Face à une volatilité structurellement plus élevée et à la fin du paradigme 60/40 (gestion diversifiée actions 60 % / obligations 40 %) les stratégies alternatives liquides long/short equity, global macro, arbitrage, multi-stratégies s’imposent comme un pilier incontournable de toute gestion patrimoniale robuste. Tour d’horizon d’un univers riche et complémentaire.
Actifs alternatifs liquides : une diversification indispensable dans la gestion de portefeuille
La fin du paradigme 60/40 et l’avènement des alternatifs liquides
Le rôle d’un multi family office est de fournir un accompagnement patrimonial, juridique et fiscal à ses clients mais également de les accompagner dans la définition puis l’implémentation de leur allocation stratégique d’actifs globale. Cette allocation d’actifs à long terme nécessite d’optimiser la construction d’un portefeuille d’actifs cotés (obligations et actions) et non cotés (dette privée, capital investissement, immobilier), en tenant compte des contraintes de risque et des objectifs de rendement propres à chaque client.
Le contexte de marché des années 2022–2025 a profondément rebattu les cartes : la remontée brutale des taux directeurs a provoqué la pire performance des obligations d’État mondiales depuis un siècle, tandis que les marchés actions chutaient simultanément. Cette corrélation positive soudaine entre deux classes d’actifs historiquement décorrélées a invalidé le principe même du portefeuille 60/40 et renforcé de manière décisive l’intérêt des stratégies alternatives liquides.
Ces stratégies présentent un avantage décisif sur les actifs non cotés : accessibles via des véhicules réglementés UCITS à liquidité quotidienne ou hebdomadaire, elles permettent aux investisseurs et aux entrepreneurs dont le patrimoine est souvent concentré dans leur outil professionnel de diversifier sans immobiliser leur capital. L’univers des alternatifs liquides est riche et varié : chaque stratégie possède ses propres moteurs de performance et son propre profil de risque, ce qui en fait des briques complémentaires plutôt que substituables.
Les actifs non cotés (private equity, dette privée) sont égale- ment un outil de diversification indispensable et un moteur de performance indéniable qui permettent souvent de délivrer des performances > à 10 % mais en contrepartie d’un renoncement à une liquidité immédiate. Ceci est d’autant plus vrai que, ces dernières années, la duration des fonds s’est allongée dans un marché du private equity où les événements de liquidités se font plus rares.
L’intégration d’une poche d’actifs alternatifs liquides ne relève pas d’une logique binaire mais d’un calibrage précis. Une allocation de 15 à 25 % du portefeuille financier global permet d’améliorer significativement le ratio de Sharpe, c’est-à-dire la performance ajustée du risque. Sur la période 2022–2024, un portefeuille intégrant 20 % d’alternatifs diversifiés aurait réduit de moitié la perte maximale d’un portefeuille 60/40 classique lors de la correction de 2022, tout en participant au rebond des marchés en 2023 et 2024.
En 2022, actions et obligations ont chuté simultanément : le portefeuille 60/40 a perdu près de 16 %, invalidant 40 ans de gestion classique
La clé réside dans la combinaison de stratégies aux moteurs de performance véritablement décorrélés. Un fonds long/short equity de conviction, un global macro opportuniste et un fonds multi-stratégies à faible volatilité forment un triptyque qui résiste à la plupart des configurations de marché. La sélection des gérants reste le facteur critique : au-delà des performances passées, l’analyse de la robustesse du processus, de la cohérence des drawdowns historiques et de la transparence des reportings est indispensable. L’accompagnement d’un multi family office spécialisé permet d’accéder à des gérants souvent fermés aux investisseurs particuliers et de construire une poche alternative véritablement adaptée au profil de chaque client.
Long/short equity : capturer la hausse, amortir la baisse
La stratégie long/short equity constitue le cœur historique de l’univers hedge funds. Le gérant prend simultanément des positions acheteuses (« long ») sur les sociétés les plus attractives et des positions vendeuses (« short ») sur les valeurs ou des indices les moins bien positionnés. Cette capacité à s’écarter des indices crée une source de performance indépendante de la direction des marchés. En 2022, l’indice HFRI Equity Hedge a limité la perte à -10,5 %, contre -19,4 % pour le S&P 500 : une protection partielle mais réelle dans un marché violemment directionnel. Surtout, la stratégie a démontré toute sa valeur en 2023 (+10,4 %) et 2024 (+12,3 %), des années marquées par une concentration extrême des indices sur une poignée de méga-capitalisations technologiques américaines. La dispersion des valorisations et donc l’hétérogénéité des performances entre valeurs a atteint en 2024 des niveaux historiquement élevés, créant un environnement idéal pour les gérants de conviction capables d’identifier les gagnants et les perdants en dehors des indices.
Global Macro : l’art de naviguer les grandes divergences
Les stratégies global macro s’appuient sur l’analyse des grands déséquilibres économiques et géopolitiques pour prendre des positions sur les marchés de taux, de devises et d’indices. L’année 2022 a été leur grande année : l’indice HFRI Macro a progressé de +9,3 %, porté par des paris gagnants sur la montée des taux américains et la force du dollar. En 2024, la stratégie a retrouvé de l’élan (+6 %) en exploitant les divergences monétaires entre les grandes banques centrales : la Fed maintenant ses taux hauts, la BCE entamant son cycle baissier, la Banque du Japon abandonnant sa politique de taux négatifs après dix ans. Depuis 2025, le retour des tensions commerciales et la fragmentation géopolitique accélérée en 2026 offrent aux gérants global macro un terrain d’expression particulièrement fertile : l’instabilité des politiques tarifaires américaines, la réorientation des budgets européens vers la défense et les nouvelles pressions inflationnistes créent autant de tendances exploitables sur les devises et les taux souverains.
Multi-stratégies et arbitrage : la régularité comme objectif
Les fonds multi-stratégies combinent en un seul véhicule plusieurs moteurs de performance : équipes long/short, arbitrage de fusions-acquisitions, relative value sur obligations convertibles, arbitrage de volatilité. L’objectif est de lisser la performance dans le temps en évitant qu’une seule stratégie ne concentre l’essentiel du risque. L’indice HFRI Fund of Funds Composite illustre bien cette régularité : –6,1 % en 2022 (bien mieux que le 60/40), puis +7,2 % en 2023 et +7,8 % en 2024.
Les fonds multi-stratégies offrent la régularité d’une performance lissée : +7,2 % en 2023, +7,8 % en 2024, avec une volatilité contenue
Ces stratégies conviennent particulièrement aux investisseurs cherchant à décorréler leur portefeuille sans avoir à construire eux-mêmes un panier de fonds alternatifs spécialisés. Les stratégies dites « event driven » méritent une mention particulière : en pariant sur la finalisation des opérations de M&A annoncées, ces stratégies génèrent une performance en partie décorrélée des marchés directionnels, avec une volatilité historiquement faible. Dans un contexte de reprise attendue l’activité M&A depuis 2025 après deux années de gel lié aux taux élevés, ces stratégies retrouvent une profondeur d’opportunités bienvenue.
En conclusion, nous sommes convaincus que la diversification d’un portefeuille financier passe par la gestion alternative active qui permet également de mitiger le risque éventuel d’une gestion uniquement passive et potentiellement trop concentrée. Il est essentiel d’analyser et de contrôler les principaux risques embarqués dans les portefeuilles (risques d’illiquidité, de style, sectoriels, de concentration, de corrélation, etc.) afin d’assurer une gestion la plus efficiente possible.
Sur les auteurs :
Arnaud Perrier et Jérôme Samuel sont cofondateurs d'Inkipit Finance.



