Phénomène débuté il y a plusieurs années, la consolidation se précise, portée par une offre qui se perfectionne et une indépendance au cœur du conseil. Sébastien Labens, associé dirigeant du Groupe Synalp, et Benjamin Magny, directeur général du groupe Orion, font un état des lieux des marchés.

Décideurs. L’écosystème des CGP ne cesse d’évoluer. Faut-il parler de concentration de marché ou de consolidation ?

Sébastien Labens. La concentration reste à ce jour assez peu visible car ce n’est pas un processus généralisé. En revanche, la poursuite du phénomène de consolidation est plus manifeste, portée par un alignement entre l’offre proposée par les consolidateurs et la demande de fusion des structures.

Benjamin Magny. Parler de concentration n’est pas tout à fait exact, puisque le nombre de création de nouveaux cabinets continue d’augmenter. En revanche, la consolidation est réelle et il est intéressant de remarquer qu’elle arrive de plus en plus tôt dans la vie d’un cabinet. Avec le poids des réglementations, il devient difficile pour une petite structure d’assumer seule si elle souhaite également se développer. Nous sommes passés de « je vends mon cabinet car je pars à la retraite » à « je cristallise une partie du fruit de mon travail et je m’associe pour continuer à me développer. »

Pensez-vous que nous atteindrons prochainement un certain équilibre entre les groupes et groupements et les cabinets désireux de rester capitalistiquement indépendants ?

B. M. Pas tant qu’il y aura autant de créations de nouveaux cabinets et autant d’épargne. L’essor des liquidités post covid et le stress de l’inflation ont conduit de plus en plus les investisseurs privés vers les CGP pour sécuriser leur patrimoine, notre part de marché ne cesse de croître, nous ne sommes qu’au début de la tendance.

S. L. En nombre, je ne pense pas. La disparité de l’environnement patrimonial fait que nous avons aujourd’hui une vingtaine de consolidateurs – si nous nous basons sur l’état actuel des choses – dont le top 10 représentait en 2021 un quart des encours du métier. Lorsqu’un cabinet se crée, le dirigeant doit penser à la croissance, au service client, à la conformité, à l’IT, aux équipes, etc. Depuis trois quatre ans, la part de ce quart a fortement augmenté du fait des rapprochements. Est-ce que cette vingtaine d’acteurs va se retrouver avec cinq méga consolidateurs et plusieurs dizaines de milliards d’euros ? Je n’ai pas la réponse, mais je ne pense pas que ce soit leur volonté ou que ce soit la direction que souhaitent prendre les acteurs importants que nous connaissons. Il y a une place à prendre sur le marché et ce que nous sommes en train de mettre en place sur le service aux entités acquises est utile et profitable à tout le monde.

Au sein d’un groupe ou groupement, comment préserver la notion d’indépendance dans le conseil financier ?

B. M. C’est une obsession chez nous. Si nous ne la conservons pas, nous aurons perdu la raison originelle de notre hyper croissance. C’est l’un des points majeurs qui nous différencie des banques. La consolidation n’est pas stratégique chez Groupe Orion, les acquisitions réalisées sont chirurgicales et nous sommes très vigilants à ce que l’ingénierie patrimoniale, l’architecture ouverte et le temps long du conseil reste au cœur de nos préoccupations.

S. L. Il faut garder en tête que nous avons tous commencé indépendants ; c’est ce qui nous fait vibrer au quotidien. Prendre de la hauteur sur le conseil est l’essence même de notre métier, pour les petits comme les grands acteurs. Nous constatons que garder ce regard d’artisan sur le terrain, en accompagnant des familles sur plusieurs générations, nous apporte une légitimité face aux banques, que les moyens « industrialisés » d’un groupe viennent renforcer.

Comment appréhendez-vous les marchés boursiers en 2026 ?

S. L. Après un très bon cru 2025 ponctué par des pics de stress, nous pensons que 2026 sera une année porteuse. Cependant, compte tenu des niveaux de valorisation et de la concentration de certains secteurs d’investissement, 2026 demandera un niveau d’exigence supérieur. Mettre en avant un vrai principe de décorrélation et de résilience dans la combinaison des allocations pour maîtriser le risque, grâce à des positions un peu plus neutres, flexibles, parfois acheteuses ou vendeuses, tout en gérant le niveau de volatilité, sera notre fil rouge.  

B. M. Nous travaillons sur le long terme, c’est une des trois règles fondamentales en bourse avec la diversification et l’acception de la volatilité inerrante aux marchés financiers. Nous ne cédons pas aux sirènes du court terme et du market timing très inefficaces en gestion de patrimoine. L’économie étant structurellement croissante – car l’humain croît et se développe –, il faut vibrer sur la même longueur d’ondes, sous peine d’être rattrapés par l’inflation. L’année 2026 comme toutes les autres nous permettra de lisser notre point d’entrée et d’accentuer notre diversification.

Les actions, notamment européennes, signent une belle année 2025. Ont-elles pris une part plus importante dans les allocations de vos clients ?

B. M. L’investissement sur les marchés côtés ne prend pas de part plus ou moins importante elle est fonction de la typologie du client : Son âge, le temps dont il dispose, son acceptation de la volatilité... Si les conditions sont réunies, c’est historiquement la classe d’actif la plus efficace et elle a toute sa place dans notre allocation. En passant, bravo à l’Europe d’avoir su maintenir l’inflation à 2 %. Cela maintient une économie dynamique sur nos territoires.

S. L. Nous avons surfé sur le retour des investissements en Europe car nous constations un retour des flux sur cette classe d’actifs. Baisse des taux, valeur des monnaies et marchés américains ont fait basculer l’intérêt des investisseurs en faveur des marchés européens. En faire une priorité n’est pas l’idée. Néanmoins, nous poursuivrons cette logique d’équilibre des allocations sans abandonner le secteur européen, maintenant intégré à notre gestion.  

Pensez-vous que cette tendance se poursuivra cette année ? Sur quels secteurs d’activité ?

S. L.  Les prévisions sont rationnelles, mais si la finance l’était, cela se saurait. Ce discours de flexibilité est robuste et a fait ses preuves. Lorsque les signaux sont très clairs, nous pouvons concentrer davantage nos flux. En l’état actuel des choses – tensions géopolitiques, économiques… –, les avis sont partagés.

En Europe, il y a néanmoins des leviers positifs tels que les gains de productivité liés à l’IA et des investissements publics massifs en Allemagne dans les infrastructures et la défense. Nous pouvons imaginer aussi un rattrapage sur les capitalisations de plus petites tailles. Les gérants ont matière à nous proposer de belles histoires avec des perspectives à la fois acheteuses et vendeuses.

Propos recueillis par Marine Fleury

Personne citée :

Benjamin Magny

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