Discrètes dans les allocations depuis plusieurs années, les actions européennes reprennent doucement du poil de la bête pour faire une rentrée remarquée en ce début 2026. Entretien avec Laurent Chaudeurge, membre du comité d’investissement, et Bertrand Merveille, directeur général de BDL Capital Management.
Laurent Chaudeurge et Bertrand Merveille (BDL Capital Management) : "2025 est la première année depuis longtemps où l’Europe fait mieux que les actions américaines"
Décideurs. Pouvez-vous nous présenter BDL Capital Management ?
Bertrand Merveille. BDL Capital Management est une société de gestion indépendante qui gère plus de 3,5 milliards d’euros d’encours. En 2025, nous avons collecté plus de 800 millions €, portés par une bonne dynamique commerciale sur l’ensemble des marchés où nous sommes présents et par BDL Rempart et BDL Convictions, nos deux fonds historiques. Notre stratégie est concentrée autour des actions, spécialement européennes, moteur principal de performance de notre gamme.
Nos clients sont pour moitié des investisseurs institutionnels, les autres étant des clients particuliers intermédiés par des banques privées, CGP ou family offices. À ce jour, la France reste notre marché prioritaire, sur lequel nous pensons encore pouvoir gagner des parts de marché, en plus d’enclencher une stratégie commerciale plus ambitieuse en Suisse, Espagne, Portugal et Italie, où les collectes ont accéléré significativement en 2025. De ce fait, notre objectif 2026 est de renforcer notre présence européenne de façon opportuniste, avec un plan de communication spécifique et plus de présence auprès des investisseurs, tout en poursuivant nos efforts en France, notamment auprès des clients particuliers intermédiés.
Comment se passe le début de l’année ?
B. M. Le début d’année est bon, avec une accélération de la collecte en janvier par rapport à l’année dernière sur la même période. Nous n’avons pas de projet de création de fonds ou de nouvelle gamme à ce jour, car ce n’est tout simplement pas dans notre ADN de multiplier les nouvelles offres, mais préférons miser sur nos solutions existantes et les faire grandir. La croissance organique est notre priorité, un vrai gage de pérennité dans le paysage de la gestion d’actifs.
Comment avez-vous adapté vos allocations ?
Laurent Chaudeurge. 2025 est la première année depuis longtemps où l’Europe fait mieux que les actions américaines. Malgré beaucoup de pessimisme, nous étions convaincus du potentiel des actions européennes, confirmé par l’annonce du plan de relance allemand qui a changé le prisme sur le continent. Par ailleurs, d’autres facteurs sont venus affaiblir l’hégémonie des stratégies plus orientées vers les États-Unis : le dollar a rapidement baissé, la baisse des taux est moins marquée, et les niveaux de valorisation restent particulièrement élevés.
En Europe, les biens de consommation courante, par exemple, le secteur des boissons sont riches de belles perspectives., tout comme le secteur de la construction qui donne des signes de reprise. Du côté du luxe, nous pensons que la reprise en Chine n’est pas assurée, d’autant que les consommateurs chinois deviennent de plus en plus exigeants et peuvent décider de privilégier des produits de luxe locaux.
Comment se sont comportés vos fonds ?
L. C. En 2025, nos fonds ont bien fonctionné grâce à des choix tranchés et une gestion active du portefeuille. BDL Rempart et BDL Convictions ont généré beaucoup d’alpha en 2025.
BDL Durandal, adapté aux clients privés souhaitant une solution plus prudente dans un contexte tendu, a enregistré une performance de 4,5 %.
Qu’en est-il des actions américaines ?
L. C. La valorisation des actions est plus avantageuse en l’Europe. La thématique IA a beaucoup animé les marchés américains et tiré les valorisations vers le haut. Il y a désormais des attentes importantes et les investisseurs sont plus exigeants.
B. M. Nous constatons un regain d’intérêt sur les actions européennes de la part des clients internationaux, ce qui pourrait attirer les investisseurs sur ce segment malmené depuis des années. Cet effet de flux pourrait bénéficier en relatif à l’Europe. Les investisseurs comprennent bien que concentrer leurs actifs sur le marché américain n’est plus la meilleure stratégie.
Comment vous différenciez-vous ?
B. M. Ce qui dicte nos investissements chez BDL CM est l’analyse fondamentale des entreprises. Tout l’intérêt de se tourner vers une société de gestion comme la nôtre repose sur cette stratégie de stock picking qui, dans un environnement incertain, réussit à performer et créer de l’alpha.
L. C. Chaque entreprise en portefeuille est analysée selon nos modèles internes et des critères financiers mais aussi extra financiers. Nous n’hésitons pas à challenger le management et exposer nos points de vue. L’engagement est une partie importante de notre approche d’investisseur avec une vue à 360 degrés.
B. M. La dynamique est vraiment très bonne pour BDL CM, à la fois grâce à la qualité et l’originalité de nos solutions mais aussi à notre présence commerciale pour nouer des partenariats stratégiques avec nos distributeurs. Le défi cette année est d’entretenir ces rouages bien huilés. Nous restons optimistes, même si le cadre dans lequel nous évoluons peut nourrir beaucoup de pessimisme.
Propos recueillis par Marine Fleury



