournisseurs leur permet de naviguer en mer agitée.
Marc Terras (Rothschild & Co Asset Management) : "L’Europe reste attractive mais les choix sectoriels sont plus complexes qu’en 2025"
Décideurs. Vous êtes responsable de la gestion en architecture ouverte. Pouvez-vous revenir sur le principe de cette stratégie ?
Marc Terras. Nous proposons à nos partenaires une méthodologie recoupant un nombre important de classes d’actifs, de zones géographiques, de styles et de stratégies de gestion. Cette exhaustivité permet d’aller chercher les opportunités là où elles se trouvent, et de diversifier les portefeuilles afin d’ajuster l’exposition au risque et de s’adapter à la volatilité du marché. Nous bénéficions d’une expérience de 25 ans sur ce segment à travers une allocation active, opportuniste et en véritable architecture ouverte. Cela signifie que nos portefeuilles peuvent être exclusivement composés de fonds externes, sans aucun fonds « maison ».
Les investisseurs s’intéressent-ils à ces fonds ?
L’appétit des investisseurs – aussi bien institutionnels que privés – est prononcé pour ces fonds, en témoigne la hausse de nos encours de 20 %[1] en 2025 pour notre expertise en architecture ouverte, dont la moitié est attribuée à la collecte. La flexibilité et la réactivité plaisent, avec de belles performances. Par ailleurs, le côté agnostique de ce type de stratégie plaît beaucoup et permet de générer de la performance dans des phases de cycle très variées[2]. Cela favorise l’engouement dont nous parlions.
Comment sélectionnez-vous les fonds ?
Nous disposons d’une équipe d’analystes segmentés par classes d’actifs et zones géographiques, qui sélectionne les fonds ayant la meilleure récurrence de surperformance par rapport à leur groupe de pairs sur des périodes spécifiques. Ensuite, nous regardons les stratégies qui offrent selon nous les processus de meilleure qualité, examinons l’expérience de l’équipe, la qualité de la société de gestion… l’équipe passe au crible une centaine de critères, notamment relatifs au respect des meilleures pratiques ESG. Une fois ces filtres appliqués, nous réduisons un univers de 23 000 fonds à 400 supports susceptibles d’être investis1.
Les actions européennes ont signé une belle année 2025, comment l’expliquez-vous ?
Délaissées depuis quelques années, les actions européennes ont profité d’une réappréciation, portées par les secteurs banque-assurance et matériaux de base. Nous l’expliquons par plusieurs facteurs : des fondamentaux macroéconomiques stables, la performance des pays du Sud, des répercussions des tarifs douaniers sur les marges des entreprises plus limitées qu’attendu, une BCE très accommodante mettant les investisseurs dans de bonnes dispositions… Ces derniers ont par ailleurs été attirés par la sous-valorisation relative de l’Europe par rapport aux États-Unis, et ont préféré diminuer le risque baissier sur le dollar qui s’est concrétisé en 2025.
Comment avez-vous ajusté vos allocations en fonction ?
Nous étions positionnés sur les actions européennes dès le début 2025, donc nous n’avons procédé qu’à de très faibles ajustements par la suite. À l’époque, nous considérions que les valorisations étaient très attractives, et avons voulu nous prémunir d’un risque de retournement des sociétés américaines en augmentant la part des actions européennes.
Pensez-vous que la tendance se poursuivra en 2026 ? Sur quels secteurs d’activité ?
La tendance observée en fin d’année 2025 peut se poursuivre. Les actions européennes restent une source de diversification attractive alors que les actions américaines atteignent à la fois un pic de valorisation et de concentration, avec les dix premières valeurs de l’indice S&P 500 qui représentent 40 % de sa capitalisation[3]. Les bénéfices attendus pour 2026 ne sont pas hors d’atteinte et devraient profiter d’une tendance porteuse, notamment grâce aux réformes structurelles en Allemagne, à un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie et à une accélération des réformes européennes.
Les choix sectoriels sont cependant plus complexes qu’en 2025. Les industrielles, les valeurs technologiques et bancaires sont chères mais ces dernières conservent une bonne dynamique de bénéfices. Les petites et moyennes valeurs européennes sont intéressantes, profitent d’une valorisation attractive, et sont moins exposées aux problématiques liées au commerce mondial. La dynamique de la croissance chinoise et le niveau de l’euro seront les deux principaux facteurs de risque à surveiller.
[1] Source: Rothschild & Co Asset Management, 31/12/2025. Les encours de gestion mentionnés ne constituent pas un indicateur de performance et peuvent évoluer autant à la hausse comme à la baisse
[2] Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures, et ne sont pas constantes dans le temps. L’investissement dans des parts ou actions de tout OPC n’est pas exempt de risques. L’investisseur s’expose notamment à un risque de perte en capital.
[3] Source : Bloomberg, 31/12/2025.



